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Articles

"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille.  Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval.  En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier.  Ce jour-là, Richie se noie ...  Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman.  Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède  le drame et ce qui suit le drame,  dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances. J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce mêm...

Famille modèle d'Eric PUCHNER

Une famille modèle, la famille Ziller ? Au départ oui, … Mais suite à un déménagement hasardeux pour assouvir le rêve californien du père, Warren, la famille va se disloquer, fragments par fragments. Son projet de résidence sécurisée à bas prix en plein désert s’écroule, suite à l’aménagement à proximité d’une usine de retraitement des déchets plutôt inquiétante du point de vue de l’environnement… La famille est ruinée, les coups durs se succèdent. Tous les membres de la famille ne connaîtront pas le même sort, Lyle, adolescente complexée et rebelle tirera bien mieux son épingle du jeu que son frère aîné, Dustin, qui paiera le plus lourd tribut. Quel adulte deviendra Jonas le plus jeune des enfants, un peu à part de la famille ? Et les parents, littéralement pétrifiés de culpabilité, quel est leur avenir ? La rentrée littéraire américaine nous a gratifiés de bons romans sur la décomposition de la famille avec David Vann ("Désolation", critique à suivre prochainement)...

Dôme de Stephen KING

Que se passerait-il si une petite ville se trouvait brutalement coupée du monde par un dôme d’une matière non identifiée mais indestructible ?   S.King tricote longuement mais efficacement toutes les interactions sociales, psychologiques, politiques d’une telle situation, qui l’intéressent plus que la résolution de l’énigme (qui a créé le dôme ?), un peu décevante d’ailleurs.  Des méchants bien méchants, une foule de personnages typés, des péripéties soigneusement orchestrées, une pointe d’humour et de politiquement incorrect, ces deux pavés se lisent d’une traite ! A quand le film ? IsaH

Juliet, naked de Nick HORNBY

Duncan est un quadra passionné de rock, fan absolu de Tucker Crowe, chanteur génial devenu culte après avoir brusquement arrêté sa carrière au milieu des années 80. Annie, qui partage la vie de Duncan, oscille entre résignation devant cette passion exclusive et amertume de ne pas avoir d'enfant. Un jour, par le plus grand des hasards (enfin pas tout à fait), elle réalise le rêve de Duncan : entrer en contact avec Tucker Crowe...On retrouve tout Hornby dans ce roman : les références rock (réelles ou fictives), les interrogations existentielles de personnages en décalage par rapport à la société, les dialogues qui font mouche. Un peu en-deçà toutefois de "Haute fidélité" ou "Pour un garçon". IsaH

Une anglaise à bicyclette de Didier DECOIN

Du romanesque à l’état pur, et de haute volée… Jayson, photographe anglais missionné pour un reportage sur Wounded Knee, recueille une jeune indienne de 3 ans rescapée du massacre. De retour en Angleterre, tout le village s’interroge sur l’enfant que Jayson fait passer pour une orpheline irlandaise. Jayson lèvera les doutes sur l’enfant devenue femme de la plus surprenante des façons… Didier Decoin excelle à mêler réel et imaginaire, en créant un personnage de femme comme on en lit peu. Sans oublier des pages d’ouverture saisissantes sur le massacre des indiens lakotas, du grand art. IsaH

Polisse de MAIWENN

Les films dont on parle beaucoup, souvent je ne vais pas les voir tout de suite au cinéma, et si je décide d'y aller, ils sont rarement mieux que je ne pensais. Polisse échappe à cette règle. Je ne pensais pas qu'il me plairait autant. Je ne suis pas fan de Joey Starr, mais l'honnêteté m'oblige à confirmer qu'il est vraiment très bien dans ce film. Le talent des autres est éclatant, bien que moins surprenant, Marina Fois, Karine Viard... L'histoire d'amour est bien un peu mièvre et clichetonneuse, mais franchement ce n'est pas grave, tant la succession des cas de maltraitance d'enfants fait sens. Certains critiques ont trouvé qu'elle ne servait qu'à parler des états d'âme des flics, je n'ai pas trouvé. Pour moi, aucune complaisance dans les scènes parfois insoutenables, parfois drôles où les enfants sont présents. Ils ne sont pas les faire-valoir des héros, chacun a sa séquence, existe vraiment, comme cette adolescente qui accouche d...

Héritage de Nicholas SHAKESPEARE

Hériter d'un parfait inconnu une somme d'argent telle qu'elle change le cours de votre vie, cela semble impossible. C'est pourtant ce qui arrive à Andy. Arrivé en retard à l'enterrement de l'un de ses anciens professeurs, il se rend vite compte qu'il s'est trompé de cérémonie mais n'ose repartir. Il faut dire que l'église est vide ou presque, seules deux personnes sont présentes, un homme et une femme. Il va jusqu'à signer le registre de condoléances, à la demande de l'homme présent à la cérémonie. Celui-ci s'avère être le notaire chargé de la succession du défunt, un certain Madigan. Dans son testament, Madigan a prévu que ses seuls héritiers seront les personnes présentes à son enterrement, quelles qu'elles soient ! Andy comprend bien vite que la somme est rondelette (17 millions de livres), il la partagera avec la femme présente à l'enterrement, la gouvernante de Madigan. Oui mais voilà que la fille de Madigan, arrivée J...

