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La peine de mort vue par Constance DEBRÉ et Didier DECOIN

Jamais rien lu de cette femme saisissante. J'ouvre Protocoles. Je tombe direct sur l'horreur de la mort programmée par la justice. Et, donc, sur les protocoles y afférents, En phrases tout aussi sèches et dépourvues d'affect. Cela rappelle l'organisation de l'Holocauste (Recherche d'efficience, inhumanité, dispersion des responsabilités), A plus petite échelle statistique Mais pareille à hauteur d'individu   ("Vous avez été condamné à mort", dit la première phrase). J'ai droit au déroulé de tous les modes d'exécution. Salutaire et insoutenable. Problème...  - Prêche les convertis comme moi,  Les autres ne le liront jamais  - Noie le propos dans des anecdotes sexuelles Et le déroulé de ses protocoles personnels. Ennuyeux pour le lecteur (moi). Soi-disant les deux récits imbriqués ne font qu'un ? Ce projet littéraire n'est (pour moi) qu'un voeu pieux. Restent des pages sur la torture infligée aux corps. Plus marquantes et document...

La peine de mort vue par Constance DEBRÉ et Didier DECOIN

Jamais rien lu de cette femme saisissante.
J'ouvre Protocoles.
Je tombe direct sur l'horreur de la mort programmée par la justice.
Et, donc, sur les protocoles y afférents,
En phrases tout aussi sèches et dépourvues d'affect.
Cela rappelle l'organisation de l'Holocauste
(Recherche d'efficience, inhumanité, dispersion des responsabilités),
A plus petite échelle statistique
Mais pareille à hauteur d'individu  
("Vous avez été condamné à mort", dit la première phrase).
J'ai droit au déroulé de tous les modes d'exécution.
Salutaire et insoutenable.

Problème... 
- Prêche les convertis comme moi, 
Les autres ne le liront jamais 
- Noie le propos dans des anecdotes sexuelles
Et le déroulé de ses protocoles personnels.
Ennuyeux pour le lecteur (moi).
Soi-disant les deux récits imbriqués ne font qu'un ?
Ce projet littéraire n'est (pour moi) qu'un voeu pieux.

Restent des pages sur la torture infligée aux corps.
Plus marquantes et documentées qu'un article de journal.
Cette mission-là est accomplie.

 Flammarion, 144 pages, janvier 2026

  

Par le plus grand des hasards, j'ai enchaîné la lecture de Protocoles avec celle de Maypops de Didier Decoin, qui raconte une erreur judiciaire aboutissant dans les années 50 aux USA à l'exécution d'un jeune noir accusé de l'assassinat de deux fillettes blanches. Il m'est tombé des mains à la moitié (et pourtant j'ai une certaine tendresse pour Decoin dont j'admire l'oeuvre diverse mais là je n'ai pas accroché du tout). Toutefois, et comme dans Protocoles, son évocation de la peine de mort a retenu mon attention.   L'un et l'autre dénoncent la froide capacité d'un Etat à poser en termes administratifs le déroulement d'un acte révoltant, partent de la torture infligée aux corps que rien ne peut justifier, décrivent les ratés terrifiants de beaucoup de mises à mort. Avec des moyens opposés (le romanesque vs l'hyper documentation), le vieux briscard et l'autrice underground se retrouvent pour délivrer le même message salutaire. Pour ces quelques pages frontales, débarrassées du style fleuri qui plombe le reste du récit, Maypops vaut le détour.

 "L'affaire Stinney n'était en effet  qu'une suite d'ombre, d'incohérences et d'aberrations. Jusqu'à la plus navrante de toutes : l'exécution dont Lucy ne savait encore presque rien sinon que ça n'avait pas été beau à voir, le protocole ne s'étant pas déroulé comme prévu. Le petit taureau est mort en pleurant, avait titré un tabloïd de la Côte Ouest, s'appuyant sur une habile comparaison entre la mort d'un novillo dans l'arène et l'agonie du jeune Stinney sur la chaise électrique [...] Une mise à mort légale et une corrida ont ceci en commun qu'elles ne tolèrent aucun aléa, aucun accroc. Rien n'est supposé échapper au contrôle le plus strict que doivent imposer les autorités gestionnaires du cérémonial, mais il semble que les "dérapages" soient inévitables. Il suffit [...] que, malgré les tests obligatoires effectués avant l'heure H, la chaise connaisse un léger dysfonctionnement pour que le condamné à mort, loin d'être rendu inconscient par la première décharge, ne soit que partiellement étourdi avant d'être littéralement grillé vif."

 Stock, 401 pages, avril 2026




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