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"Pièce montée" de Margaret KENNEDY

A chaque fois que je lis un roman anglais, je me dis que ce pays est décidément mon vivier préféré d'auteurs (et puis je lis un roman américain, et je change d’avis ... bref).  Margaret Kennedy, donc.... Plus british, tu meurs. Cette Lady des lettres (elle est noble par épousailles), qui a connu un succès fulgurant dès les années 30, fait l'objet de publications rétrospectives  avec de nouvelles traductions. Merci aux éditions de la Table ronde de nous faire découvrir cette fine observatrice des moeurs de son époque et de son milieu, mais dont l'ironie et l'acuité sont universelles et intemporelles. J'avais déjà bien aimé Divorce à l'anglaise, voilà encore dans Pièce montée des histoires de mariage (mais aussi de théâtre, d'où le titre à double sens) . Celui de Lucy Carmichael d'abord, qui va subir la pire humiliation possible lorsque son fiancé ne se présente pas à l'église. Elle va s'exiler en province comme prof de théâtre d'un Institu...

Dossier 137 de Dominik MOLL

Nous sommes en décembre 2018 et le mouvement des Gilets Jaunes secoue la France. 
Joëlle Girard, une aide soignante de Saint-Dizier vient porter plainte, car son fils Guillaume, 20 ans, vient d’être gravement blessé par un tir policier de flash-ball en marge d’une manifestation parisienne. C‘est le dossier 137 dont va devoir s’occuper celle qui prend sa déposition, Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale. A partir de là, le dernier film de Dominik Moll se déploie comme un film de procédure, voire un documentaire, un peu âpre, entre interrogatoires, visionnages de caméras de vidéo-surveillance, enquêtes sur le terrain et rédactions de rapports. Mais la dureté du travail de l’enquêtrice (encore une fois, impeccable Léa Drucker !) se trouve contrebalancée par ce personnage de femme honnête, pleine de rigueur morale, déterminée à faire toute la vérité sur ce dossier 137, et là, se joue évidemment autre chose, un nouveau film apparaît qui tient plus du film social et politique où la réalité s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. 
Car le réalisateur explore ce qu’on nomme les zones grises, en donnant la parole à chacun, les policiers, les témoins, les victimes (mais on sait que toutes les paroles ne se valent pas) en disséquant les faits dans leur entière vérité et en s’immisçant dans la vie privée de Stéphanie.  
Mais au bout du compte, au bout de l’enquête qui voit Stéphanie tiraillée entre conviction et devoir, traître pour ses collègues, corporatiste pour la famille de la victime, tout le monde va y perdre des plumes, et même plus que des plumes car malgré tout, le film de Dominik Moll dresse un réquisitoire implacable, voire glaçant d’un État et de son administration, dépassé par les événements, qui non seulement dysfonctionne gravement mais persiste à vouloir enterrer les faits.  

Après La nuit du 12, grand film qui questionnait la masculinité toxique et le manque de moyens dans la Police, Dominik Moll récidive sur un sujet hautement sensible, questionnant cette fois frontalement cette même Police, censée nous protéger mais parfois coupable du pire. 
On ressort de la séance un peu rincé, et même carrément bouleversé quand résonne encore dans notre tête l’entraînant J’irai siffler sur la colline de Joe Dassin, que chante avec un désarmant enthousiasme la famille Girard, dans la voiture qui les conduit, la fleur au fusil, à Paris, ce 8 décembre 2018.




Commentaires

Kesketalu a dit…
Léa Drucker vient de remporter le César de la meilleure actrice pour ce film.
Anonyme a dit…
Oui, amplement mérité ! Plume de chat.