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Un siècle, un roman, une héroïne [#6] : "L'Art de perdre" d'Alice ZENITER

Après vos votes qui ont consacré Naïma et "L'Art de perdre" d'Alice Zeniter comme héroïne littéraire du XXIème siècle, voilà l'épisode de podcast avec lecture d'extraits qui lui est consacré.  Bonne écoute !   👍 Bibliosurf a distingué cette critique 

"Souviens-toi des abeilles" de Zineb MEKOUAR - Prix Horizon 2026

Souviens toi des abeilles est un livre qui convoque les sens.
La vue des sublimes paysages du Maroc, sa terre rouge vif où poussent des arganiers, des argousiers et des oliviers, et celle d’un village perché sur les collines d’une terre brûlante et aride. Le son des paroles chantées par une mère qu’on découvre absente, perdue dans cette litanie incessante, perdue dans les méandres de souvenirs qui la submergent et l’empêchent désormais de s’occuper de son jeune enfant Anir. Le bruit du grand-père qui s’essouffle aux côtés d’Anir lorsqu’il affronte les chemins tortueux et éreintants qui mènent aux ruchers juchés sur un flanc de montagne. La musique des histoires du grand-père sur le trajet, remplacée à l’arrivée par le bourdonnement des abeilles. L’odeur des fleurs qu’elles butinent, et enfin le goût du miel, récompense d’un travail éprouvant mais fascinant.

C’est un récit universel, une histoire qu’on se laisse conter par Zineb Mekouar comme Anir écoute celles de son grand-père. Je me suis complètement laissée porter par son écriture douce, poétique et sensible qui s’ajuste à la lenteur du récit, mais qui contraste en parallèle avec les thèmes difficiles abordés dans le roman.

L’autrice sait parfaitement nous plonger au cœur de ce village marocain et de cette famille écartelée et éprouvée par un drame survenu quelques années auparavant. On cherche à comprendre ce qui a amené la mère à une telle détresse absolue, et le père à devoir aller vivre en ville pour tenter de subvenir aux besoins de la famille, devoir ou fuite, on vous laisse vous faire votre avis. On suit enfin tendrement le lien entre le grand-père et son petit-fils, ses réflexions et atermoiements quant à la situation à laquelle il ne peut rien changer, mais qui est source d’inquiétude quant à l’avenir d’Anir.

Pourtant cet enfant, tout candide qu’il est de par son âge, se révèle assez lucide et mature. Mais comment faire quand ni la mère ni la terre ne peuvent plus le nourrir ? Comment faire pour conserver la vie dans un rucher au cœur d’une terre désespérément sèche ?
« ça ne devrait pas mourir, une abeille ; c’est comme un enfant malade, une mère qui ne reconnaît plus son fils, ça ne devrait pas exister, ces choses-là ; (…) des injustices qui brisent tout à l’intérieur, qui nouent le ventre et nous laissent sans souffle. »

C’est un roman qui finalement nous parle d’identité et de mémoire, de transmission, de respect de la nature et de l’environnement. Un livre dont l’histoire m’a touchée et qui me laisse encore aujourd’hui des images très poétiques en tête.

Cécile 

Tous les deux ans, la ville belge de Marche-en-Famenne organise un prix littéraire, le Prix Horizon du Deuxième Roman. La particularité de ce prix est de récompenser un deuxième roman d’un auteur francophone et de soutenir des auteurs qui souhaitent confirmer leur talent après un premier roman.
Un jury de professionnels, présidé par Armel Job, établit une présélection de cinq romans. Puis des lecteurs et lectrices, organisés en comités de lecture, en Wallonie et en région Grand Est, lisent les ouvrages sélectionnés, en débattent, puis votent pour leur roman préféré lors d’un évènement littéraire. Lors de celui-ci, durant toute une journée, des rencontres avec les auteurs sélectionnés sont organisées. Ces rencontres permettent d’échanger sur les processus de créations des auteurs, les genèses des récits ou encore leurs futurs projets ; et font parfois basculer un vote en faveur de l’un ou l’autre des candidats. Cette journée se clôture par un évènement festif durant lequel les participants sont invités à élire le lauréat de l’édition. Le prix est donc attribué par un jury populaire, et non par un jury institutionnel, ce qui est tout aussi appréciable pour l’auteur ou l’autrice récompensé que la dotation de 3000 euros qu’il reçoit. 

Pour cette huitième édition, le jury avait sélectionné les cinq romans suivants : 
· Berlin pour elles, Benjamin Delaforcade, aux éditions Gallimard 
· Les vérités parallèles, Marie Mangez, aux éditions Finitude 
· Souviens-toi des abeilles, Zineb Mekouar aux éditions Gallimard 
· Mère absolument, Ketty Rouf aux éditions Albin Michel 
· Le lotissement, Claire Vesin aux éditions La manufacture des livres 

Le 16 mai dernier, après des lectures étonnantes voire passionnantes pour certains et ennuyeuses pour d’autres, après des débats parfois mouvementés, après des rencontres enrichissantes avec les différents auteurs et pour finir, après un votre très serré, les 1500 participants ont finalement couronné Souviens-toi des abeilles pour l’édition 2026 et désigné Zineb Mekouar comme la huitième gagnante du Prix Horizon du Deuxième Roman. 
Cette autrice marocaine avait déjà sorti un premier roman très remarqué en 2022, La poule et son cumin, pour lequel elle a été finaliste du Goncourt du premier roman. Avec ce second titre, avant d’être remarqué par les comités de lecture du Prix Horizon, elle avait déjà reçu quelques récompenses comme le Prix Henri-de-Régnier de l'Académie française – 2025, le Prix littéraire Folire – 2025, le Prix Mouans-Sartoux – 2024 et le Prix Ethiophile – 2025.
Aurore

 


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