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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

Les Kaïra de Franck GASTAMBIDE

Equivalent masculin et plus trash de Tout ce qui brille, Les Kaïra explose les codes du film de banlieue et du coup parle de cette dernière mieux que bien des films plus sérieux. 
Les dix premières minutes du film, qui décrivent les trois héros en no-life inoffensifs et naïfs dans leur cité de Melun, est à hurler de rire (mention spéciale à la mamie indigne, et bravo pour la description sociologique de la cité, particulièrement bien vue). De loin, le meilleur passage, même si la suite se laisse regarder sans une seconde d'ennui. 
Les garçons se sont mis en tête de devenir acteurs pornos pour s'en sortir. Les amis du bon goût tordront le nez devant deux scènes particulièrement proches de l'univers de Jude Appatow (que le réalisateur adore), qui réussissent l'exploit de rester bon enfant (si vous aimez Groland, ça passera)... Il y a plein de petites scènes en arrière plan qui contribuent à la vivacité du film, comme ces femmes en burka dans le gag le plus éculé du monde (ben oui porter une burka c'est d'abord absurde parce qu'on n'y voit rien ...).
Le réalisateur (qui joue l'un des trois copains) a compris l'un des ressorts importants d'un bon récit : la progression des personnages. Ils évoluent entre le début à la fin, et, message sympathique du film, ce sont les filles qui sont la solution : soeur, copine, elles sont plus affirmées et plus malignes et tirent nos gaillards vers le haut. Autre message plus utopiste, mais objet d'une scène finale jouissive (avec un ours, oui oui) : la solidarité d'un groupe peut triompher du méchant (en l'occurrence le caïd redouté du quartier, ici incarné par Ramzy). 
Chacun des trois garçons trouvera sa place dans le monde, à sa manière...
IsaH

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