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"Je suis Romane Monnier" de Delphine de VIGAN

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Romane Monnier, si elle était de la génération X*, écouterait Le Mal de vivre de Barbara ou Ultra moderne solitude d'Alain Souchon. Mais Romane Monnier est de la GenZ, comme on dit, et sa béquille n'est pas la musique mais son smartphone, réceptacle, via les applis qu'elle utilise, d'une vie intérieure qui se dégrade, et témoin du chemin qui va la mener à "s'effacer". Témoin puisqu'elle va s'arranger pour le laisser à un inconnu avec une formule ambiguë et polysémique :  "Gardez-le". Le hasard (mais est-ce le hasard ? je vous laisse découvrir les détails romanesques de cette offrande) fait bien les choses, car le nouveau gardien de la vie de Romane est Thomas, quadragénaire sensible et mélancolique, père inquiet d'une jeune fille qu'il a élevée seul. De la génération Y*, il utilise le smartphone (qui n'est pas tout à fait une extension de lui-même, il a connu la vie "sans...

Un siècle, un roman, une héroïne [#1] : "La Princesse de Clèves" de Madame de LA FAYETTE


Dans ce podcast en épisodes, j'ai choisi un roman par siècle, précurseur ou représentant d'un courant littéraire, mettant en scène une héroïne qui, prise dans le corset des contraintes imposées aux femmes par la société de leur temps, peine à vivre ses aspirations amoureuses. Des femmes inoubliables et touchantes dans des romans dont on peut avoir, sans anachronisme excessif pour les plus anciens, une lecture féministe, tant ces destins broyés sont nés de l'empathie de leurs auteurs pour elles.
Chaque épisode est composé d'une rapide mise en contexte de l'oeuvre, et d'un ou plusieurs extraits lus à haute voix. 

#1 : La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, publié en 1678 

Le XVIIè siècle littéraire est connu pour son théâtre, ses contes, ses fables et autres écrits moralistes, portés par leurs illustres auteurs : Molière, Corneille, Racine, Perrault, La Fontaine, Boileau ou La Bruyère. Il n'est pas le siècle du roman, malgré une profusion éditoriale du genre, qui se décline au fil des décennies en beaucoup de courants (héroïque, comique, utopique, classique, galant...).
 
Force est de constater que, devant une liste de romans ayant connu le succès à cette époque, le seul qui saute aux yeux du non-spécialiste, le seul qui soit parvenu jusqu'à nous, c'est La Princesse de Clèves. Meilleure représentante des femmes de lettres des salons de l'époque, Madame de La Fayette éclipse ses paires par son talent unique, mais démontre la richesse et la modernité de cette littérature galante, qu'on qualifiera, à la suite du génial mais cruel Molière, de "précieuse" (terme que Mesdames de Scudéry, Sévigné et consortes n'ont jamais revendiqué).

Marie Darrieussecq (qui a abondamment partagé son admiration pour le roman de Madame de La Fayette, et qui s'en est inspiré pour Clèves), synthétise en une boutade bien sentie comment ce roman, porté aux nues par Balzac et Radiguet, a été perçu au fil du temps :

"Les premiers lecteurs de Mme de Lafayette, au XVIIe siècle, le jugèrent invraisemblable : quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIe siècle, cet aveu, on l'a trouvé charmant. Au XIXe, immoral. Au XXe, idiot : mais qu'elle l'épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIe, on dit qu'il ne faut plus lire ce livre." On se souvient en effet du tollé déclenché par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, s'émouvant que cette oeuvre, sur laquelle il avait "beaucoup souffert" soit au programme des concours administratifs des "guichetières de la Poste"...

Alors oui, les intrigues des premières pages sont un peu indigestes (on est sous le règne d'Henri II), mais aux mots "Il parut alors une beauté à la cour", le roman décolle. L'extrait que je vais vous lire est un peu plus loin. Mademoiselle de Chartres est devenue la femme du Prince de Clèves, qui l'idolâtre mais qu'elle n'aime pas ; le Duc de Guise, qui a loupé le coche de sa conquête, se languit d'elle. Et voilà que, comme elle auparavant, entre à la cour et dans le champ de sentiment de la Princesse, l'éblouissant duc de Nemours... 
La scène de leur rencontre, aux fiançailles d'un courtisan, est incroyablement cinématographique.

 



 Prochain épisode : Manon Lescaut de l'abbé Prévost


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