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Articles

"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille.  Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval.  En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier.  Ce jour-là, Richie se noie ...  Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman.  Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède  le drame et ce qui suit le drame,  dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances. J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce mêm...

"Karoo" de Steve TESICH

Attention, pépite ! Les éditions Monsieur Toussaint Louverture nous offrent la traduction du roman d’un dramaturge et scénariste, Steve Tesich, publié à titre posthume aux USA en 1998. A travers le personnage tragi-comique de Karoo, l’auteur, d’origine serbe, règle ses comptes avec une Amérique qui l’a accueilli mais aussi déçu. Karoo est un scénariste-nègre très demandé à Hollywood. Incapable de créer une œuvre, il est en revanche très doué pour faire rentrer des scénarii défaillants dans les canons hollywoodiens. La cinquantaine égoïste et alcoolique, Karoo refuse toute intimité avec les siens, cause de sa rupture avec sa femme, et de sa distance avec son fils adoptif. Cynique, veule, mais hyper-lucide sur sa déchéance (ce qui le rend malgré tout attachant), il n’est pas non plus dupe du manège hypocrite de son milieu. Un incroyable hasard de la vie (le destin ?) va mettre sur son chemin une femme qui, croit-il, lui apportera l’occasion de racheter toutes ses fautes … U...

"Le chagrin et la grâce" de Wally LAMB

Après le massacre de Columbine, Caelum emmène sa femme Maureen, qui a été témoin des faits dans la ferme familiale pour qu’elle s’y reconstruise. Bien loin de favoriser la ré-adaptation de Maureen, ce déménagement précipite sa déchéance. Tout en essayant de la sauver, Caelum part sur la trace de ses ancêtres à partir de papiers retrouvés.. Une saga échevelée qui couvre l’histoire des Etats Unis depuis la guerre de Sécession jusqu’au massacre de Columbine, qui constitue le fil rouge du récit. Entremêlant la déchéance de Maureen et la quête d’identité de son mari Caelum, « le chagrin et la grâce », malgré quelques excès est un roman qu’on ne lâche pas et dont on se souvient longtemps. Et c’est certain, Wally Lamb compte parmi les grands écrivains américains de ce temps. Cath

"Zeitoun" de Dave EGGERS

Dave Eggers prête sa voix à Zeitoun, américain d’origine syrienne, pendant et après le passage du cyclone Katrina à la Nouvelle Orléans. Resté en ville, contrairement à sa femme et à leurs 4 enfants qui ont évacué, Zeitoun, un homme plein de courage et dignité, porte secours aux personnes sinistrées qu’il croise lors de ses virées en canoë dans les rues de la Nouvelle Orléans. Jusqu’au jour où il est arrêté sans motif, détenu dans une prison improvisée, séquestré, maltraité, sans possibilité de communiquer avec l’extérieur et de faire savoir à sa famille qu’il est vivant. Cette dernière partie du récit est terrifiante, cauchemardesque, révoltante. Tous les romans de Dave Eggers, depuis "Suive qui peut" explorent la question de savoir comment aider autrui, au travers de récits à la fontière du journalisme et du roman. Tous les droits du livre sont reversés à la Zeitoun Foundation, dont l’objectif est d’aider à la reconstruction de la Nouvelle Orléans et à la pro...

"So much pretty" de Cara HOFFMAN

Wendy White est retrouvée morte, abandonnée au bord de la route.. Ce livre qui s’annonce comme un polar n’en n’est pas véritablement un : s’il y a bien eu meurtre, ce n’est pas à la quête du meurtrier que le lecteur va assister. Il va au contraire remonter le temps pour comprendre comment ce fait-divers a pu se produire, et surtout assister à l’explosion de violence qu’il va déclencher. Cara Hoffman, qui livre ici son 1 er roman, tisse un récit étrange, fort et original. Les chapitres, défiant la chronologie et mêlant extraits de journaux, récits à la 3ème personne et rapports de police nous emmènent sur le chemin d’une vérité profondément dérangeante. Cath

"Instants critiques" (spectacle)

Pour les adeptes du Masque et la Plume sur France Inter et les amoureux du cinéma, je recommande le spectacle Instants critiques , au Théâtre de la Pépinière Opéra à Paris, qui je pense et j’espère va tourner en France (si ce n’est déjà fait). C’est un texte qui reprend et adapte les échanges radiophoniques célèbres de 2 grands critiques de l’époque (années 60-70) Jean Louis Bory et Georges Charensol sur de grands films qui vont du "Corniaud" de Gérard Oury à "Cris et chuchotements" de Ingmar Bergman en passant par "Le Parrain" et "La grande Bouffe". Si je vous dis que la mise en scène est de François Morel et que les 2 critiques sont incarnés respectivement par Olivier Broche et Olivier Saladin (des ex-Deschiens) vous aurez compris que l’on ne s’ennuie pas. L'un Bory, est plutôt avant-gardiste et l'autre Charensol plutôt conservateur, ce qui ne va pas sans éclats de colère et d'indignation tantôt chez l'un tantôt chez l...