Clèves de Marie DARRIEUSSECQ

Clèves, c'est la petite ville où habite Solange, dans les années 80. En trois parties, on la suit du CM2 à la 3ème, de l'enfance à l'adolescence. Comme ses parents travaillent beaucoup, elle reste souvent chez le voisin, Bihotz, un trentenaire fou de hard rock. … Dès le CM2 Solange est obsédée par le sexe, ou plus exactement par la perte de sa virginité, comme tous ses camarades et le roman est le récit sans détours de son initiation amoureuse et sexuelle. Le récit, vu du point de vue de l'adolescente, use d'un langage cru, certaines (beaucoup ?) scènes sont du registre pornographique. Ce sera peut-être rédhibitoire pour certains lecteurs. Alors Clèves est-il choquant ? Marie Darrieussecq a-t-elle voulu provoquer à tout prix, comme certains critiques se plaisent à le dire ? On repense à Truismes, son premier roman qui avait fait scandale avec une histoire de femme se transformant en truie. Ce qui est sûr, c'est que si l'on n'est pas arrêté par cela, o...

La blessure de François BEGAUDEAU

François Begaudeau nous livre ici un récit (apparemment) autobiographique, écrit à la première personne. Nous sommes en 1986, le narrateur part en vacances avec ses parents, en Vendée comme tous les ans depuis qu’il est enfant. Mais cette année, à 15 ans, il est bien déterminé à franchir LE pas et à perdre son pucelage. Il retrouve là-bas toute sa bande de copains, ils ont tous un an de plus et à cet âge là, un an, ça compte énormément. Il y a Joe, le tombeur, Paul le simplet, Greg qui met un point d’honneur à se prendre des râteaux comme ils disent auprès des filles.François le narrateur attend donc avec impatience Emilie, son amour de l’été passé, mais d’autres filles lui tournent la tête, et surtout la belle Julie, comme tombée du ciel dans son auto-tamponneuse… Un énième livre sur l’adolescence ? Un livre de plus sur les années 80 ? Sans doute mais c’est sans compter avec le talent de François Begaudeau. Son écriture rapide, nerveuse, épouse l’impatience de ses jeunes personnag...

La Vie très privée de Mr Sim de Jonathan COE

Maxwell Sim est un homme ordinaire, un homme sans qualités, sans talent particulier. Sa femme Caroline l’a quitté, il est donc éloigné de sa fille, et est en congés maladie pour dépression. Il part en Australie pour voir son père et là-bas voit, dans un restaurant où il dîne, le tableau de l'harmonie familiale qu’il cherche en vain depuis des années, la complicité affichée et éclatante d’une mère et sa fille à la table voisine. Revenu en Angleterre, un ami lui propose un emploi singulier, qu’il accepte du fond de son marasme : intégrer une action marketing pour une marque de brosses à dents en partant à bord d'une prius aux confins du Royaume Uni prouver que les brosses à dents … vont « jusqu'au bout ». Pour seule compagnie, Max dispose de l'imperturbable voix féminine de son GPS, qu'il baptise Emma, et dont il tombe vaguement amoureux. Jalonnant sa route, des rencontres et des flash-back minutieusement orchestrés retracent son existence et ses multiples ratages fam...

Les Assoiffées de Bernard QUIRINY

Imaginez que le Benelux soit devenu un empire ultra-féministe, une société matriarcale extrême, coupée du monde, suite à un coup d’état en 1970… C’est dans cet univers parallèle au nôtre, ce qu’on appelle une uchronie, que le premier roman de Bernard Quiriny nous plonge. Si le roman emprunte aux maîtres du genre, comme George Orwell, Ray Bradbury, ou Aldous Huxley, le ton, beaucoup plus léger, désopilant par moments, est tout autre. Le résultat, non moins terrifiant au final. Une délégation de 6 intellectuels français est invitée en voyage officiel en Belgique, évènement unique depuis la Révolution de 1970 et l’avènement de la grande Bergère, Judith. La Grande Bergère règne sur ses sujets et est vénérée comme une divinité. Par exemple, les villes sont déplacées et les autoroutes sont redessinées pour figurer le profil de Judith vu du ciel… Les hommes ne sont plus très nombreux, et ne peuvent être que domestiques. Ils ne sont tolérés que s’ils ont procédé à leur reniement, comprenez l...

Du chocolat, des limaces et des amis anglais au cinéma.

