👍 Bibliosurf a distingué cette critique Yan Lespoux est un auteur doué, publié aux éditions Agullo. Quelle que soit la forme ou le thème traité, il est dans l’excellence. Je l’ai découvert avec Pour mourir le monde , un roman d’aventures ébouriffant dont je ne saurais que trop vous recommander la lecture, j’ai donc enchaîné avec Presqu’îles , un brillant recueil de nouvelles qui, à travers plusieurs saynètes et portraits tous situés dans le Médoc, dressait un portrait drôle et attendrissant de cette région et de ses habitants. Les amateurs , qui vient de paraître, reprend cet enracinement territorial et ne manque pas de cligner de l’œil vers les deux ouvrages précédents. Au début du roman, on suit Cosimo Perri, un ponte de N’drangheta, la mafia calabraise, qui s’est mis en tête d’optimiser les ressources humaines de l’organisation en utilisant les chimistes importés d’Amérique du Sud afin d’extraire et fabriquer la cocaïne destinée au marché européen dans des campagnes de ré...
Diffusée initialement sur M6 entre 2005 et 2009, et devenue progressivement culte, la série raconte sur
6 saisons (la dernière est un préquel magistral) la vie
quotidienne du roi Arthur et de ses chevaliers, à la recherche du Saint
Graal... Ca vous rappelle quelque chose ? Eh oui les Monty Python ne
sont pas loin, même si le ressort humoristique n'est pas le même.
Là où les Anglais misaient sur l'absurde, le Français joue à fond la carte de l'anachronisme.
- Anachronisme du langage :
La moitié des personnages s'expriment dans une langue châtiée qu'on attribuerait naturellement aux chevaliers de la table ronde, comme Bohort ou Lancelot.
D'autres parlent en Audiard dans le texte, comme Léodagan, père de Guenièvre (s'adressant à Arthur) :
"Vous êtes marié, comme moi ; vous savez que la monstruosité peut prendre des formes très diverses"
- Anachronisme du langage :
La moitié des personnages s'expriment dans une langue châtiée qu'on attribuerait naturellement aux chevaliers de la table ronde, comme Bohort ou Lancelot.
D'autres parlent en Audiard dans le texte, comme Léodagan, père de Guenièvre (s'adressant à Arthur) :
"Vous êtes marié, comme moi ; vous savez que la monstruosité peut prendre des formes très diverses"
ou la servante Angharad (servant le petit déjeuner au lit à Arthur et sa maîtresse) :
"Entre le calme plat du temps de Madame et la guérilla de cette nuit, je
me permets de dire à Monsieur que Monsieur n'a pas bien le sens de la
mesure. Monsieur est en dents de scie..."
Certains, comme Karadoc ou Gauvain se battent avec le
vocabulaire (sans jamais gagner...), Perceval est je pense le plus démuni en la matière :
"De toutes façons, les réunions de la Table Ronde c’est deux fois par
mois. Donc, si le mec il dit après-demain à partir de dans deux jours,
suivant s’il le dit à la fin du mois, ça reporte."
Et puis il y a Yvain, frère de Guenièvre, ado attardé qui parle comme un jeune d'aujourd'hui et, c'est sa mère qui
le dit, "c'est pas une flèche" :
"Moi, je m'en fous, si on me force à y retourner, je retiens ma respiration jusqu'à ce qu'on arrête de me forcer à y retourner."
- Anachronisme des situations : les réunions de la table ronde font furieusement penser au monde du travail d'aujourd'hui, Arthur est un roi / manager entouré de chevaliers/collaborateurs bien typés : un adjoint efficace mais arrogant et peut-être fourbe (Lancelot), un assistant pointilleux et ergoteur (Père Blaise), des gars pas très doués mais pleins de bonne volonté (Perceval en tête, sans doute le meilleur personnage de la série, et l'ineffable Merlin, qui ne réussit jamais aucun de ses sorts...), des opposants frontaux qui veulent lui piquer sa place (Léodagan, le beau-père), etc...
C'est Alexandre Astier lui-même qui joue Arthur, personnage complexe qui au fil des saisons évolue du pur comique (il rend un hommage appuyé à Louis de Funès) à des aspects plus sombres et plus humains (le manque d'enfant). Sa femme, Guenièvre, à qui il est marié pour l'intérêt de l'union des clans, est une gourde (géniale Anne Girouard) et leur mariage n'est pas consommé, car Arthur fait un blocage sexuel (dont on comprendra l'origine dans la saison 6)... Or le royaume a besoin d'un héritier et Arthur rêve d'un fils à aimer...
Kaamelott fait partie de ces séries qu'on peut revoir à l'infini, tant il y a de lectures possibles, sociales je l'ai dit, mais aussi politiques (Arthur est un roi progressiste qui protège les paysans), religieuses (l'émergence de la chrétienté et du dieu unique n'a pas éliminé tout à fait les anciennes croyances), les parallèles avec notre monde contemporain foisonnent. Si la légende arthurienne est quelque peu malmenée par le scénario, on sent quand même qu'Astier maîtrise et respecte son sujet, pour preuve les bonus des DVD très intéressants et très documentés sur l'épopée d'Arthur.
Mais avant toute chose, et pas besoin de se réfugier derrière un
quelconque message ou alibi culturel, Kaamelott est extrêmement drôle, une phrase/un rire,
et basé sur
un comique de répétition des situations, une bible imparable des
personnages qui sur la durée est redoutable pour les zygomatiques.
