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"Sidérations" de Richard POWERS

S’il y a une chose qui m’agace, c’est bien qu’on dise d’un livre, ou d’une écriture, qu’ils sont « poétiques ». Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire ? Cela me paraît une formule tellement creuse… Mais voilà que Sidérations  m’a fourni une réponse : c’est quand le livre en question vous fait voir ce qui vous entoure d’une autre façon, vous montre la grandeur insondable d’un environnement, d’une relation…. J’ose le dire, Sidérations  offre des moments de pure poésie en dépit des sujets difficiles qu’il aborde : la souffrance d’un enfant, orphelin de mère, incapable de gérer ses émotions et, en parallèle la destruction d’un monde - le nôtre. Robin, enfant tout à fait atypique, est le fils d’un astrobiologiste (oui oui, ça existe, ça aussi je l’ai découvert), et d’une jeune femme qui a consacré sa vie à combattre la souffrance animale et la disparition des espèces. Robin est d’une intelligence et surtout d’une sensibilité prodigieuses, et il a entre...

"Sidérations" de Richard POWERS

S’il y a une chose qui m’agace, c’est bien qu’on dise d’un livre, ou d’une écriture, qu’ils sont « poétiques ». Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire ? Cela me paraît une formule tellement creuse… Mais voilà que Sidérations m’a fourni une réponse : c’est quand le livre en question vous fait voir ce qui vous entoure d’une autre façon, vous montre la grandeur insondable d’un environnement, d’une relation…. J’ose le dire, Sidérations offre des moments de pure poésie en dépit des sujets difficiles qu’il aborde : la souffrance d’un enfant, orphelin de mère, incapable de gérer ses émotions et, en parallèle la destruction d’un monde - le nôtre.

Robin, enfant tout à fait atypique, est le fils d’un astrobiologiste (oui oui, ça existe, ça aussi je l’ai découvert), et d’une jeune femme qui a consacré sa vie à combattre la souffrance animale et la disparition des espèces. Robin est d’une intelligence et surtout d’une sensibilité prodigieuses, et il a entrepris de reprendre le combat mené par sa mère, tout en entrant, chaque soir, ou à chaque fois qu’il va mal, dans le monde intersidéral que lui offre son père.

Deux ans après la mort de sa mère, Robin va mal et doit suivre une thérapie sous peine de ne plus pouvoir être scolarisé. Il intègre alors un programme expérimental piloté par l’IA qui doit lui permettre de gérer ses émotions. Et ça marche…. Peut-être trop bien...

Ce roman, qui n’est pas sans rappeler Des fleurs pour Algernon auquel il fait souvent référence nous fait voir toute la beauté du vivant, en même temps qu’il en démontre la fragilité, la vulnérabilité dans le monde ultra cynique qui est le nôtre, dominé par un certain président des États-Unis. Mais nous sommes dans un roman de science-fiction….

Le personnage de Robin, le lien entre père et fils sont de nature à tirer des larmes aux plus endurcis d’entre nous ; la beauté de cette relation, jointe à la grandeur de l’univers qui nous est présenté, outre qu’elle adoucit les quelques développements scientifiques qui pourraient paraître rebutants, ne peuvent que nous donner de l’espoir.

« L’extravagance de l’automne envahissait tout le sud des Appalaches. Les rhododendrons plongeaient dans les ravins et couvraient les pentes de buissons qui rendaient Robin claustrophobe. Au-dessus de cette orgie broussailleuse s’élevait une canopée de caryers, de sapins-cigûe, et de tulipiers non moins luxuriants (…). On gravit la gorge plantée de feuillus en suivant un sentier défriché dans les années 30 par des chômeurs guère plus âgés que Robin, du temps où le service public n’était pas encore l’ennemi. J’écrasai une feuille de gommier en forme d’étoile, mi-jade d’août, mi-brique d’octobre et je proposai à Robin de la sentir. Il poussa un cri de surprise. »

«  Face à l’échec des traitements à soulager mon enfant, je développai une théorie farfelue : la vie est une chose qu’il faut cesser de vouloir corriger. Mon fils était un univers de poche dont je n’atteindrais jamais le fond. Chacun de nous est une expérience en soi, et nous ne savons même pas ce qu’elle est censée tester »

Chapeau au traducteur, Serge Chauvin !

  Actes sud, septembre 2021, 400 pages + éd poche chez 10/18  




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