Je suis abonnée aux romans dystopiques depuis quelques temps, de Déluge à Zem , en passant par Hystérie collective . Cette dimension est ici ténue : un futur, que les plus pessimistes qualifieraient d'imminent, où Gary Shteyngart a poussé quelques curseurs de nos dérives contemporaines juste un peu plus loin. On retrouve les items déjà exploités dans le fort réussi et bien américain Très chers amis : les diasporas coréennes et russes, les enfants précoces, les intellos, l'amour pour un enfant qui n'est pas le sien. Plus court et moins sarcastique, Véra dans son monde est écrit à hauteur d'enfant. Fût-elle très intelligente, beaucoup de choses échappent à cette petite fille de 10 ans, à commencer par sa famille. Un père plutôt absorbé par son boulot d'éditeur de revue et d'intellectuel demandé, une belle-mère présente mais qu'elle ressent lointaine, un demi-frère pas méchant mais bourrin. Elle se sent seule et peine à trouver des amis, car elle est bizar...
Nous sommes en décembre 2018 et le mouvement des Gilets Jaunes secoue la France.
Joëlle Girard, une aide soignante de Saint-Dizier vient porter plainte, car son fils Guillaume, 20 ans, vient d’être gravement blessé par un tir policier de flash-ball en marge d’une manifestation parisienne. C‘est le dossier 137 dont va devoir s’occuper celle qui prend sa déposition, Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale. A partir de là, le dernier film de Dominik Moll se déploie comme un film de procédure, voire un documentaire, un peu âpre, entre interrogatoires, visionnages de caméras de vidéo-surveillance, enquêtes sur le terrain et rédactions de rapports. Mais la dureté du travail de l’enquêtrice (encore une fois, impeccable Léa Drucker !) se trouve contrebalancée par ce personnage de femme honnête, pleine de rigueur morale, déterminée à faire toute la vérité sur ce dossier 137, et là, se joue évidemment autre chose, un nouveau film apparaît qui tient plus du film social et politique où la réalité s’avère plus complexe qu’il n’y paraît.
Car le réalisateur explore ce qu’on nomme les zones grises, en donnant la parole à chacun, les policiers, les témoins, les victimes (mais on sait que toutes les paroles ne se valent pas) en disséquant les faits dans leur entière vérité et en s’immisçant dans la vie privée de Stéphanie.
Mais au bout du compte, au bout de l’enquête qui voit Stéphanie tiraillée entre conviction et devoir, traître pour ses collègues, corporatiste pour la famille de la victime, tout le monde va y perdre des plumes, et même plus que des plumes car malgré tout, le film de Dominik Moll dresse un réquisitoire implacable, voire glaçant d’un État et de son administration, dépassé par les événements, qui non seulement dysfonctionne gravement mais persiste à vouloir enterrer les faits.
Joëlle Girard, une aide soignante de Saint-Dizier vient porter plainte, car son fils Guillaume, 20 ans, vient d’être gravement blessé par un tir policier de flash-ball en marge d’une manifestation parisienne. C‘est le dossier 137 dont va devoir s’occuper celle qui prend sa déposition, Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale. A partir de là, le dernier film de Dominik Moll se déploie comme un film de procédure, voire un documentaire, un peu âpre, entre interrogatoires, visionnages de caméras de vidéo-surveillance, enquêtes sur le terrain et rédactions de rapports. Mais la dureté du travail de l’enquêtrice (encore une fois, impeccable Léa Drucker !) se trouve contrebalancée par ce personnage de femme honnête, pleine de rigueur morale, déterminée à faire toute la vérité sur ce dossier 137, et là, se joue évidemment autre chose, un nouveau film apparaît qui tient plus du film social et politique où la réalité s’avère plus complexe qu’il n’y paraît.
Car le réalisateur explore ce qu’on nomme les zones grises, en donnant la parole à chacun, les policiers, les témoins, les victimes (mais on sait que toutes les paroles ne se valent pas) en disséquant les faits dans leur entière vérité et en s’immisçant dans la vie privée de Stéphanie.
Mais au bout du compte, au bout de l’enquête qui voit Stéphanie tiraillée entre conviction et devoir, traître pour ses collègues, corporatiste pour la famille de la victime, tout le monde va y perdre des plumes, et même plus que des plumes car malgré tout, le film de Dominik Moll dresse un réquisitoire implacable, voire glaçant d’un État et de son administration, dépassé par les événements, qui non seulement dysfonctionne gravement mais persiste à vouloir enterrer les faits.
Après La nuit du 12, grand film qui questionnait la masculinité toxique et le manque de moyens dans la Police, Dominik Moll récidive sur un sujet hautement sensible, questionnant cette fois frontalement cette même Police, censée nous protéger mais parfois coupable du pire.
On ressort de la séance un peu rincé, et même carrément bouleversé quand résonne encore dans notre tête l’entraînant J’irai siffler sur la colline de Joe Dassin, que chante avec un désarmant enthousiasme la famille Girard, dans la voiture qui les conduit, la fleur au fusil, à Paris, ce 8 décembre 2018.

Commentaires