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"Artemisia", une BD de Nathalie FERLUT et Tamia BAUDOIN

Artemisia, c’est Artemisia Gentileschi, peintre italienne remise à l’honneur par une grande exposition au Musée Jacquemart-André en 2025 et... par les féministes. Artémisia, née en 1593 à Rome, fille d’un peintre talentueux et très tôt orpheline de mère, révèle dès son enfance un don remarquable pour la peinture. A une époque où les femmes artistes sont plus que rares, à peine une exception, (elles ne sont même pas autorisées à acheter des pigments et des couleurs elles-mêmes) son père, qui ne vit que par et pour l’art, l’encourage à cultiver son talent. Il lui donne pour professeur de perspective un certain Agostino Tassi….. Le reste, bien connu, est entré dans la légende : les viols répétés par Tassi, ses mensonges, et la lecture des œuvres majeures d’Artemisia comme autant de scènes de vengeance (en particulier les variations autour de Judith décapitant Holopherne). L’album réalisé par Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin va beaucoup plus loin que cette image un peu réductrice qu’...

"A la table des loups" d'Adam RAPP [Lecture terminée]

[Lecture en cours] Adam Rapp, dramaturge et romancier reconnu aux Etats-Unis, fait l'objet d'une première traduction en français avec cette "table des loups" intrigante. Le premier chapitre se passe en 1951 dans une petite ville de l'Etat de New York, et présente la famille de la jeune Myra. Cette dernière évolue dans un environnement très catholique, et en tant qu'aînée de nombreux frères et soeurs, elle seconde sa mère à la maison. Sa seule échappée consiste à se rendre dans un diner après la messe, où la serveuse lui passe sous le manteau un roman qu'elle dévore, et qui raconte la fugue vers New York d'un adolescent prénommé Holden (on reconnaitra "L'Attrape-coeurs" de Salinger).  Un jeune homme l'aborde et la reconduit chez elle, puis un évènement dramatique survient... Le deuxième chapitre, dix ans plus tard, suit cette fois un des frères, Alec, gamin voleur et turbulent, devenu adulte. Comme Myra dans le premier chapitre, il croise la route d'un homme qui s'intéresse à lui, et va accepter une proposition, sans le savoir pour le pire...

Ces deux premiers chapitres pourraient être des nouvelles en soi, avec une montée en tension assez magistrale et une vraie chute. J'en suis là, j'aime beaucoup, et j'ai hâte de voir où l'auteur va m'emmener. Le chapitre suivant se passe un an plus tard et semble suivre une autre des soeurs, Lexy... 

Quel roman passionnant et profond ! A l'image de ces premières pages, en une suite de chapitres courts, échelonnés entre 1951 et 2010, les vies de Myra, son frère Alec, ses soeurs Fiona et Lexy, son fils Ronan, sa mère Ava, et de leur entourage, défilent sous nos yeux, traversées ou habitées par la violence.  Des personnages ont le "loup" en eux, maladie mentale ou trauma d'enfance non reconnu : Alec le désaxé s'y  livre tout entier, là où Ronan le fils modèle, mais aussi son père Denny, tentent de le dompter pour ne pas faire le mal. D'autres personnages croisent sans cesse les "loups", très proches ou lointains, comme l'infirmière Myra qui tente de sauver ce qui peut l'être. En toile de fond, l'auteur convoque des marqueurs américains (la religion, la précarité dans les petites comme dans les grandes villes, les idoles du baseball), et ces incarnations de la violence absolue que sont les meurtres de masse et la pédocriminalité. Le roman donne à voir subtilement, par renvois habiles et signifiants, la marche du mal à l'oeuvre sur des décennies dans cette famille américaine type, "and the damage done" (vous avez la réf ?). Il y a bien sûr une lecture féministe du roman, les loups étant des hommes, les victimes et les "sauveuses" des femmes, mais aucun manichéisme, ni dogmatisme dans ces portraits complexes, qui tous, de la plus pure (Myra) au plus sombre (Alec), nous touchent profondément. 

IsaH 

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