Artemisia, c’est Artemisia Gentileschi, peintre italienne remise à l’honneur par une grande exposition au Musée Jacquemart-André en 2025 et... par les féministes. Artémisia, née en 1593 à Rome, fille d’un peintre talentueux et très tôt orpheline de mère, révèle dès son enfance un don remarquable pour la peinture. A une époque où les femmes artistes sont plus que rares, à peine une exception, (elles ne sont même pas autorisées à acheter des pigments et des couleurs elles-mêmes) son père, qui ne vit que par et pour l’art, l’encourage à cultiver son talent. Il lui donne pour professeur de perspective un certain Agostino Tassi….. Le reste, bien connu, est entré dans la légende : les viols répétés par Tassi, ses mensonges, et la lecture des œuvres majeures d’Artemisia comme autant de scènes de vengeance (en particulier les variations autour de Judith décapitant Holopherne). L’album réalisé par Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin va beaucoup plus loin que cette image un peu réductrice qu’...
Clèves, c'est la petite ville où habite Solange, dans les années 80. En trois parties, on la suit du CM2 à la 3ème, de l'enfance à l'adolescence. Comme ses parents travaillent beaucoup, elle reste souvent chez le voisin, Bihotz, un trentenaire fou de hard rock. … Dès le CM2 Solange est obsédée par le sexe, ou plus exactement par la perte de sa virginité, comme tous ses camarades et le roman est le récit sans détours de son initiation amoureuse et sexuelle.
Le récit, vu du point de vue de l'adolescente, use d'un langage cru, certaines (beaucoup ?) scènes sont du registre pornographique. Ce sera peut-être rédhibitoire pour certains lecteurs. Alors Clèves est-il choquant ? Marie Darrieussecq a-t-elle voulu provoquer à tout prix, comme certains critiques se plaisent à le dire ? On repense à Truismes, son premier roman qui avait fait scandale avec une histoire de femme se transformant en truie.
Ce qui est sûr, c'est que si l'on n'est pas arrêté par cela, on lit le roman d'une traite, happés par une forme de petits paragraphes qui paradoxalement font tout sauf hacher la lecture. Les scènes de sexe ne m'ont pas paru complaisantes ni gratuites, elles sont quelque part incontournables puisque tout se passe du point de vue de Solange, au plus près de ce qu'elle a dans la tête, comme un journal intime. Et lorsqu'on referme le livre, ce qui reste c'est avant tout un portrait d'adolescente. Est-ce pour autant un portrait de l'Adolescence ?
Marie Darrieussecq, avec son titre Clèves, s'est mise sous le patronage du chef d'œuvre de Madame de la Fayette (la princesse de Clèves), elle l'affirme dans ses interviews. D'aucuns pensent qu'elle ne fait que donner artificiellement du lustre littéraire à son roman. Mais on peut aussi penser qu'elle convoque la permanence, à travers les siècles, de la jeunesse dans sa recherche d'absolu. Quête d'absolu qui certes prend ici des formes diamétralement opposées, de l'abstinence de l'héroïne du XVIIè siècle (la princesse de clèves) à la frénésie sexuelle de celle du XXè (Solange).
Ce qui surtout m'a frappé chez Solange, c'est son égoïsme et son absence d'intérêt pour ce qui l'entoure. Deux travers qui ne sont pas forcément des marqueurs incontestables de l'adolescence éternelle. Le parallèle avec la princesse de Clèves est peut-être surtout à trouver dans l'absence au monde de l'héroïne. Absence au monde qui a des causes tout à fait différentes bien sûr. La Princesse de Clèves est corsetée par sa condition et la totale absence de liberté individuelle des jeunes filles de l'époque. Solange, elle, n'est littéralement pas "éduquée", ses parents, son entourage, ne lui transmettent aucune valeur ni aucune culture
Et puis il y a Bihotz, personnage un peu opaque dont on n'a jamais le point de vue, le baby sitter de Solange, qui va jouer un rôle fondamental dans l'histoire. Il est attiré par elle, elle se joue de lui. Paradoxalement c'est le personnage que j'ai trouvé le plus attachant du roman. Il est coupable par rapport à Solange, mais aussi victime d'elle car il sort laminé par sa désinvolture.
On a entre les mains un roman de formation, d'initiation, et pas seulement sexuelle ! Mais, à la fin du roman, on ne sait pas quelle adulte deviendra Solange. Et me concernant, je suis assez pessimiste…
Le récit, vu du point de vue de l'adolescente, use d'un langage cru, certaines (beaucoup ?) scènes sont du registre pornographique. Ce sera peut-être rédhibitoire pour certains lecteurs. Alors Clèves est-il choquant ? Marie Darrieussecq a-t-elle voulu provoquer à tout prix, comme certains critiques se plaisent à le dire ? On repense à Truismes, son premier roman qui avait fait scandale avec une histoire de femme se transformant en truie.
Ce qui est sûr, c'est que si l'on n'est pas arrêté par cela, on lit le roman d'une traite, happés par une forme de petits paragraphes qui paradoxalement font tout sauf hacher la lecture. Les scènes de sexe ne m'ont pas paru complaisantes ni gratuites, elles sont quelque part incontournables puisque tout se passe du point de vue de Solange, au plus près de ce qu'elle a dans la tête, comme un journal intime. Et lorsqu'on referme le livre, ce qui reste c'est avant tout un portrait d'adolescente. Est-ce pour autant un portrait de l'Adolescence ?
Marie Darrieussecq, avec son titre Clèves, s'est mise sous le patronage du chef d'œuvre de Madame de la Fayette (la princesse de Clèves), elle l'affirme dans ses interviews. D'aucuns pensent qu'elle ne fait que donner artificiellement du lustre littéraire à son roman. Mais on peut aussi penser qu'elle convoque la permanence, à travers les siècles, de la jeunesse dans sa recherche d'absolu. Quête d'absolu qui certes prend ici des formes diamétralement opposées, de l'abstinence de l'héroïne du XVIIè siècle (la princesse de clèves) à la frénésie sexuelle de celle du XXè (Solange).
Ce qui surtout m'a frappé chez Solange, c'est son égoïsme et son absence d'intérêt pour ce qui l'entoure. Deux travers qui ne sont pas forcément des marqueurs incontestables de l'adolescence éternelle. Le parallèle avec la princesse de Clèves est peut-être surtout à trouver dans l'absence au monde de l'héroïne. Absence au monde qui a des causes tout à fait différentes bien sûr. La Princesse de Clèves est corsetée par sa condition et la totale absence de liberté individuelle des jeunes filles de l'époque. Solange, elle, n'est littéralement pas "éduquée", ses parents, son entourage, ne lui transmettent aucune valeur ni aucune culture
Et puis il y a Bihotz, personnage un peu opaque dont on n'a jamais le point de vue, le baby sitter de Solange, qui va jouer un rôle fondamental dans l'histoire. Il est attiré par elle, elle se joue de lui. Paradoxalement c'est le personnage que j'ai trouvé le plus attachant du roman. Il est coupable par rapport à Solange, mais aussi victime d'elle car il sort laminé par sa désinvolture.
On a entre les mains un roman de formation, d'initiation, et pas seulement sexuelle ! Mais, à la fin du roman, on ne sait pas quelle adulte deviendra Solange. Et me concernant, je suis assez pessimiste…
IsaH
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