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"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille.  Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval.  En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier.  Ce jour-là, Richie se noie ...  Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman.  Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède  le drame et ce qui suit le drame,  dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances. J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce mêm...

"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille. Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval. En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier. Ce jour-là, Richie se noie ... 

Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman. Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède le drame et ce qui suit le drame, dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances.

J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce même plaisir de la découverte, et vous permettre de prendre toute la mesure de ce roman incroyable, que je n'en dirai pas plus. 

Sauf de le lire toutes affaires cessantes, pour y retrouver les mythes américains qui obsèdent LK (les adolescentes blondes, la famille faussement idéale, les "small towns" où tout le monde se connaît) et ses ressorts récurrents (des enfants dans un drame qui emporte tout, destin ou hasard). 

Enfin, pour entendre la voix poignante de Richie, tout  entier tendu vers cette piscine au bleu plus beau que celui du ciel, impatient comme seuls le sont les enfants, qui n'ont pas (ou trop) conscience du temps.

Il resta à sa place sur la serviette pendant une éternité.
Il ne retournerait jamais dans l'eau.
Sa mère mettrait tellement de temps à changer son frère que ce serait à nouveau l'heure de la Nage adultes. 
Ils allaient le laisser planté là, avec les orteils dans l'herbe, jusqu'à ce qu'il devienne vieux.
Il saisit un de ses pieds pour étudier ses orteils de plus près.
Ils étaient tout fripés !
Il avait déjà des orteils de vieillard !
Il regarda le bout de ses doigts.
Pareil, aussi fripé que le visage de Mme Friedlander !
Plus le temps passait, plus les autres enfants riaient et s'éclaboussaient, plus il vieillissait, plus le temps continuait de passer, comme cette perle qui s'enfonce lentement dans le shampoing vert sans jamais parvenir au fond, sa mère et Alex étaient si loin. Il avait le temps de mourir avant qu'ils ne reviennent.

     Actes sud, août 2026, 320 pages 



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