Accéder au contenu principal

Un siècle, un roman, une héroïne [#1] : "La Princesse de Clèves" de Madame de LA FAYETTE

Dans ce podcast en épisodes, j'ai choisi un roman par siècle, précurseur ou représentant d'un courant littéraire, mettant en scène une héroïne qui, prise dans le corset des contraintes imposées aux femmes par la société de leur temps, peine à vivre ses aspirations amoureuses. Des femmes inoubliables et touchantes dans des romans dont on peut avoir, sans anachronisme excessif pour les plus anciens, une lecture féministe, tant ces destins broyés sont nés de l'empathie de leurs auteurs pour elles. Chaque épisode est composé d'une rapide mise en contexte de l'oeuvre, et d'un ou plusieurs extraits lus à haute voix.   #1 : La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, publié en 1678  Le XVIIè siècle littéraire est connu pour son théâtre, ses contes, ses fables et autres écrits moralistes, portés par leurs illustres auteurs : Molière, Corneille, Racine, Perrault, La Fontaine, Boileau ou La Bruyère. Il n'est pas le siècle du roman, malgré une profusion édit...

Lecture terminée : "A la table des loups" d'Adam RAPP

[Lecture en cours] Adam Rapp, dramaturge et romancier reconnu aux Etats-Unis, fait l'objet d'une première traduction en français avec cette "table des loups" intrigante. Le premier chapitre se passe en 1951 dans une petite ville de l'Etat de New York, et présente la famille de la jeune Myra. Cette dernière évolue dans un environnement très catholique, et en tant qu'aînée de nombreux frères et soeurs, elle seconde sa mère à la maison. Sa seule échappée consiste à se rendre dans un diner après la messe, où la serveuse lui passe sous le manteau un roman qu'elle dévore, et qui raconte la fugue vers New York d'un adolescent prénommé Holden (on reconnaitra "L'Attrape-coeurs" de Salinger).  Un jeune homme l'aborde et la reconduit chez elle, puis un évènement dramatique survient... Le deuxième chapitre, dix ans plus tard, suit cette fois un des frères, Alec, gamin voleur et turbulent, devenu adulte. Comme Myra dans le premier chapitre, il croise la route d'un homme qui s'intéresse à lui, et va accepter une proposition, sans le savoir pour le pire...

Ces deux premiers chapitres pourraient être des nouvelles en soi, avec une montée en tension assez magistrale et une vraie chute. J'en suis là, j'aime beaucoup, et j'ai hâte de voir où l'auteur va m'emmener. Le chapitre suivant se passe un an plus tard et semble suivre une autre des soeurs, Lexy... 

Quel roman passionnant et profond ! A l'image de ces premières pages, en une suite de chapitres courts, échelonnés entre 1951 et 2010, les vies de Myra, son frère Alec, ses soeurs Fiona et Lexy, son fils Ronan, sa mère Ava, et de leur entourage, défilent sous nos yeux, traversées ou habitées par la violence.  Des personnages ont le "loup" en eux, maladie mentale ou trauma d'enfance non reconnu : Alec le désaxé s'y  livre tout entier, là où Ronan le fils modèle, mais aussi son père Denny, tentent de le dompter pour ne pas faire le mal. D'autres personnages croisent sans cesse les "loups", très proches ou lointains, comme l'infirmière Myra qui tente de sauver ce qui peut l'être. En toile de fond, l'auteur convoque des marqueurs américains (la religion, la précarité dans les petites comme dans les grandes villes, les idoles du baseball), et ces incarnations de la violence absolue que sont les meurtres de masse et la pédocriminalité. Le roman donne à voir subtilement, par renvois habiles et signifiants, la marche du mal à l'oeuvre sur des décennies dans cette famille américaine type, "and the damage done" (vous avez la réf ?). Il y a bien sûr une lecture féministe du roman, les loups étant des hommes, les victimes et les "sauveuses" des femmes, mais aucun manichéisme, ni dogmatisme dans ces portraits complexes, qui tous, de la plus pure (Myra) au plus sombre (Alec), nous touchent profondément. 

IsaH 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

"Uncut Gems" des frères Saftie

Petit essai de vidéo, faite au temps du Covid... Ce film est de 2019.

Les derniers jours de l'apesanteur de Fabrice CARO

Dans la lignée de François Bégaudeau et Nicolas Mathieu, en mode mineur mais en plus drôle, Fabrice Caro nous livre le récit à la première personne de l'année de Terminale de Daniel, à la fin des années 80. Daniel se remet difficilement de s'être fait larguer par Cathy Mourier pour ce crétin de Gilles Rouquet (j'adore la litanie des prénoms/noms des élèves tout au long du roman, qui donne un air de réalité à l'ensemble, je suis sûre que ce sont des noms d'anciens camarades de l'auteur...). Et pourtant, il avait tout donné pour elle : "Elle admirait Sting pour son implication dans la défense de la forêt amazonienne aux côtés du chef Raoni ? J'étais à deux doigts de venir au lycée le lendemain avec un plateau de terre cuite coincé dans la lèvre inférieure..." Du coup il traîne avec ses deux copains Marc et Justin, qui sont dans sa classe de Terminale C, se chicane avec son petit frère métalleux, et accepte de donner des cours de maths à une collé...

"Le Goût des secrets" de Jodi PICOULT et Jennifer Finney BOYLAN

Un roman américain, d’une romancière que j’apprécie, Jodi Picoult, des chapitres alternant deux points de vue sur l’histoire, tout pour me plaire ! Mais difficile d’en parler sans spoiler l’intrigue, et je ne souhaite pas dévoiler la révélation faite au milieu du roman (rien que de dire ça, c’est déjà trop!). Une jeune fille, Lily, est retrouvée gisant au pied de son escalier par son petit ami, Asher. Il est assez vite soupçonné, et le roman adopte en parallèle le point de vue d’Olivia, la mère d’Asher, qui raconte les suites policières et judiciaires de l’affaire, et celui de Lily, qui relate les mois précédant sa mort et sa relation avec le jeune homme. Une construction habile qui fait du récit un « page turner ». Asher a-t-il tué Lily ? Le suspense est très bien tenu, le doute envahit même sa mère, victime de maltraitances conjugales et qui cherche (trouve) en son fils des indices qui le rapprocheraient de son père sur ce point. Et puis il aurait un mobile, don...