Accéder au contenu principal

"Rochebrune" de Sophie DIVRY

Ça commence comme une comédie de moeurs, qu'on pourrait un peu facilement qualifier de "douce-amère", avec des premières pages très drôles et bien vues sur l'organisation des vacances entre trois familles recomposées. Isabelle a une fille adolescente, Noémie, et son nouveau compagnon Xavier, un petit garçon nommé Léon. Isabelle n'aime pas trop Léon, elle en a honte, mais Léon est pénible, et Xavier a des problèmes d'autorité. Les voilà partis tous les quatre à la montagne car Xavier a prévu de faire de l'escalade avec son ami Jérémie. La famille s'installe dans un gîte rural paumé à Rochebrune, donc. Leur séjour un peu chaotique en termes de cohabitation familiale et d'intégration dans le village va se dérégler dramatiquement dès lors que Xavier part en montagne et qu'Isabelle se retrouve seule à Rochebrune avec les enfants... J'ai beaucoup aimé ce petit roman qui avance tout d'abord masqué, sans prétention, mais se révèle finalement tr...

"A la table des loups" d'Adam RAPP [Lecture terminée]

[Lecture en cours] Adam Rapp, dramaturge et romancier reconnu aux Etats-Unis, fait l'objet d'une première traduction en français avec cette "table des loups" intrigante. Le premier chapitre se passe en 1951 dans une petite ville de l'Etat de New York, et présente la famille de la jeune Myra. Cette dernière évolue dans un environnement très catholique, et en tant qu'aînée de nombreux frères et soeurs, elle seconde sa mère à la maison. Sa seule échappée consiste à se rendre dans un diner après la messe, où la serveuse lui passe sous le manteau un roman qu'elle dévore, et qui raconte la fugue vers New York d'un adolescent prénommé Holden (on reconnaitra "L'Attrape-coeurs" de Salinger).  Un jeune homme l'aborde et la reconduit chez elle, puis un évènement dramatique survient... Le deuxième chapitre, dix ans plus tard, suit cette fois un des frères, Alec, gamin voleur et turbulent, devenu adulte. Comme Myra dans le premier chapitre, il croise la route d'un homme qui s'intéresse à lui, et va accepter une proposition, sans le savoir pour le pire...

Ces deux premiers chapitres pourraient être des nouvelles en soi, avec une montée en tension assez magistrale et une vraie chute. J'en suis là, j'aime beaucoup, et j'ai hâte de voir où l'auteur va m'emmener. Le chapitre suivant se passe un an plus tard et semble suivre une autre des soeurs, Lexy... 

Quel roman passionnant et profond ! A l'image de ces premières pages, en une suite de chapitres courts, échelonnés entre 1951 et 2010, les vies de Myra, son frère Alec, ses soeurs Fiona et Lexy, son fils Ronan, sa mère Ava, et de leur entourage, défilent sous nos yeux, traversées ou habitées par la violence.  Des personnages ont le "loup" en eux, maladie mentale ou trauma d'enfance non reconnu : Alec le désaxé s'y  livre tout entier, là où Ronan le fils modèle, mais aussi son père Denny, tentent de le dompter pour ne pas faire le mal. D'autres personnages croisent sans cesse les "loups", très proches ou lointains, comme l'infirmière Myra qui tente de sauver ce qui peut l'être. En toile de fond, l'auteur convoque des marqueurs américains (la religion, la précarité dans les petites comme dans les grandes villes, les idoles du baseball), et ces incarnations de la violence absolue que sont les meurtres de masse et la pédocriminalité. Le roman donne à voir subtilement, par renvois habiles et signifiants, la marche du mal à l'oeuvre sur des décennies dans cette famille américaine type, "and the damage done" (vous avez la réf ?). Il y a bien sûr une lecture féministe du roman, les loups étant des hommes, les victimes et les "sauveuses" des femmes, mais aucun manichéisme, ni dogmatisme dans ces portraits complexes, qui tous, de la plus pure (Myra) au plus sombre (Alec), nous touchent profondément. 

IsaH 

Commentaires