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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

"California Girls" de Simon LIBERATI



California GirlsLos Angeles, début des années 70. Dans une villa de Hollywood, Sharon Tate et son groupe d'amis sont assassinés sauvagement par un commando de jeunes gens embrigadés par le gourou Charles Manson. Ce fait divers a marqué l'histoire à plus d'un titre : l'atrocité du massacre, perpétré en partie par des jeunes filles, le fait que Sharon Tate était la compagne de Roman Polanski et surtout qu'elle était enceinte. Simon Liberati reconstitue les heures et les journées qui ont précédé et suivi le massacre, et détaille longuement ce qu'il imagine de celui-ci. Les points de vue adoptés sont tour à tour ceux des victimes et surtout ceux des tueurs, aux profils divers, mais tous sous l'emprise totale de leur gourou. On a beaucoup dit que ce massacre avait signé la fin de l'ère hippie. Mais dans cette "secte", l'idéologie, sinon le mode de vie, n'a pas à grand-chose à voir avec le flower power : haine des "nègres", qui causeraient la perte de l'Amérique, haine des riches et des puissants, délire de fin du monde… Tuer pour être parmi les privilégiés qui seront sauvés, c'est ce que vend Charles Manson à ses ouailles, des jeunes en perdition sociale et familiale. La réalité de ses motivations est toute autre : se venger d'un milieu (la scène artistique de LA) qui n'a pas fait de place au musicien de génie qu'il pense être. Car, cruelle ironie rendant définitivement ce massacre hors norme, les personnes tuées n'étaient pas les personnes visées… Simon Liberati nous plonge dans le quotidien de cette communauté, décrivant avec précision une Amérique déclassée où des cow boys d'opérette cohabitent avec les hippies dans des fermes transformées en parcs d’attraction pour touristes, au milieu du désert brûlant de Californie.

A cet évènement devenu iconique, et donc forcément un peu désincarné, Simon Liberati réinjecte de l’humain, sans complaisance pour la violence qu'il décrit précisément, à l'exacte croisée des chemins entre l'empathie envers les victimes (Sharon en tête) et la tentative d'analyse, sinon de compréhension, des motivations des tueurs. Un exercice d'équilibriste réussi.
IsaH

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