Les Eléments du titre (eau, terre, feu, air) renvoient à quatre narrations distinctes, qui s'imbriquent pourtant par des fils puissants qui les relient les unes aux autres.
Quatre personnages principaux, et beaucoup d'autres, s'y rattachent, tous protagonistes de crimes et abus sexuels à différents niveaux d'implication : femme d'un président de ligue de natation pédophile, footballeur pris dans un scandale de viol en réunion, femme victime et coupable de viols, père de famille abusé à 14 ans, et tous leurs proches. Rarement la notion si galvaudée de circonstance atténuante aura été fouillée aussi finement. Rien n'est ici noir ou blanc, tous (hormis un personnage) sont des âmes grises, selon la célèbre expression de Philippe Claudel. Comment surmonter les traumatismes d'enfance (les reproduire ou les combattre) ? Comment assumer les crimes commis à cause d'eux ? Subis et/ou infligés, ils orientent implacablement le destin de chacun des personnages principaux et secondaires (tous très bien dessinés aussi). Nous éprouvons bien sûr de la sympathie pour ceux qui ne sont "que" victimes, mais ce qui a mené certains personnages au crime parvient jusqu'à notre entendement, nous touche et nous désole.
La nature est présente, et pas seulement par les 4 éléments qui structurent le récit. Celle d'un pays, l'Irlande, et de la "dernière île avant l'océan Atlantique", admirablement évoquée. Un microcosme humain qui peut tout autant abîmer que réparer les hommes et les femmes qui s'y rendent ou l'habitent.
Je n'en dis pas plus... Lisez ce roman dérangeant, parfois insoutenable, mais qui, par la richesse de la narration, alternant flashbacks éclairants et présent, des dialogues et des inserts introspectifs, ménage un plaisir de lecture exceptionnel. John Boyne passe prochainement dans ma librairie préférée, je ne vais pas le manquer !
IsaH

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