A Paris (encore une fois), je décide d'aller rencontrer « Victor, comme tout le monde » parce que Victor, ça ne peut pas faire de mal.. Un film chouette, un bon moment, des actrices attachantes, les Îles anglo-normandes, le pupitre d'écriture de Victor à Guernesey, mais qui était mis en avant, les textes d'Hugo ou le jeu de Luchini ?? Pourquoi cet homme si amoureux des textes qu'il défend a-t-il du mal à s'effacer derrière eux ? Mais pour l'anecdote, le lendemain matin, sans le vouloir, à quelques pas de mon hôtel, je reconnais la boulangerie où Robert Zuchini , alias Luchini , va tous les matins acheter son pain au chocolat et aussi la petite place en face, les arbres, et le banc.. qui était juste là pour le film. Et puis un peu plus loin, le théâtre de la Porte St Martin... jusqu'à ne plus savoir où s'arrête la fiction et commence la réalité. Bon, j'ai quand même envie de relire les Contemplations !
Tant mieux, c'est le mantra positiviste de la petite Adrienne, 4 ans, pour faire face aux situations difficiles. Le roman commence à la manière d' un conte : la petite fille est enfermée avec sa méchante "Mère-Grand", laissée là tout un été par sa mère, qui pourtant a vécu l'enfer, enfant, avec cette femme. Adrienne va faire preuve de résilience et d'astuce pour adoucir son quotidien plein de châtiments. Du Amélie Nothomb pur jus, la meilleure partie du livre pour moi, hiatus entre la légèreté du style et et la cruauté de la situation, avec un personnage d'enfant intelligent et plein de ressources. Puis Adrienne, en grandissant, affronte avec sa grande soeur les disputes parentales, ressent une anxiété coupable de connaître un secret concernant sa mère, puis, face à la négligence des adultes, doit prendre en charge le bébé né d'une réconciliation furtive entre ses parents. Toute sa vie se déroule ensuite dans ce court roman.
Les dernières pages voient Amélie Nothomb fendre l'armure comme rarement (jamais ?), elles concluent ce récit intime, puisqu' Adrienne est sa mère, imparfaite et mémorable, morte quelques années auparavant. Après Premier sang, magnifique opus consacré à son père, et avec Tant mieux, elle aura rendu à ses parents un hommage pudique, tout sauf hagiographique, mais plein d'un amour tel, qu'elle le qualifie elle-même de "gênant". Rien qu'avec ces deux récits, elle confirme, s'il en était besoin, son talent unique.

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