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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

A moi seul bien des personnages de John IRVING


John Irving définit son dernier roman comme une œuvre militante, ce qui est à la fois la force et la limite d’A moi seul…. Irving entend en effet faire le tour de toutes les différenciations sexuelles à travers une galerie de personnages, qu’on va suivre des années 60 aux années 2000. La toile de fond passe donc d’une société verrouillée sur ces questions, jusqu’à la (relative) ouverture actuelle, en passant par la terrible irruption du SIDA... Le narrateur, Bill Abott, est un adolescent sensible et indécis sexuellement. Dans sa petite ville du Vermont, il rêve d’être écrivain, encouragé dans cette voie par une bibliothécaire, Miss Frost. Ambivalente et fascinante, elle sera également décisive dans l’orientation sexuelle du jeune homme (il aimera les garçons ET les filles) … Malgré quelques longueurs, Irving excelle à nous rendre tous ces personnages vivants et attachants. Son art consommé du dialogue, son sens si américain des situations (parfois crues, souvent drôles), la force des émotions (le long tunnel de deuils des années SIDA) nous mettent en état de totale empathie. Un hymne à la tolérance par un maître des lettres américaines, qui, avec Bill, nous offre une fois de plus un personnage masculin dont lui seul a le secret.
IsaH

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