Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction. Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante. Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...
Déjà le livre de Joyce Carol Oates (je l’ai précédemment clamé haut et fort sur ce blog je suis une inconditionnelle) m’avait bien plu, cette histoire de gang de filles qui mettent à mal le pouvoir machiste des hommes de l’Amérique des années 50 tout en exaltant les valeurs de l’amitié, avait fait vibrer mon bon petit coeur de féministe convaincue. J’avais loupé le film américain (1996) avec Angelina Jolie (introuvable en ce moment) aussi me suis-je précipitée avidement sur celui de Laurent Cantet avec un petit doute : « Entre les murs » ne m’avait pas plus convaincue que cela. D’entrée j’ai été emballée par le choix des actrices, par la reconstitution de l’époque et du lieu, par le scénario vu par l’écrivain du gang, bref séduite de A à Z et reconnaissante au cinéaste d’avoir su à la fois respecter le livre et lui donner un éclairage nouveau et attachant. Il en reste une forte envie d’adhérer à ce gang même s’il a conduit à des extrémités navrantes et de suivre presqu’aveuglément cette Legs charismatique et indépendante. En bref un beau film sur l’amitié certes, mais aussi sur la difficulté de la lutte quelle qu’elle soit, qui souvent amène à des débordements difficilement contrôlables : quand on s’engage cela ne va pas toujours tout droit, mais cela reste courageux et respectable.
Anne

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