"Blancanieves" de Pablo BERGER

Si je vous dis c’est un film espagnol, en noir et blanc, muet… je vous entends déjà soupirer "déjà vu merci, ON a fait "The Artist" en France avec le succès planétaire que l’on connaît"… Si j’ajoute que c’est un film qui revisite Blanche-Neige sur fond de tauromachie, il y en a qui vont me soupçonner d’un parisianisme mâtiné de Télérama (que j’assume totalement) ou d’avoir abusé de substances illicites… C’est vrai que présenté comme cela, ça  peut faire peur alors que c’est un petit bijou de film noir justement, avec un noir et blanc délicat, une musique que d’aucuns trouveront un peu trop présente, une histoire poignante d’amour entre un père et sa fille, une histoire de haine entre la belle-mère et la délicate jeune fille, la pomme est présente (ouf….), le conte est raconté de manière originale, un peu gothique sur les bords , les 7 nains se recomptent et ne sont pas tous gentils, le prince charmant est  "différent" et la fin nettement moins hollywo...

"Foxfire" de Laurent CANTET

Déjà le livre de Joyce Carol Oates (je l’ai précédemment clamé haut et fort sur ce blog je suis une inconditionnelle) m’avait bien plu, cette histoire de gang de filles qui mettent à mal le pouvoir machiste des hommes de l’Amérique des années 50 tout en exaltant les valeurs de l’amitié, avait fait vibrer mon bon petit coeur de féministe convaincue. J’avais loupé le film américain (1996) avec Angelina Jolie (introuvable en ce moment) aussi me suis-je précipitée avidement sur celui de Laurent Cantet avec un petit doute : « Entre les murs » ne m’avait pas plus convaincue que cela. D’entrée j’ai été emballée par le choix des actrices, par la reconstitution de l’époque et du lieu, par le scénario vu par l’écrivain du gang, bref séduite de A à Z et reconnaissante au cinéaste d’avoir su à la fois respecter le livre et lui donner un éclairage nouveau et attachant. Il en reste une forte envie d’adhérer à ce gang même s’il a conduit à des extrémités navrantes et de suivre presqu’aveuglémen...

Alain Souchon fait son petit tour

Il chante comme on lance des balles, avec des mouvements de bras à la fois gauches et gracieux, et j'en viens à regretter qu'en blonde il ait des lacunes... Ce petit tour avec 2 musiciens est intimiste, mais sait aussi envoyer le son, grâce à l'excellent Michel-Yves Kochmann qui fait saturer sa guitare quand il faut, et pas seulement sur "l'Amour à la machine". La réorchestration des chansons est  réussie, parfois spectaculaire comme dans "Au ras des pâquerettes" (Pink Floyd n'est pas loin... à deux musicos, si si). "C'est déjà ça" me tire les larmes comme à chaque fois. Quelques découvertes : "Casablanca" (sa ville de naissance) et deux ou trois titres de son nouvel album. L'homme parle beaucoup entre les chansons, parfois longuement et il est très drôle et très désespéré. On finit debout à entonner en choeur et sans honte tous ses tubes imparables : "Foule sentimentale", "Bidon" ou "J'a...

"Et s'il n'y avait plus de livres..." d'Alain GROUSSET

Voilà , j’ai pris une année de plus, qu’importe le chiffre, une année de plus de lecture derrière moi, combien cette année ? 1 livre par semaine ? 2 par semaine ? parfois plus parfois moins…Qu’importe…je ne vais pas raconter ma vie sur ce blog destiné aux critiques de livres, de films, et autres, on n’est pas sur facebook (tiens amusant dans facebook il y a book et en VOSTfr ça veut dire livre non ??? ). Alors voilà disais-je , un an de plus et mon garçon m’a offert ce livre, qui parle des livres et surtout du bonheur de lire. Il connait bien sa mère.   Et toutes ces pages, elles collent au plaisir que j’ai de traquer mes lectures, dans mon lit (p 17), dans le métro (p 1), à la médiathèque (p 73), à l’hôpital (p35) etc, en passant par les lieux d’aisance ou l’on est à l’aise justement et certains de n’être pas dérangé. En passant, ce livre égratigne un peu le e-book, où là c’est le « e » qui fait tout, n’en déplaise à Georges Pérec qui l’avait fait disparaitre...

"Django unchained" de Quentin TARANTINO

Après l'horreur nazie, Q.T. s'attaque à l'esclavage et son cortège d'abominations. Christoph Waltz n'est plus le commandant glaçant d'"Inglorious bastards" mais il est toujours allemand. Avec son personnage de chasseur de primes improbable mais efficace, il incarne cette fois le "juste" du film, celui qui gardera toujours une part d'humanité... En échange de sa liberté, Schultz enrôle l'esclave Django (superbe Jamie Foxx) pour rechercher trois frères dont la tête est mise à prix. Django confie alors à Schultz qu'il voudrait retrouver sa femme, dont il a été séparé lorsqu'elle a été vendue à un propriétaire de plantation du Mississippi. Touché, Schultz lui propose son aide... Le film déploie leur quête pour retrouver Broomhilda sur 3 heures, sans une seconde d'ennui, à part peut-être la dernière demi-heure où Q.T. se laisse aller à son péché mignon mais un brin lassant : une interminable scène de fusillade avec moult jaill...

