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"La Femme auteur" de Madame de Genlis [Un siècle, un roman, une héroïne]

Cette proposition de Cath W s'inscrit parfaitement dans le cycle "Un siècle, un roman, une héroïne"  qui présente un ou plusieurs romans par siècle, précurseurs ou représentants d'un courant littéraire, mettant en scène une héroïne qui, prise dans le corset des contraintes imposées aux femmes par la société de leur temps, peine à vivre ses aspirations. Des femmes inoubliables et touchantes dans des romans dont on peut avoir, sans anachronisme excessif pour les plus anciens, une lecture féministe, tant ces destins broyés sont nés de l'empathie de leurs auteurs pour elles. Jolie surprise que cette réédition d’une nouvelle, ou plutôt d’un court récit paru à la fin du 18ème siècle, et passé sous les radars des Lagarde et Michard et autres manuels. L’intérêt contemporain pour toutes les formes d’émancipation féminine a sans doute motivé cette entreprise et c’est tant mieux. Madame de Genlis, qui est née en 1746, a quitté le monde de la Cour et les mondanités...

"La Femme auteur" de Madame de Genlis [Un siècle, un roman, une héroïne]

Cette proposition de Cath W s'inscrit parfaitement dans le cycle "Un siècle, un roman, une héroïne" qui présente un ou plusieurs romans par siècle, précurseurs ou représentants d'un courant littéraire, mettant en scène une héroïne qui, prise dans le corset des contraintes imposées aux femmes par la société de leur temps, peine à vivre ses aspirations. Des femmes inoubliables et touchantes dans des romans dont on peut avoir, sans anachronisme excessif pour les plus anciens, une lecture féministe, tant ces destins broyés sont nés de l'empathie de leurs auteurs pour elles.

Jolie surprise que cette réédition d’une nouvelle, ou plutôt d’un court récit paru à la fin du 18ème siècle, et passé sous les radars des Lagarde et Michard et autres manuels. L’intérêt contemporain pour toutes les formes d’émancipation féminine a sans doute motivé cette entreprise et c’est tant mieux.

Madame de Genlis, qui est née en 1746, a quitté le monde de la Cour et les mondanités, pour se consacrer à l’étude, aux arts, et à la formation des esprits. Elle publiera un nombre impressionnant de contes, nouvelles et romans, et surtout ses Mémoires.

La Femme auteur (le titre est déjà tout un programme, comme un oxymore) est à la fois un récit amoureux, qui n’est pas sans faire penser à la Princesse de Clèves, la vertu sacrifiant la passion, et un conte moral, plus progressiste qu’il n’y paraît au premier abord.

Natalie et Dorothée sont deux sœurs, bien nées, que leur nature oppose : la sage Dorothée cultive la mesure et l’équilibre dans son foyer, la vive Natalie, passionnée, entend se consacrer à l’écriture. Ceci lui est permis, dans la mesure où elle s’engage à ne pas publier, afin de ne pas attirer l’attention, et ainsi devenir « une femme publique ».

Cependant, pour tirer d’affaire une famille amie dans le besoin (Natalie est habitée de nobles sentiments !!), Natalie décide de publier l’un de ses romans, lequel rencontre immédiatement le succès : ce sera le début de sa chute. Elle perdra l’amour de celui qu’elle devait épouser (et auquel elle avait failli renoncer par grandeur d’âme), la considération de ses pairs, sa place dans le monde.

La morale est sauve : Malheur à celles qui quittent le cercle étroit de la vie privée : les hommes, la société n’y sont pas prêts. Qu’on en juge d’après ces propos de Germeuil, le futur mari : « Formées (les femmes) , par leur sensibilité, pour avoir une existence plus intéressante et moins égoïste que la nôtre, la gloire, à moins d’exceptions très rares, au lieu d’être pour elles une possession personnelle, n’est presque toujours qu’un bien relatif. Elles la trouvent dans les actions d’un père, d’un fils, d’un époux : elles l’empruntent et ne la donnent pas : et les lois, en cela, sont d’accord avec la nature : n’est-il pas juste que la gloire appartienne en propre à celui qui peut seul transmettre son nom et le laisser en héritage ? ». Tout est dit.

 Folio Gallimard, 112 pages, mars 2007 



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