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"La belle équipe", film de Julien DUVIVIER

Paris, 1936 : cinq ouvriers au chômage gagnent à la loterie nationale. Ils décident de mettre leur gain en commun afin de s’offrir une nouvelle vie. Découvrant un vieux lavoir en ruine en bord de Marne, ils l’achètent dans le but de le retaper et d’en faire une guinguette qu’ils géreront tous ensemble. Dès son générique, (un panorama sur des arbres au bord de l’eau, filmés en contre plongée), le film déploie tout son réalisme poétique, déroulant le rêve d’une vie meilleure où tout est beau comme le proclamera plus tard Jean Gabin, l’un des héros. Mais très vite, comme si le bonheur était fugace et les utopies vaines, le sort s’acharne sur ces amis qui mettent pourtant tout leur cœur à l’ouvrage. Un orage, comme une ombre au tableau, compromet un temps les efforts de ces ouvriers qui veulent devenir leur propre patron. Puis tout se fissure lentement mais sûrement avec l’arrivée d’une femme fatale qui vient fragiliser la solidité du groupe. Enfin, deux d’entre eux s’enfuient tandis...

Un siècle, un roman, une héroïne [#1] : "La Princesse de Clèves" de Madame de LA FAYETTE


Dans ce podcast en épisodes, j'ai choisi un roman par siècle, précurseur ou représentant d'un courant littéraire, mettant en scène une héroïne qui, prise dans le corset des contraintes imposées aux femmes par la société de leur temps, peine à vivre ses aspirations amoureuses. Des femmes inoubliables et touchantes dans des romans dont on peut avoir, sans anachronisme excessif pour les plus anciens, une lecture féministe, tant ces destins broyés sont nés de l'empathie de leurs auteurs pour elles.
Chaque épisode est composé d'une rapide mise en contexte de l'oeuvre, et d'un ou plusieurs extraits lus à haute voix. 

#1 : La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, publié en 1678 

Le XVIIè siècle littéraire est connu pour son théâtre, ses contes, ses fables et autres écrits moralistes, portés par leurs illustres auteurs : Molière, Corneille, Racine, Perrault, La Fontaine, Boileau ou La Bruyère. Il n'est pas le siècle du roman, malgré une profusion éditoriale du genre, qui se décline au fil des décennies en beaucoup de courants (héroïque, comique, utopique, classique, galant...).
 
Force est de constater que, devant une liste de romans ayant connu le succès à cette époque, le seul qui saute aux yeux du non-spécialiste, le seul qui soit parvenu jusqu'à nous, c'est La Princesse de Clèves. Meilleure représentante des femmes de lettres des salons de l'époque, Madame de La Fayette éclipse ses paires par son talent unique, mais démontre la richesse et la modernité de cette littérature galante, qu'on qualifiera, à la suite du génial mais cruel Molière, de "précieuse" (terme que Mesdames de Scudéry, Sévigné et consortes n'ont jamais revendiqué).

Marie Darrieussecq (qui a abondamment partagé son admiration pour le roman de Madame de La Fayette, et qui s'en est inspiré pour Clèves), synthétise en une boutade bien sentie comment ce roman, porté aux nues par Balzac et Radiguet, a été perçu au fil du temps :

"Les premiers lecteurs de Mme de Lafayette, au XVIIe siècle, le jugèrent invraisemblable : quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIe siècle, cet aveu, on l'a trouvé charmant. Au XIXe, immoral. Au XXe, idiot : mais qu'elle l'épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIe, on dit qu'il ne faut plus lire ce livre." On se souvient en effet du tollé déclenché par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, s'émouvant que cette oeuvre, sur laquelle il avait "beaucoup souffert" soit au programme des concours administratifs des "guichetières de la Poste"...

Alors oui, les intrigues des premières pages sont un peu indigestes (on est sous le règne d'Henri II), mais aux mots "Il parut alors une beauté à la cour", le roman décolle. L'extrait que je vais vous lire est un peu plus loin. Mademoiselle de Chartres est devenue la femme du Prince de Clèves, qui l'idolâtre mais qu'elle n'aime pas ; le Duc de Guise, qui a loupé le coche de sa conquête, se languit d'elle. Et voilà que, comme elle auparavant, entre à la cour et dans le champ de sentiment de la Princesse, l'éblouissant duc de Nemours... 
La scène de leur rencontre, aux fiançailles d'un courtisan, est incroyablement cinématographique.

 



 Prochain épisode : Manon Lescaut de l'abbé Prévost


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