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Articles

Affichage des articles du mars, 2026

"Les vérités parallèles" de Marie MANGEZ

« Le jour où Arnaud est devenu faussaire, il avait sept ans. » Certes, cet incipit ne vaut peut-être pas le « Longtemps je me suis couché de bonne heure   » de Marcel Proust mais il évoque d’emblée une équation que le lecteur a hâte de résoudre. Qui est donc cet enfant de sept ans qui porte le même nom que l’inventeur du daguerréotype, Arnaud Daguerre, pour s’estimer faussaire à cet âge tendre de la vie, postulat qui va décider de son destin ? Enfant timide et secret, manquant d’assurance, persuadé de ne pas être à la hauteur, avec pour seul ami un être imaginaire, élevé par de grands bourgeois froids et dénués d'affection, Arnaud subit la pression silencieuse de ses parents et lorsqu’il reçoit la note de 1/10 à un devoir de calcul, tout simplement due à une erreur d’inattention, cela prend pour lui des allures de désastre. Alors il va trafiquer sa note et va, par cet acte fondateur, prendre le chemin de la supercherie. À l’âge adulte, Arnaud devient journaliste d...

"Superhôte" d'Amélie CORDONNIER

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Camille est la fille de Sylvie, Sylvie est depuis 15 ans la femme de ménage d’Anaïs qui possède une résidence secondaire au Touquet, « où les prix se sont envolés depuis l’installation des Macron à l’Élysée ». Lorsque son mari lui propose de louer leur maison grâce à la plateforme Airbnb, bien qu’elle ait des réticences, Anaïs accepte «car elle n’a jamais particulièrement apprécié cette station balnéaire d’exception où n’en déplaise à l’office du tourisme du Touquet, elle a toujours eu froid ». Cette marseillaise d’origine préférant de loin la Méditerranée. Mais hélas, le diable se cache dans les détails car il faut penser à tout et l’aventure Airbnb exige une logistique à toute épreuve : acheter un boîtier pour la clé, trouver un code pour le boîtier, évacuer les affaires personnelles, dresser les consignes pour les locataires etc. et bien sûr le ménage compte beaucoup dans l’appréciation, alors cette charge ...

"Miss Kim", recueil de nouvelles de Cho Nam-Joo

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Désormais, quand j'entendrai "huit femmes", je ne penserai plus seulement à François Ozon. Mais aussi aux huit personnages féminins dépeints par l'autrice coréenne Cho Nam-Joo dans  Miss Kim . J'avoue, je n'avais pas repéré celle que l'éditeur appelle "le phénomène de la littérature coréenne", dont le premier roman paru en 2020 a été un des étendards du mouvement MeToo ( K i m Ji-young, née en 1982 ). Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de nouvelles, alors je me suis lancée. Déjà, l'ensemble dégage un exotisme subtil. Le plus évident est intéressant et dépaysant : - les noms et prénoms (Eunju, Jihye,Seoyeon...), parfois accolés de leur fonction dans la famille ou l'entreprise (eonni accolé au prénom pour désigner la mère par ex),  - la nourriture (kimchi, sujebi, dashimas, ...), présente dans nombre de scènes,  - les traditions festives.  Mais les nouvelles  distillent au fil de la...

"Les rayons et les ombres" un film de Xavier GIANNOLI

Comment trouver les mots justes pour rendre compte de cette œuvre monumentale à l’architecture foisonnante, ce film événement tant par sa durée (3h19) ce qui lui permet de creuser la vérité au plus profond, que par le sujet abordé : la collaboration française pendant la Seconde guerre mondiale, car avant Giannoli, seul Louis Malle avec son Lacombe Lucien avait évoqué dans un film de fiction la collaboration, du point de vue des collaborateurs. Tout avait pourtant si bien commencé pour Jean Luchaire et sa fille Corinne. Lui, était un patron de presse, humaniste, pacifiste convaincu, homme de gauche, soutien de Léon Blum dès 1932 qui ne ménageait ni son temps ni son argent pour favoriser la réconciliation franco-allemande après la grande boucherie de 14-18, avec son pendant allemand Otto Abetz, l’un de ses plus proches amis. Elle, elle était devenue à 17 ans, une étoile montante du cinéma français de l’avant-guerre au jeu troublant et moderne, jeune actrice d’une grande beauté, ...

