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"Vivre sans bonheur et n’en point dépérir" de Véronique OVALDÉ

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  En cette rentrée littéraire, Véronique Ovaldé nous offre, entre fiction et biographie, un récit à la fois délicat et percutant. Elle brosse le portrait intime de sa mère, broyée par le déterminisme social, à une époque pas si lointaine où de plus, les femmes possédaient peu de droits. Son titre est emprunté à une phrase de Colette dans Mes apprentissages . Une petite phrase qui résume presque tout de la vie de cette femme. D’un côté, le manque et l’effacement, de l’autre, la résistance. Cette mère a grandi en pleine guerre et a manqué mourir faute de soins appropriés. Très bonne élève, elle ne peut pourtant pas accéder à des études secondaires, on a besoin d’elle à la ferme. Elle se marie, mais son séducteur de mari s’avère rapidement être un tyran domestique doublé d’un homme jaloux et violent. Il l’empêche de travailler et d’avoir un chéquier. Elle a deux filles qu’elle essaie de protéger du mieux qu’elle peut. Voilà, on pourrait pe...

Dossier 137 de Dominik MOLL

Nous sommes en décembre 2018 et le mouvement des Gilets Jaunes secoue la France. 
Joëlle Girard, une aide soignante de Saint-Dizier vient porter plainte, car son fils Guillaume, 20 ans, vient d’être gravement blessé par un tir policier de flash-ball en marge d’une manifestation parisienne. C‘est le dossier 137 dont va devoir s’occuper celle qui prend sa déposition, Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale. A partir de là, le dernier film de Dominik Moll se déploie comme un film de procédure, voire un documentaire, un peu âpre, entre interrogatoires, visionnages de caméras de vidéo-surveillance, enquêtes sur le terrain et rédactions de rapports. Mais la dureté du travail de l’enquêtrice (encore une fois, impeccable Léa Drucker !) se trouve contrebalancée par ce personnage de femme honnête, pleine de rigueur morale, déterminée à faire toute la vérité sur ce dossier 137, et là, se joue évidemment autre chose, un nouveau film apparaît qui tient plus du film social et politique où la réalité s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. 
Car le réalisateur explore ce qu’on nomme les zones grises, en donnant la parole à chacun, les policiers, les témoins, les victimes (mais on sait que toutes les paroles ne se valent pas) en disséquant les faits dans leur entière vérité et en s’immisçant dans la vie privée de Stéphanie.  
Mais au bout du compte, au bout de l’enquête qui voit Stéphanie tiraillée entre conviction et devoir, traître pour ses collègues, corporatiste pour la famille de la victime, tout le monde va y perdre des plumes, et même plus que des plumes car malgré tout, le film de Dominik Moll dresse un réquisitoire implacable, voire glaçant d’un État et de son administration, dépassé par les événements, qui non seulement dysfonctionne gravement mais persiste à vouloir enterrer les faits.  

Après La nuit du 12, grand film qui questionnait la masculinité toxique et le manque de moyens dans la Police, Dominik Moll récidive sur un sujet hautement sensible, questionnant cette fois frontalement cette même Police, censée nous protéger mais parfois coupable du pire. 
On ressort de la séance un peu rincé, et même carrément bouleversé quand résonne encore dans notre tête l’entraînant J’irai siffler sur la colline de Joe Dassin, que chante avec un désarmant enthousiasme la famille Girard, dans la voiture qui les conduit, la fleur au fusil, à Paris, ce 8 décembre 2018.




Commentaires

Kesketalu a dit…
Léa Drucker vient de remporter le César de la meilleure actrice pour ce film.
Anonyme a dit…
Oui, amplement mérité ! Plume de chat.