Hopper for ever

Il vous reste un mois pour "courir" voir l'expo Hopper au Grand Palais. Vous serez certes vite arrêtés par la file d'attente, et ensuite, prenez votre temps. Les salles se déploient, dans un ordre chronologique classique mais bienvenu, ponctué d' incises sur les artistes de son temps, ceux qui l'ont influencé, ceux qu'il a influencés. Petit à petit ce savant patchwork fait place aux pièces maîtresses, celles que l'on a vues et revues en reproduction et qui, "en vrai", comme disent les enfants, vous clouent sur place malgré la foule. La progression de son travail éclate alors de façon évidente, dans l'apparente simplicité, lisibilité des scènes, ce qui l'a longtemps desservi, alors que c'est son génie même que de parler à tous, y compris ceux qui n'ont pas de références. Que de sentiments universels : mélancolie, attente, solitude... jusqu'à l'épure finale, dernier tableau exposé : Sun in an empty room. Hopper a 81...

"Curb your enthusiasm", série

Vous aimez les vieux grognons et le comique de situation ? Vous adorerez Larry David dans la série "Curb your enthusiasm" (littéralement Cache ta joie). Co-créateur de Seinfeld, Larry David joue son propre rôle, celui d'un humoriste plus tout jeune vivant à Los Angeles avec sa femme, la très patiente Cheryl.  S'il a l'ironie dévastatrice d'un Woody Allen (il joue d'ailleurs dans "Whatever works" un rôle très proche de celui de la série), en matière de misanthropie l'élève dépasse le maître. C'est simple, tout l'énerve. Les gens qui téléphonent au restaurant ou ceux qui resquillent dans les queues, comme ici . S'il a le plus souvent raison de s'insurger, sa franchise brutale déclenche des incidents qui lui retombent toujours dessus, chaque épisode est donc un enchaînement implacable d'actions / réactions aboutissant à une catastrophe plus ou moins énorme pour notre héros ou son entourage. Effarés, on se demande commen...

Oh... de Philippe DJIAN

Oh ? Avec un O comme Oser... Djian ose tout : - se mettre dans la peau d'une femme (et signer un des plus intéressants personnages féminins de la littérature française de ces dernières années). - parler d'un viol, celui de Michèle, donc, la cinquantaine, une femme forte et sèche, pour qui cet épisode se révèle plus dérangeant moralement, parce qu'elle a été mise en position de faiblesse, que traumatisant physiquement (ce qui a fait couler beaucoup d'encre, mais le viol n'est pas le sujet du récit, et Oh n'est pas un roman à thèse). - exacerber la tension des liens familiaux entre Michèle et son ex-mari, son fils, sa mère, sans parler de son père, un criminel qu'elle a rayé de sa vie - flirter avec l'invraisemblable et ne pas lésiner sur les rebondissements (on sait le goût de Djian pour les séries et les feuilletons, qui ne sont pas avares en la matière)   L'épisode traumatique initial va en effet déclencher une cascade d'évèn...

Les Kaïra de Franck GASTAMBIDE

Equivalent masculin et plus trash de Tout ce qui brille , Les Kaïra explose les codes du film de banlieue et du coup parle de cette dernière mieux que bien des films plus sérieux.  Les dix premières minutes du film, qui décrivent les trois héros en no-life inoffensifs et naïfs dans leur cité de Melun, est à hurler de rire (mention spéciale à la mamie indigne, et bravo pour la description sociologique de la cité, particulièrement bien vue). De loin, le meilleur passage, même si la suite se laisse regarder sans une seconde d'ennui.  Les garçons se sont mis en tête de devenir acteurs pornos pour s'en sortir. Les amis du bon goût tordront le nez devant deux scènes particulièrement proches de l'univers de Jude Appatow (que le réalisateur adore), qui réussissent l'exploit de rester bon enfant (si vous aimez Groland, ça passera)... Il y a plein de petites scènes en arrière plan qui contribuent à la vivacité du film, comme ces femmes en burka dans le gag le plus écu...

"Le Grand soir" de Gustave KERVERN et Benoît DELEPINE

Unique décor (ou presque) : une zone commerciale, filmée comme les grands espaces d'un western, avec grand angle et prises de vue sophistiquées. Benoît Poelvoorde, alias Not, est "le plus vieux punk à chien d'Europe, et c'est pas facile". Il arpente la zone car ses parents y tiennent la "Pataterie" locale. Son frère  travaille quant à lui dans un magasin de matelas. Il n'a que mépris pour son frère marginal, mais sa vie si bien réglée va basculer dès lors qu'il perd son boulot. D'un coup, le punk paraît bien inoffensif à côté  du cadre moyen qui pète les plombs...  Dupontel en fait des tonnes et ça marche. Mais on n'a d'yeux que pour Poelvoorde, qu'on a l'impression d'avoir croisé plein de fois et qui fait un travail en profondeur et sans esbrouffe facile sur un archétype et une figure de notre société, le marginal (avec chien, mention spéciale à l'adorable jack russel qui vaut bien Uggie). Les scènes s'enchaî...