Un siècle, un roman, une héroïne [#5] : "Truismes" de Marie DARRIEUSSECQ

Dans ce podcast en épisodes, j'ai choisi un roman par siècle, précurseur ou représentant d'un courant littéraire, mettant en scène une héroïne qui, prise dans le corset des contraintes imposées aux femmes par la société de leur temps, peine à vivre ses aspirations amoureuses. Des femmes inoubliables et touchantes dans des romans dont on peut avoir, sans anachronisme excessif pour les plus anciens, une lecture féministe, tant ces destins broyés sont nés de l'empathie de leurs auteurs pour elles. Chaque épisode est composé d'une rapide mise en contexte de l'oeuvre, et d'un ou plusieurs extraits lus à haute voix.   #5: XXème siècle, deuxième partie "Truismes", de Marie DARRIEUSSECQ, publié en 1996  En complément, je vous renvoie au post que j’ai consacré à Marie Darrieussecq, dont j'ai croisé le chemin à New York il y a quelques années :   Hasard et coïncidences…. Ou Marie Darrieussecq et moi

"Le peuple des berges" de Robert GIRAUD

Grand connaisseur du Paris interlope des années cinquante, Robert Giraud, poète, écrivain, journaliste était l’ami de Georges Brassens, de Jacques Prévert ou encore de Robert Doisneau, son alter ego avec lequel il a travaillé. Jeune résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il quitte Limoges dès 1945 pour, comme on disait à l’époque, « monter à la capitale », qu’il ne quittera plus jamais. A l’automne 1956 et ce durant trois mois, Giraud écrit 9 chroniques, La vie secrète des clochards de Paris pour le journal Qui ? Détective et que les éditions Dilettante publieront pour la première fois en 1998 sous le titre Le peuple des berges .  « La cloche en argot, c’est le ciel. Sont clochards tous ceux qui n’ont que le ciel pour toit. » Giraud, qui a toujours vécu dans le dénuement et a connu de longues périodes de déveine n’a donc aucun mal à témoigner de l’envers du décor. Il connaît bien ces invisibles, dignes héritiers de la cour des miracles, celle du di...

"Un perdant magnifique" de Florence SEYVOS

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Quelle femme intéressante, Florence Seyvos. Après l'avoir découverte il y a des années comme romancière jeunesse, je n'avais pas lu ses romans "adultes", contrairement à ceux de Geneviève Brisac et Sophie Chérer. Et même si j''avais beaucoup aimé le film Camille redouble ( voir ma critique ), dont elle est co-scénariste, celle qui  est la compagne d'Arnaud Desplechins était un peu sortie de mes radars. Le Prix du Livre Inter 2025 la rappelle à moi, avec ce roman familial, qui semble largement inspiré de sa propre vie. Il fait partie de ces livres qui résonnent tout de suite en vous, en tout cas en moi ! Pas seulement parce qu'une bonne partie de l'histoire se passe au Havre au début des années 80, que la narratrice est lycéenne et a à peu près mon âge. Au-delà de l'écho personnel qu'il me procure, l'évocation de Jacques, le beau-père de la narratrice Anna et sa soeur Irène, le perdant magnif...

"Je voulais vivre" d'Adelaïde de CLERMONT-TONNERRE

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Dans le Nord de la France, un soir de mars 1609, le père Lamandre, brave curé de campagne voit arriver à son presbytère une petite fille de 6 ans, le regard apeuré et les vêtements maculés de boue. Ainsi débute l’histoire de Milady, la célèbre héroïne des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas à qui Adélaïde de Clermont-Tonnerre redonne vie en tentant de lui offrir une réhabilitation en bonne et due forme. Certes, le procédé n’est pas nouveau : on s’empare d’un héros de fiction pour en donner une autre interprétation, construire un récit différent de la version originale, voire créer une nouvelle histoire. On songe bien sûr à Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, à Vendredi ou les limbes du pacifique de Michel Tournier ou encore tout récemment à Percival Emerett avec son James , tiré des Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain.  Dans Les Trois mousquetaires Milady est la méchante de l’histoire, avec Adélaïde de Clerm...