3 films articulés autour du couple : Les émotifs anonymes de Jean Pierre AMERIS, Pieds nus sur les limaces de Fabienne BERTHAUD et Another year de Mike LEIGH. • Couple d’émotifs avec la rencontre d’Isabelle CARRE (toujours superbe) et Benoit POELEVOORDE (étonnant mais finalement convaincant) autour d’une passion commune, le chocolat (bien connu pour ces effets antidépresseurs). Un petit film bien construit et attachant qui vaut surtout par le jeu des acteurs. • Couple de sœurs avec le deuil partagé de Ludivine SAGNIER (bien à l’aise dans son rôle de fofolle) et Diane KRUGER ( dont la beauté glacée se fendille d’amour pour sa sœur). Un film qui peut être crispant par la débauche d’effets de décors (arbres habillés de patchwork, baigneurs morcelés jalonnant le jardin et je ne parle pas du dindon aux ongles peints….) Il faut toiletter un peu tout cela écarter les taupes et le côté « trop », censé illustrer l’esprit dérangé de Lily, pour y trouver une très belle histoire d’amour entre...

"Le bruit des glaçons" de Bertrand Blier

Il faudrait voir ce film sans rien en savoir à l'avance, et c'est impossible avec le battage médiatique qui a accompagné sa sortie. L'effet de surprise du pitch ne peut donc pas fonctionner, et le film en pâtit. J'ai trouvé la mise en place de la situation plutôt laborieuse du coup, puis me suis laissée entraîner dans la mécanique assez bien huilée du récit. Le casting, on l'a dit partout, est impeccable ? Oui... à part Dujardin. Il est nettement en dessous de ses acolytes. Il s'applique pourtant, il a l'air tellement content de jouer pour Blier, mais las... il n'habite pas le personnage, il joue en surface, là où Anne Alvaro, et même la jeune actrice qui joue Evguenia, la copine russe du héros, sont profondes en quelques scènes, et émouvantes. Non, Blier n'est pas misogyne, son héros masculin est un crétin (c'est lui-même qui le dit), et finalement choisir Dujardin, acteur superficiel, pour l'incarner, renforce peut-être son propos, mais des...

Lectures d'été

J'avais pris dans mes valises deux de mes auteurs anglais préférés : Nick Hornby ( Juliet, naked ) et William Boyd ( Orages ordinaires ). Petite déception pour les deux. Boyd s'essaie au thriller sans convaincre totalement. L'histoire est cousue de fil blanc, son héros, Adam, se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment : venu rapporter à un homme croisé au restaurant la mallette que ce dernier avait oublié, il assiste quasiment en direct au meurtre de l'homme et voit sa vie basculer : poursuivi par des tueurs qui veulent le faire taire alors qu'il ne sait rien, il devient SDF pour leur échapper (au passage, petit couplet un brin passéiste sur notre "traçabilité" via les portables, internet, les cartes bancaires et autres gadgets) et va mener l'enquête... L'intérêt principal du bouquin est l'évocation de Londres et de sa population underground, mais on se fiche totalement de ce qui arrive au personnage... Hornby est en terrain connu. Comm...

Les sans papiers au cinéma

Vu deux films sur le sujet des sans papiers, traités sur le mode de la comédie : Les mains en l'air de Romain GOUPIL et Les Invités de mon père d'Anne LE NY. Une bande de gamins monte un plan type club des cinq pour sauver de l'expulsion leur copine tchétchène, l'adorable Milana. Manichéen, militant, le film décolle un peu grâce aux enfants, assez convaincants et tellement mignons... La vraie bonne idée c'est le "flash forward" qui fait parler 60 ans après les faits les deux héros principaux de l'histoire, Milana et son copain. Là on est tout à coup dans l'humain d'une histoire d'amour inaboutie, contrariée par la bureaucratie. Un moment d'émotion qui clôt un film un peu facile. Une vraie histoire d'amour c'est aussi ce que raconte le film d'Anne Le NY. Cette fois c'est un brave grand-père veuf (Michel Aumont) , qui dans la logique d'une vie de militantisme de gauche, se met en tête d'accueillir une jeune ...

La sélection de Charlotte (3)

(Re)lire Camus Lu, il y a certain temps déjà pour satisfaire une obligation scolaire, j’avais laissé Camus au bord de la route. Et puis, commémoration oblige (est ce un bien ou un mal, je vous laisse choisir…), me revoilà plongée dans les livres de Camus… Caligula, l’Envers et l’endroit, le Malentendu, l’étranger … Quelle révélation ! Comment ai je fait pour ne pas le redécouvrir plus tôt ? Lire Camus est une nécessité. Un écrivain qui met des mots simples sur des sentiments profonds que l’on n’ose dévoiler ou qui nous traverse comme un effroi et qui nous laisse vide, face à la question existentielle : comment vivre sa vie en se sachant mortel ? Et pourtant, se dessine derrière cette profondeur, une pointe d’espoir, un bonheur palpable… On se sent moins seule avec Camus à nos côtés… Les âmes sœurs de Valérie ZENATTI Lila, héroïne livre, photographe, deuil Emmanuelle, mariée, 2 enfants, travail Comment la lecture d’un livre ouvre à l’introspection, donne les réponses à sa propre vie ? C...