J’ai d’abord pu évoquer mon passé de professeur grâce à Yannick HAENEL et La solitude des professeurs est infinie, même si mon expérience est totalement différente, beaucoup de passages m’ont rappelé le temps des copies et des cours réussis et ceux qui ne passaient pas (voir l’excellente critique de Cath W sur Kesketalu) et cette impression parfois d’être seul(e) face à une multitude hostile ou bienveillante mais de toute façon « seul maître à bord ».
Transition toute trouvée en montant à bord, avec Les Femmes du France de Zoé BRISBY relatant l’histoire de 4 femmes unies depuis leur jeunesse orpheline et ré-unies au cours de la dernière croisière du France qui conduira à une mutinerie contre le désarmement du paquebot. Dans ce livre l’histoire des jeunes femmes se mêle intimement à celle de la fin ce grand vaisseau. Qui leur en veut ? Qui cherche à les éliminer ? Le parfum de la mer et l’attente de LA vague du France qui a bercé mon enfance maritime m’ont accompagnée tout au long de ce petit roman bien plus profond qu’il n’y paraît.
Et toujours la mer omniprésente dans un petit bijou romantique sur fond d’histoire d’amour contrariée au début du XXème siècle, L’enfant des Vagues de Julie R. KELLY. Un enfant découvert sur une plage d'une ile d' Écosse peut-il remplacer un fils noyé jamais retrouvé ? Cette douloureuse question se pose à l’héroïne surtout lorsque la ressemblance est troublante … mais à 20 ans d’écart un enfant du même âge ? C’est beau, c’est poignant, ça sent les embruns et le vent nous emporte dans cette histoire qui s’écrit à deux époques différentes.
La mer encore avec le (hélas..) dernier opus de Peter MAY (décédé en septembre) Loch noir. Sacrée coïncidence on en apprend beaucoup sur la jeunesse de son héros Fin Mac Leod à la faveur de son retour sur son île natale où son fils est accusé du meurtre de sa jeune maîtresse et étudiante. Là encore le passé de Mac Leod est évoqué, finement écrit, et fait écho aux évènements contemporains qui touchent son garçon. C’est donc la fin de cette saga écossaise et on ne peut s’empêcher de lire ce dernier livre à la lueur des derniers jours de l’écrivain qui fait revenir son héros en introspection sur son passé et s’interroge sur son devenir. (Pour info un dernier roman posthume de Peter May intitulé The Island of the Dead est annoncé pour janvier 2027).
Ce n’est un secret pour personne j’aime les animaux et là encore j’ai été gâtée par cette rentrée littéraire avec des oiseaux et des chiens pour accompagner mes après-midi forcés sur canapé.
Incontournable de la rentrée Amélie NOTHOMB et son Adolescence du Perroquet. Comme à chaque fois elle nous étonne et nous emmène sur des chemins imprévus, une relation des plus complexes entre un solitaire et un perroquet qui vire au cauchemar, elle abandonne son histoire de famille pour en créer une des plus étranges, interspécifique ? Elle fait allègrement le parallèle entre la paternité et la relation à l’animal de compagnie. On connaît toutes et tous ce gagatisme affectueux avec notre chat, notre chien ou autre… mais en général c’est plutôt partagé... enfin c’est ce qu'il nous semble... ou que l’on a envie de croire... mais là c’est.. .autre chose... c’est limite du sado-masochisme. Bref j’ai été déstabilisée, surprise et pas complètement séduite par tout ce qui est sous-entendu.
Un oiseau nettement plus sympathique mais beaucoup plus distant puisque sauvage et en pleine migration est venu voleter dans la vie de 3 familles respectivement en Écosse dans les Highlands, en France en Baie de Somme et au Maroc dans la Merja Zerga. Il s’agit du courlis (3 espèces différentes évoquées cendré, corlieu ou à bec grêle), oiseau limicole (petits échassiers des rivages marins et des marécages) qui va bouleverser la vie de Fiona l’écossaise, Willy le français et Hamza le marocain. Le 7éme siffleur de Colin NIEL raconte ces 3 histoires de famille dans lesquelles l’oiseau va jouer le rôle déclencheur qui conduira les personnages à s’interroger sur leur vie au sein de leur famille respective et sur leur place dans la nature. Cette espèce protégée migre en effet chaque année de l’un à l’autre de ces 3 pays et est le lien invisible entre ces personnes. C’est très beau, particulièrement touchant dans le rapport que l'on peut avoir à la nature avec ce courlis qui mine de rien, illustre une prise de conscience nécessaire.
Je termine mon bestiaire avec La promesse des chiens de Claudie GALLAY. Une épidémie de diphtérie ravage les enfants d'un petit village d'Alaska en 1925. Pas de sérum à disposition, il faut aller les chercher à 1000 kms de là et cela repose sur les mushers et leurs attelages de chiens au vu des conditions météorologiques. C'est une véritable course contre la montre. On s'attache plus particulièrement au docteur de la communauté, à une jeune mère célibataire et son garçon ainsi qu'à une jeune femme photographe qui vient s'installer dans ce village. De beaux portraits de femmes et d'hommes courageux sont dépeints avec délicatesse et précision. Les sérums arriveront-ils à temps pour sauver la population ? Au final les chiens de traineaux seront-ils les véritables héros de l'histoire ? Le suspense est maintenu jusqu'au bout. La lecture est agréable, imagée, nous faisant voyager dans le froid et la glace, bien au chaud que nous sommes dans nos appartements chauffés.

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