"Dieu, le temps, les hommes et les anges" d' Olga TOKARCZUK

Soudain, une mouche m’a piquée : il fallait quand-même, à la fin des fins, que je fasse connaissance avec l’un de ces auteurs au nom imprononçable pour lequel le jury du Nobel a un goût prononcé. J’ai jeté mon dévolu un peu au hasard, un peu parce que des proches m’en avaient parlé en bien, sur Olga Tokarczuk. Et parmi les nombreux titres ce cet auteur traduits en français, après mûre réflexion (il ne fallait pas que je me trompe !), j’ai choisi Dieu, le temps, les hommes et les anges . A première vue, il s’agit d’une histoire de la Pologne, une chronique, plutôt, depuis 1914 jusqu’au XXIème siècle, avec son lot d’horreurs et de violences. Mais ce livre incroyable est beaucoup, beaucoup plus que cela. Au travers de la chronique de la vie à Antan, minuscule village, se révèle une œuvre à la portée métaphysique puissante. Tout vit, tout est personnage à Antan : les hommes, les femmes et les enfants, mais aussi, et au même niveau les animaux, les âmes, le vent, l’eau. Certains...

"Le déluge" de Stephen MARKLEY [Lecture terminée 07/03/2026]

[Lecture en cours : le principe, donner ses premières impressions sur un livre qu'on commence à lire. Il aura droit, sauf exception, à sa critique complète et c'est intéressant de confronter son sentiment initial à celui qu'on éprouve à la dernière page]. Attention roulement de tambour.... plus de 1 000 pages, 1 039 exactement pour ce roman qui s'annonce puissant sur la catastrophe annoncée du dérèglement climatique. A 10% de lecture, on est encore en tour de chauffe (si je puis dire...), avec des chapitres alternés introduisant chacun un personnage,  et je ne sais pas si je suis au bout des présentations ! En tout cas, j'aime ce genre de structure romanesque, courante chez les auteurs américains, et Stephen Markley a l'air de maîtriser le procédé.  Je ne sais pas de quelle manière vont s'imbriquer les histoires de Tony, le spécialiste des questions de climat, Ashir le geek génie de l'analyse prédictive, Shane, qu'on devine activiste écolo, Keepe...

"Le principal", film de Chad CHENOUGA

Sabri Lahlali est principal-adjoint dans un collège de quartier. Sa pause déjeuner, il la passe avec sa supérieure hiérarchique en discutant littérature, mais lorsqu’il lui prête Le sang noir de Louis Guilloux en lui annonçant que c’est l’histoire d’un homme qui sombre, il ne sait pas que c’est exactement ce qui va lui arriver. Car Sabri dont on devine par de subtiles allusions qu’il est un transfuge de classe, ayant sans doute beaucoup travaillé pour réussir, est prêt à tout pour que son fils obtienne son brevet. Mais jusqu’où ira-t-il ?  Dans ce film sobre et sec, Chenouga dresse le portrait attachant d’un colosse aux pieds d’argile, droit comme un I, dur comme un roc, obsédé par la réussite de son fils à qui il ne fait pas confiance, qui ne veut rien laisser, ni au hasard, ni à la fantaisie, ce qui causera sa perte, Il faut voir Roschdy Zem, souvent filmé de dos, arpenter seul les couloirs du collège, pour saisir toute la vulnérabilité du personnage. Un personnage qui s’...

"Tant mieux" d'Amélie NOTHOMB

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Tant mieux, c'est le mantra positiviste de la petite Adrienne, 4 ans, pour faire face aux situations difficiles. Le roman commence à la manière d' un conte : la petite fille est enfermée avec sa méchante "Mère-Grand", laissée là tout un été par sa mère, qui pourtant a vécu l'enfer, enfant, avec cette femme. Adrienne va faire preuve de résilience et d'astuce pour adoucir son quotidien  plein de châtiments. Du Amélie Nothomb pur jus, la meilleure partie du livre pour moi, hiatus entre la légèreté du style et et la cruauté de la situation, avec un personnage d'enfant intelligent et plein de ressources. Puis Adrienne, en grandissant, affronte avec sa grande soeur les disputes parentales, ressent une anxiété coupable de connaître un secret concernant sa mère, puis, face à la négligence des adultes, doit prendre en charge le bébé né d'une réconciliation furtive entre ses parents. Toute sa vie se déroule ensuite dan...