Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction. Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante. Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...
Si je vous dis c’est un film espagnol, en noir et blanc, muet… je vous entends déjà soupirer "déjà vu merci, ON a fait "The Artist" en France avec le succès planétaire que l’on connaît"… Si j’ajoute que c’est un film qui revisite Blanche-Neige sur fond de tauromachie, il y en a qui vont me soupçonner d’un parisianisme mâtiné de Télérama (que j’assume totalement) ou d’avoir abusé de substances illicites… C’est vrai que présenté comme cela, ça peut faire peur alors que c’est un petit bijou de film noir justement, avec un noir et blanc délicat, une musique que d’aucuns trouveront un peu trop présente, une histoire poignante d’amour entre un père et sa fille, une histoire de haine entre la belle-mère et la délicate jeune fille, la pomme est présente (ouf….), le conte est raconté de manière originale, un peu gothique sur les bords , les 7 nains se recomptent et ne sont pas tous gentils, le prince charmant est "différent" et la fin nettement moins hollywoodienne que chez Disney… Les acteurs et actrices sont formidables : mentions spéciales à la petite fille au regard inoubliable lors de sa rencontre avec son père le grand toréador et à son ignoble marâtre d’une sublime perversité. Et soudain une inconnue à 3 places de la vôtre, vous tend gentiment un mouchoir pour sécher vos larmes ...Zut aurai-je sangloté un peu fort ?
Anne

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