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"Vivre sans bonheur et n’en point dépérir" de Véronique OVALDÉ

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  En cette rentrée littéraire, Véronique Ovaldé nous offre, entre fiction et biographie, un récit à la fois délicat et percutant. Elle brosse le portrait intime de sa mère, broyée par le déterminisme social, à une époque pas si lointaine où de plus, les femmes possédaient peu de droits. Son titre est emprunté à une phrase de Colette dans Mes apprentissages . Une petite phrase qui résume presque tout de la vie de cette femme. D’un côté, le manque et l’effacement, de l’autre, la résistance. Cette mère a grandi en pleine guerre et a manqué mourir faute de soins appropriés. Très bonne élève, elle ne peut pourtant pas accéder à des études secondaires, on a besoin d’elle à la ferme. Elle se marie, mais son séducteur de mari s’avère rapidement être un tyran domestique doublé d’un homme jaloux et violent. Il l’empêche de travailler et d’avoir un chéquier. Elle a deux filles qu’elle essaie de protéger du mieux qu’elle peut. Voilà, on pourrait pe...

"Véra dans son monde " de Gary SHTEYNGART

Je suis abonnée aux romans dystopiques depuis quelques temps, de Déluge à Zem, en passant par Hystérie collective. Cette dimension est ici ténue : un futur, que les plus pessimistes qualifieraient d'imminent, où Gary Shteyngart a poussé quelques curseurs de nos dérives contemporaines juste un peu plus loin. On retrouve les items déjà exploités dans le fort réussi et bien américain Très chers amis : les diasporas coréennes et russes, les enfants précoces, les intellos, l'amour pour un enfant qui n'est pas le sien. 
Plus court et moins sarcastique, Véra dans son monde est écrit à hauteur d'enfant. Fût-elle très intelligente, beaucoup de choses échappent à cette petite fille de 10 ans, à commencer par sa famille. Un père plutôt absorbé par son boulot d'éditeur de revue et d'intellectuel demandé, une belle-mère présente mais qu'elle ressent lointaine, un demi-frère pas méchant mais bourrin. Elle se sent seule et peine à trouver des amis, car elle est bizarre pour les autres enfants, avec son mélange de précocité et d'angoisses. Son père ne lui a pas caché qu'elle est le fruit de son histoire d'amour avec une coréenne, mais elle ne sait rien de sa mère biologique et ce secret étouffant va l'amener à agir pour en savoir plus sur ses origines... 

Le roman est assez original malgré un argument (la recherche d'un parent biologique) qui ne l'est pas. Cela tient à la personnalité de Véra et au monde qui l'entoure : il est opaque pour elle et donc aussi pour le lecteur qui n'a que l'éclairage de la fillette pour appréhender le nouveau fonctionnement de la société, comme ces fameuses lois qui régissent désormais la démocratie américaine, attribuant une proportionnalité différenciée du vote selon l'origine de la personne... 
La fin décolle vraiment et atteint une émotion qu'on n'avait pas ressentie jusque là dans le roman. Une belle surprise car, pour tout dire, j'étais un peu sur ma faim tout au long de la lecture. Pour cette raison, je vous recommande de commencer par Lake Success ou Très chers amis si vous avez le tort de ne jamais avoir lu l'excellent Gary Shteyngart !

 L'Olivier, 240 pages, avril 2026


 

 

Commentaires

Anonyme a dit…
Pour ma part j'ajouterais bien "Super triste histoire d'amour" du même Gary Shteyngart, une dystopie également, super drôle et originale, qui figure dans mon Panthéon personnel. Cath W
Kesketalu a dit…
Merci pour la suggestion, je vais me le procurer sans tarder !