Comment, mais comment ai-je pu passer à côté de Martin Amis durant ces décennies de lectures anglo-saxonnes ? Pourtant il m'"appelait" depuis les rayons des librairies, je tombais régulièrement sur les photos de cet homme dont on devine tout de suite la nature à la fois ironique et désespérée, sa clope à la main. Même quand il est mort en 2023, je ne me suis pas décidée. Et puis l'autre jour à la bibliothèque, bien en évidence, Train de nuit , et cette fois, faute de nouveautés glamours, je l'emprunte. Je viens de le terminer et cherchant de la matière critique, j'apprends que, apparemment, c'est une oeuvre "mineure" dans sa production... On se pince, qu'est-ce que ça doit être les autres, alors ?? Certes l'auteur emprunte ici les codes du roman noir, nous installant en terrain connu, et donc l'exploit n'est pas là, ni véritablement dans l'histoire ou les personnages, malgré le soin apporté à tout cela : Jennifer, la fille du ...
Comment, mais comment ai-je pu passer à côté de Martin Amis durant ces décennies de lectures anglo-saxonnes ? Pourtant il m'"appelait" depuis les rayons des librairies, je tombais régulièrement sur les photos de cet homme dont on devine tout de suite la nature à la fois ironique et désespérée, sa clope à la main. Même quand il est mort en 2023, je ne me suis pas décidée. Et puis l'autre jour à la bibliothèque, bien en évidence, Train de nuit, et cette fois, faute de nouveautés glamours, je l'emprunte. Je viens de le terminer et cherchant de la matière critique, j'apprends que, apparemment, c'est une oeuvre "mineure" dans sa production... On se pince, qu'est-ce que ça doit être les autres, alors ?? Certes l'auteur emprunte ici les codes du roman noir, nous installant en terrain connu, et donc l'exploit n'est pas là, ni véritablement dans l'histoire ou les personnages, malgré le soin apporté à tout cela : Jennifer, la fille du commissaire s'est elle suicidée ou l'a-t-on tuée ? L'inspectrice brute de décoffrage Mike Hoolihan, va-t-elle faire la lumière sur toute l'affaire, elle qui connaissait bien la jeune femme ? Beaucoup d'auteurs de polars tueraient (ah ah) pour mener aussi bien le suspense et brosser l'ambiance noire y afférente...
Mais ce qui m'a frappée, c'est l'écriture, le ton. Ironie, sarcasme, profondeur et lucidité, déclenchent un rire jaune et noir. L'écriture est en apparence facile, voire enlevée, souvent triviale, à l'image de son héroïne, en vérité son style très travaillé recèle beaucoup de correspondances, de clins d'oeil. Et puis c'est drôle.
Par exemple :
Mais ce qui m'a frappée, c'est l'écriture, le ton. Ironie, sarcasme, profondeur et lucidité, déclenchent un rire jaune et noir. L'écriture est en apparence facile, voire enlevée, souvent triviale, à l'image de son héroïne, en vérité son style très travaillé recèle beaucoup de correspondances, de clins d'oeil. Et puis c'est drôle.
Par exemple :
Mike rapporte à la maison la cassette vidéo* de l'autopsie de Jennifer, elle vit avec un homme nommé Tobe.
"Il sait y faire pour qu'une femme se sente mince. Il est absolument énorme. Il remplit une pièce à lui seul [...] Tobe n'est pas un enfant de choeur, forcément : vu qu'il crèche avec l'inspecteur Mike Hoolihan. Mais quand je lui ai dit ce qui passait ce soir à la télé, il est allé au Tretnick s'en jeter quelques uns derrière la cravate".
Mais aussi, comme dans les premières pages, où elle présente son travail de flic dans cette ville américaine, avec des phrases tranchantes et noires, tellement bien vues.
"Au commissariat central de la Police Judiciaire (PJ), il y a trois mille employés assermentés répartis dans tout un tas de directions et de sous-directions, de divisions et de services qui n'arrêtent pas de changer de nom : Grand Banditisme, Délits Graves, Crimes contre les Particuliers, Sévices sexuels, Vols de voitures, Répression des fraudes, Commissions spéciales, Saisie des biens, Services secrets, Stupéfiants, Enlèvements, Cambriolages, Vols avec violence. Sans oublier l'Homicide. Il y a une porte en verre avec une pancarte Moeurs. Il n'y a pas de porte en verre avec une pancarte Péchés. La ville joue en attaque. Nous en défense. Voilà pour l'essentiel."
Je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus, sinon que je vais me jeter sur ses romans "majeurs", donc... Money, money et bien sûr, La Zone d'intérêt, porté au cinéma par Jonathan Glazer, Grand Prix du festival de Cannes 2023, entre autres Oscars et Césars.
NB : je suis en train de lire le dernier Jonathan Coe, et justement, la jeune héroïne, flânant dans la bibliothèque familiale, tombe sur Money, money, qu'elle n'a jamais réussi à ouvrir malgré les recommandations paternelles ... Quand je vous dis qu'il me cherchait...
* le roman a été publié en 1997

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