Plus court et moins sarcastique, Véra dans son monde est écrit à hauteur d'enfant. Fût-elle très intelligente, beaucoup de choses échappent à cette petite fille de 10 ans, à commencer par sa famille. Un père plutôt absorbé par son boulot d'éditeur de revue et d'intellectuel demandé, une belle-mère présente mais qu'elle ressent lointaine, un demi-frère pas méchant mais bourrin. Elle se sent seule et peine à trouver des amis, car elle est bizarre pour les autres enfants, avec son mélange de précocité et d'angoisses. Son père ne lui a pas caché qu'elle est le fruit de son histoire d'amour avec une coréenne, mais elle ne sait rien de sa mère biologique et ce secret étouffant va l'amener à agir pour en savoir plus sur ses origines...
Le roman est assez original malgré un argument (la recherche d'un parent biologique) qui ne l'est pas. Cela tient à la personnalité de Véra et au monde qui l'entoure : il est opaque pour elle et donc aussi pour le lecteur qui n'a que l'éclairage de la fillette pour appréhender le nouveau fonctionnement de la société, comme ces fameuses lois qui régissent désormais la démocratie américaine, attribuant une proportionnalité différenciée du vote selon l'origine de la personne...
La fin décolle vraiment et atteint une émotion qu'on n'avait pas ressentie jusque là dans le roman. Une belle surprise car, pour tout dire, j'étais un peu sur ma faim tout au long de la lecture. Pour cette raison, je vous recommande de commencer par Lake Success ou Très chers amis si vous avez le tort de ne jamais avoir lu l'excellent Gary Shteyngart !
L'Olivier, 240 pages, avril 2026

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