Alexandre Astier travaille en famille : son père joue son beau-père (Léodagan), sa mère sa belle-mère (Séli), et son frère joue son beau-frère (Yvain, le frère de Guenièvre). ... Les repas de famille chez les Astier, ça doit être quelque chose !
Alexandre Astier travaille en famille : son père joue son beau-père (Léodagan), sa mère sa belle-mère (Séli), et son frère joue son beau-frère (Yvain, le frère de Guenièvre). ... Les repas de famille chez les Astier, ça doit être quelque chose !
Alexandre Astier sait tout faire :
scénariste, réalisateur, acteur et même compositeur de la musique du
générique. Les cinq premiers livres enchaînent des scènes d'environ 3 minutes chacune, qui construisent peu à peu l'histoire. C'est aussi AA qui fait le montage, avec des "cuts" elliptiques très souvent à l'origine d'effets comiques. Arthur interrompt une partie de lancer de cailloux, en colère contre ses chevaliers qui n'ont "rien de mieux à faire manifestement". Perceval pour se défendre commence à lui expliquer les règles. [Noir]. On retrouve Arthur à fond dans la partie qui râle contre ses adversaires.
Lorsqu'on voit le casting s'enrichir au fil des saisons
avec des pointures comme Patrick Chesnay, Patrick Bouchitey ou Pierre
Mondy (génial Jules César vieillissant, à qui AA offre un monologue bouleversant en gros plan*), on se dit que son talent
n'est pas passé inaperçu pour tout le monde. Vous croiserez également Alain Chabat campant un Duc d'Aquitaine déconstruit, François Rollin en chef de clan rompu aux citations latines, Antoine de Caunes, dans un rôle récurrent de chevalier pas finaud et
traître, Elie Semoun en inquisiteur survolté ne rêvant que de bûchers, mais aussi Didier Bénureau, Bernard Lecoq, Guy Bedos et beaucoup d'autres venus
pour parfois juste quelques minutes dans un épisode incarner un
personnage de Kaamelott. Mais le sel de la série sont les acteurs "anonymes" qui traversent toutes les saisons et qui creusent leur
personnage, la troupe des chevaliers, la famille d'Arthur, les paysans... Ils
méritent vraiment le détour.
[Jules César, questionné par Arthur sur une journée marquante de sa vie] :
Des gamins de partout, plein la chambre. J’sais pas… Soixante, quatre-vingt. Des tout petits, de quatre ou cinq ans, et tous ensemble : « Ave votre tranquillité », alors moi comme un con : « Ave les enfants. Alors, ça vous a plu, la visite du palais ? Qu’est-ce que vous avez vu de beau ? » Bref, je raconte mes conneries habituelles, puis tout d’un coup j’en repère un, sur le devant, un p’tit mec, avec des mèches en pétard, et un p’tit paquet à la main. On aurait dit qu'il faisait la gueule. « Comment tu t’appelles ? » Pas de réponse. « Ben, dis donc, il est drôlement joli ton paquet ». Oh, ni oui ni merde. « Tu veux pas me dire ce que c’est ? » « C’est un cadeau pour le général », qu’y me fait. Bah vous me croirez ou non, j’ai eu beau lui dire que c’était moi le général, y a pas eu moyen. Alors je l’ai pris tout seul avec moi, ça m’a pris la journée. J’ai montré mon uniforme, je l’ai emmené dans la salle des cartes, j’ai montré des maquettes de bateaux. Un moment il faisait presque nuit, je lui ai dit « écoute, ça va peut-être aller là, non ? Bah, tu vois quand même bien que c’est moi le général, hein, alors tu me donnes le paquet pis on n’en parle plus ». Il m’a dit « d’accord ». C’était des petites meringues, blanches, rondes comme ça. Ah, drôlement bonnes. On les a mangées tous les deux sur la terrasse, sans rien dire.
Voilà, si je devais choisir une journée à revivre, ce serait celle-là...
Des gamins de partout, plein la chambre. J’sais pas… Soixante, quatre-vingt. Des tout petits, de quatre ou cinq ans, et tous ensemble : « Ave votre tranquillité », alors moi comme un con : « Ave les enfants. Alors, ça vous a plu, la visite du palais ? Qu’est-ce que vous avez vu de beau ? » Bref, je raconte mes conneries habituelles, puis tout d’un coup j’en repère un, sur le devant, un p’tit mec, avec des mèches en pétard, et un p’tit paquet à la main. On aurait dit qu'il faisait la gueule. « Comment tu t’appelles ? » Pas de réponse. « Ben, dis donc, il est drôlement joli ton paquet ». Oh, ni oui ni merde. « Tu veux pas me dire ce que c’est ? » « C’est un cadeau pour le général », qu’y me fait. Bah vous me croirez ou non, j’ai eu beau lui dire que c’était moi le général, y a pas eu moyen. Alors je l’ai pris tout seul avec moi, ça m’a pris la journée. J’ai montré mon uniforme, je l’ai emmené dans la salle des cartes, j’ai montré des maquettes de bateaux. Un moment il faisait presque nuit, je lui ai dit « écoute, ça va peut-être aller là, non ? Bah, tu vois quand même bien que c’est moi le général, hein, alors tu me donnes le paquet pis on n’en parle plus ». Il m’a dit « d’accord ». C’était des petites meringues, blanches, rondes comme ça. Ah, drôlement bonnes. On les a mangées tous les deux sur la terrasse, sans rien dire.
Voilà, si je devais choisir une journée à revivre, ce serait celle-là...

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