Artemisia, c’est Artemisia Gentileschi, peintre italienne remise à l’honneur par une grande exposition au Musée Jacquemart-André en 2025 et... par les féministes. Artémisia, née en 1593 à Rome, fille d’un peintre talentueux et très tôt orpheline de mère, révèle dès son enfance un don remarquable pour la peinture. A une époque où les femmes artistes sont plus que rares, à peine une exception, (elles ne sont même pas autorisées à acheter des pigments et des couleurs elles-mêmes) son père, qui ne vit que par et pour l’art, l’encourage à cultiver son talent. Il lui donne pour professeur de perspective un certain Agostino Tassi….. Le reste, bien connu, est entré dans la légende : les viols répétés par Tassi, ses mensonges, et la lecture des œuvres majeures d’Artemisia comme autant de scènes de vengeance (en particulier les variations autour de Judith décapitant Holopherne). L’album réalisé par Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin va beaucoup plus loin que cette image un peu réductrice qu’...
Los Angeles, début des années 70. Dans une villa de Hollywood, Sharon Tate et son groupe d'amis sont assassinés sauvagement par un commando de jeunes gens embrigadés par le gourou Charles Manson. Ce fait divers a marqué l'histoire à plus d'un titre : l'atrocité du massacre, perpétré en partie par des jeunes filles, le fait que Sharon Tate était la compagne de Roman Polanski et surtout qu'elle était enceinte. Simon Liberati reconstitue les heures et les journées qui ont précédé et suivi le massacre, et détaille longuement ce qu'il imagine de celui-ci. Les points de vue adoptés sont tour à tour ceux des victimes et surtout ceux des tueurs, aux profils divers, mais tous sous l'emprise totale de leur gourou. On a beaucoup dit que ce massacre avait signé la fin de l'ère hippie. Mais dans cette "secte", l'idéologie, sinon le mode de vie, n'a pas à grand-chose à voir avec le flower power : haine des "nègres", qui causeraient la perte de l'Amérique, haine des riches et des puissants, délire de fin du monde… Tuer pour être parmi les privilégiés qui seront sauvés, c'est ce que vend Charles Manson à ses ouailles, des jeunes en perdition sociale et familiale. La réalité de ses motivations est toute autre : se venger d'un milieu (la scène artistique de LA) qui n'a pas fait de place au musicien de génie qu'il pense être. Car, cruelle ironie rendant définitivement ce massacre hors norme, les personnes tuées n'étaient pas les personnes visées… Simon Liberati nous plonge dans le quotidien de cette communauté, décrivant avec précision une Amérique déclassée où des cow boys d'opérette cohabitent avec les hippies dans des fermes transformées en parcs d’attraction pour touristes, au milieu du désert brûlant de Californie. A cet évènement devenu iconique, et donc forcément un peu désincarné, Simon Liberati réinjecte de l’humain, sans complaisance pour la violence qu'il décrit précisément, à l'exacte croisée des chemins entre l'empathie envers les victimes (Sharon en tête) et la tentative d'analyse, sinon de compréhension, des motivations des tueurs. Un exercice d'équilibriste réussi.
IsaH
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