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"Mère absolument" de Ketty ROUF

Marie-Louise, mais elle préfère se faire appeler Louise, a la quarantaine, une vie professionnelle bien remplie et une vie amoureuse plutôt aventureuse. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle n’a jamais voulu d’enfant. Mais lorsqu’elle fait une fausse couche au moment même où elle apprend que sa mère va mourir, Louise décide de devenir « mère absolument ». Dans ce récit en trois partie, on écoute Louise, puis Lou sa fille et enfin Ambroise, le géniteur de Lou qui prennent tour à tour la parole. On ressent d’abord de l’admiration pour cette femme forte et moderne, puis s’installe un malaise insidieux et enfin on éprouve carrément de l’antipathie en lisant les propos de Louise, dans son parcours obsessionnel pour avoir un enfant coûte que coûte. En effet, l’écrivaine dresse le sombre portrait d’une femme entièrement centrée sur son désir d’être mère et si on comprend l’épiphanie provoquée par le deuil, on peine à comprendre sa psychologie un brin torturée. Rien ne nous est ...

"Mère absolument" de Ketty ROUF

Marie-Louise, mais elle préfère se faire appeler Louise, a la quarantaine, une vie professionnelle bien remplie et une vie amoureuse plutôt aventureuse. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle n’a jamais voulu d’enfant. Mais lorsqu’elle fait une fausse couche au moment même où elle apprend que sa mère va mourir, Louise décide de devenir « mère absolument ».

Dans ce récit en trois partie, on écoute Louise, puis Lou sa fille et enfin Ambroise, le géniteur de Lou qui prennent tour à tour la parole.

On ressent d’abord de l’admiration pour cette femme forte et moderne, puis s’installe un malaise insidieux et enfin on éprouve carrément de l’antipathie en lisant les propos de Louise, dans son parcours obsessionnel pour avoir un enfant coûte que coûte. En effet, l’écrivaine dresse le sombre portrait d’une femme entièrement centrée sur son désir d’être mère et si on comprend l’épiphanie provoquée par le deuil, on peine à comprendre sa psychologie un brin torturée. Rien ne nous est épargné du combat de Louise qui se rend en Belgique pour suivre une PMA, tests, échographies, prises de sang, examens gynécologiques, dans une langue crue et organique. Et puis, miracle de la vie, Louise rencontre le thanatopracteur qui s’occupe de sa mère au décès de celle-ci. Et sans passer par la PMA, Louise devient bientôt mère. Sans vouloir du père évidemment !

Dans la deuxième partie, on s’intéresse à Lou, aimée de façon abusive par cette mère délétère et toxique qui va l’éloigner de son père biologique. Et l’on comprend son déchirement lorsqu’elle appréhende peu à peu la vérité.

La troisième partie nous décrit les efforts désespérés d’un homme qui, de fait, ne voulait juste qu’être « père absolument » et c’est bien sûr la plus émouvante.

Trois voix différentes, liées par un même sort, qui reconstruisent la vérité et accouchent d’une réalité bien cruelle.

Mère absolument pourrait sans doute faire grincer des dents, car à l’ère post #Mee Too est- il raisonnable d’inverser les rôles et de dresser le portrait glaçant d’une femme manipulatrice, autoritaire et castratrice ?

C’est un roman très dérangeant, qui bouscule nos certitudes en explorant les thèmes de la maternité toxique, de l’amour au mépris de tout, de la paternité empêchée et de la filiation. Éros et Thanatos, passé et présent, mémoire et oubli alternent dans une écriture fluide, parfois tranchante et dont l’intensité révèle tour à tour la folie ou le désespoir de ses personnages.

Si la lecture reste facile, voire prenante, surtout dans sa dernière partie, on referme ce livre, un peu déboussolé, avec un sentiment d’amertume et de de tristesse rentrée pour ces vies gâchées. Un sujet délicat, encore tabou, qui n’hésite pas à faire bouger les lignes.


 

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