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"Ce qui nous frôle sous la surface" de Colum McCANN (ce que j'en dis, ce que l'IA en dit...)

Deux critiques pour le prix d'une...  Je n'ai pas envie de rajouter du bruit au bruit sur la question de l'IA en littérature. Juste, j'ai demandé à Gemini, avant que cette critique soit publiée et après l'avoir écrite 😉, de "rédiger un texte sur ce livre à la manière d'IsaH de Kesketalu". Vous trouverez le résultat en-dessous de ma critique que voici : Cela fait du bien de temps en temps, un roman linéaire, avec un narrateur bien identifié, dont on a le seul point de vue. C'est ce que nous propose l'excellent Colum McCann avec son dernier opus.    Fennell, un écrivain irlandais en panne d'inspiration, raconte, au plus près de son ressenti, ce qui commence comme une simple mission journalistique sur la réparation des câbles internet sous-marins. Il se dit que cela ne lui fera pas de mal de voyager un peu, et puis il trouve très poétique que nos messages, nos histoires, nos infos voyagent dans les abysses... Le voilà parti au Cap où il renc...

"Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques" de Iain LEVISON

Ah bah, c'est sûr, quand j'ai vu ce titre génial sur le présentoir de ma médiathèque, je n'ai pas hésité ! 
Le premier chapitre nous installe d'emblée en terrain connu, celui du roman noir américain, dans une forme légère, sinon parodique. Justin Sykes est un bon avocat, diplômé de Columbia, qui a choisi de travailler à  l'aide juridictionnelle (enfin, on en saura un peu plus sur ce "choix" plus tard dans le roman...). C'est-à-dire qu'il se coltine tous les cas attribués aux commis d'office : exhibitionniste récidiviste, braqueur de magasins de spiritueux... Il conseille ses clients avec beaucoup d'expérience et un poil de cynisme : à un client qui s'est fait tabasser par la police il suggère "Vous pouvez vous faire saigner un peu devant le juge ? Ça pourrait aider pour le transfert". Ce chapitre se conclut ainsi : "Voilà comment je gagne ma vie. [...] Vous ne voyez peut-être rien d'héroïque là-dedans. Et vous avez sans doute raison. Les flics ne m'apprécient guère et je suis payé une misère. Mais les clients croulent sous le poids considérable de la justice, et du capitalisme, et du monde qui les accable autant qu'il peut, et quelqu'un, quelque part, se doit de soulager leur fardeau."

Le "poids considérable de la justice", c'est justement ce que ce roman met en lumière, pointant la contradiction fréquente entre les lois des différents États, et l'effet millefeuille de la justice fédérale. Une justice où avocats et procureurs négocient en amont afin d'éviter le procès à tout prix : trop de travail, trop cher. Sauf quand un procureur-adjoint, en campagne électorale pour être élu procureur général, tient un cas dont il peut faire un exemple, faisant preuve d'une sévérité soudaine qui désarçonne Sykes. Un peu désabusé, il accepte l'offre de boulot d'un certain Marcus, patron d'une boite de strip-tease et mouillé dans le trafic d'héroïne : il s'agit, moyennant une coquette somme, pendant une heure tous les jeudis, de dispenser des conseils juridiques aux stripteaseuses qui en auraient besoin, donc... Le tout assorti de conditions étranges, comme dormir la nuit suivante dans le motel d'en face, et garer sa voiture juste devant sa chambre.

Vous connaissez la musique, après ce doigt dans l'engrenage, les choses s'enchaînent de façon inextricable pour l'avocat... 
Un roman satirique et caustique qui se paye la justice américaine, mais néanmoins solide dans sa narration. 
Une myriade de personnages secondaires bien typés : clients de Sykes, stripteaseuses de toutes sortes, collègues incompétents, juges et procureurs véreux.
Une écriture à l'ironie cinglante, calée sur la personnalité de Sykes, héros à la fois désenchanté et plein d'humanité, dans la grande tradition du roman noir.

"Les gens pensent que le boulot d'avocat s'apparente aux autres professions, comme celle de médecin par exemple. Mais la médecine est une science. Constituée de vérités universelles. Vous pouvez donc parler à un pneumologue d'un problème que vous avez au pied, et il sera éventuellement capable de vous donner quelques conseils utiles.[...] Il n'existe pas de vérité universelle en matière juridique. Le droit n'est qu'un ramassis de conneries que des gens ont pondu, et s'ils vivent dans un autre État, ils ont peut-être pondu des conneries complètement différentes. De sorte que me demander à moi, un avocat en droit pénal de Pennsylvanie, des conseils relevant du droit matrimonial du New Jersey, c'est comme me consulter pour un problème agricole. "

"J'ai toujours été étonné de voir comment les prisonniers se considèrent les uns les autres, au mépris de toute conscience de soi. Pour les alcooliques, les toxicos, ça craint. Pour les voleurs de voitures, les cambrioleurs, ça craint. Pour les cambrioleurs, les délinquants sexuels, ça craint. Pour les automobilistes qui se prennent des contraventions de stationnement, j'imagine que ceux qui se prennent des prunes pour excès de vitesse, ça craint. Tant qu'il y a pire que vous, ça va."

"Donald Bryce est introduit dans la salle d'audience.[...] Un préposé lui ôte les menottes et il s'installe près de moi à la table de la défense.
"Alors les nouvelles sont bonnes ?" demande-t-il, ce qui est, je m'en rends compte, sa manière de saluer les gens. Je crois que je n'ai jamais eu la moindre bonne nouvelle à lui apporter ; c'est pourquoi je trouve charmant son optimisme.[...]
"C'est lui le juge merdique ?" demande Bryce d'une voix qui me semble affreusement forte, mais que le juge Wiley, heureusement, ne semble pas entendre. J'acquiesce et lui chuchote de parler plus bas. Le juge Wiley approche son micro de sa moustache noire, tel un chanteur dans un bar, et déclare l'audience ouverte.
"

   Liana Lévi, août 2024, 240 pages 



Commentaires

Anne-Marie a dit…
J'ai lu également pas mal de romans de Ian Levison. On pourrait le qualifier "d'écrivain gonflé" ! Il réussit comme personne à donner des coups de pieds dans la fourmilière. La palme revenant à "Un petit boulot"
Kesketalu a dit…
Bien vu ! C'était mon premier, merci du conseil pour le suivant