Attention roulement de tambour.... plus de 1 000 pages, 1 039 exactement pour ce roman qui s'annonce puissant sur la catastrophe annoncée du dérèglement climatique. A 10% de lecture, on est encore en tour de chauffe (si je puis dire...), avec des chapitres alternés introduisant chacun un personnage, et je ne sais pas si je suis au bout des présentations ! En tout cas, j'aime ce genre de structure romanesque, courante chez les auteurs américains, et Stephen Markley a l'air de maîtriser le procédé.
Je ne sais pas de quelle manière vont s'imbriquer les histoires de Tony, le spécialiste des questions de climat, Ashir le geek génie de l'analyse prédictive, Shane, qu'on devine activiste écolo, Keeper le drug-addict pitoyable et tous les autres... Mais j'apprécie déjà le style de l'auteur, et son inventivité formelle (une conversation entre Shane et son ami soldat est enchâssée d'encadrés enrichissant le dialogue, soit par des éléments non-dits qui le complètent pour le lecteur, soit par les pensées réelles des deux personnages, un dispositif compliqué à expliquer mais très intéressant à la lecture).
Publié en 2024 dans l'excellente collection Terres d'Amérique d'Albin Michel, c'est une découverte pour moi (merci MO !). A suivre...
[Lecture terminée ooouuuuffff]
Ca
y est je suis arrivée au bout de l'éprouvant voyage que constitue
la lecture de ce roman et je peux
vous dire que j'en ai fini avec le ton guilleret des premières
lignes de ce post !
Profondément
déprimant si on le considère
comme visionnaire, et guère rassurant s’il
est exagéré, le roman imagine par le menu, à travers une série de personnages
représentatifs, les répercussions catastrophiques de la crise
climatique entre 2013 et 2040, en termes écologiques,
économiques, politiques, sociaux et de vie quotidienne (la Réalité Virtuelle est partout, l'IA règne en maître). Et pose,
sans les trancher, des débats passionnants à travers ses différents
personnages militants : est-il plus efficace d'utiliser le système
pour combattre les effets du réchauffement ou de dynamiter
l'économie carbonée
mortifère
qui l'a créé ? Peut-on aller jusqu'à s'en prendre à
des
personnes pour sauver l'humanité ?
Formellement,
ce roman d'anticipation a une chronologie rare qui en fait tout
son intérêt : l’auteur a mis 10 ans à écrire cette intrigue qui
s’étale entre 2013 et 2040 et a été publiée en 2022 aux USA.
Pour le lecteur étranger qui aborde le roman traduit quelques années
plus tard (en 2024 pour le France), il y a un effet réalité
parallèle (pour moi ce qui est raconté entre 2022 et 2026, vous me suivez ?) qui
ajoute un intérêt puissant à la lecture car il échappe de fait à
l’auteur. On voit aussi que l’avoir écrit avant le deuxième
mandat de Trump enlève un peu de vraisemblance à la situation
politique décrite sur cette période, car Markley le fait
disparaître de la scène... [ça m’a pris du temps pour énoncer
cette idée simplement, j’espère être claire !].
Deuxième
intérêt formel, l'intrigue avance par des récits liés à chaque
personnage, mais aussi grâce à des transcriptions d'articles et de Unes de
journaux, de rapports officiels ou officieux de l'administration.
Et puis comme si cela ne suffisait pas, il y a 3 ou 4 morceaux de
bravoure, très cinématographiques d'ailleurs : le sauvetage de la
fille de Tony lors du mégafeu de Los Angeles en 2031, l'occupation
du Mall de Washington organisée par Kate en 2034, pour ne citer que
les plus marquants.
On sort de ce livre essorés, mais assez scotchés par la prouesse de la construction narrative et le niveau de détail quasi balzacien apporté par l'auteur, même s'il en découle des passages un peu longuets, à l'image de ces discussions stratégiques entre politiciens. Certains personnages sont bien incarnés, d'autres moins réussis (à l'instar de la pasionaria Kate, à la démesure un peu irréelle) : je retiendrai particulièrement Shane, militante radicale / mère de famille, Keeper le loser devenu petite main du « terrorisme » écologiste, et Tony le scientifique qui a prédit la catastrophe (les trois, chacun dans leur genre, sont des parents angoissés par le sort de leurs enfants). Et bien sûr Matt, qu'on comprend à la fin être une sorte de narrateur / double de l'auteur.
Bref comment dire qu'on aime un tel livre, qui sonne comme un avertissement difficile à ignorer ? J'ai dû interrompre ma lecture par d'autres plus "divertissantes", tant, une fois de plus, tout cela sonne un peu trop vraisemblable, j'avais besoin de faire des pauses. Donc à vous de voir si vous souhaitez affronter ce roman brillant et anxiogène, un choc proche de celui que j'ai ressenti en lisant La Route de Cormac McCarthy, c'est dire..

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