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"Un homme à genoux", un film de Damiano DAMIANI

Inédit en France, jamais montré ni au cinéma ni à la télévision, sans doute à cause de son échec commercial en Italie, ce film de Damiano Damiani Un uomo in ginocchio , réalisé en 1979, bénéficie depuis 2024 d’une sortie DVD en version restaurée et intégrale. Merci Artus films qui m’aura permis d’apprécier ce film assez incroyable ! A la fois film de mafia et puissant mélodrame, renouant avec le meilleur du cinéma italien, l’action d’ Un homme à genoux se déroule à Palerme à mille lieues des images de carte postale. Nino Peralta, (Giuliano Gemma particulièrement émouvant) petit voleur de voitures et repris de justice a décidé de se ranger en exploitant un petit kiosque de boissons. Hélas, dans ce film il n’y pas de repos pour les braves et Nino va bientôt se retrouver pris dans un engrenage fatal. La mafia, qui le croit à tort impliqué dans le kidnapping de l’épouse de son avocat va lancer à ses trousses un tueur à gages. Dans une Palerme aux faubourgs populeux dont les bâtim...

"Un homme à genoux", un film de Damiano DAMIANI

Inédit en France, jamais montré ni au cinéma ni à la télévision, sans doute à cause de son échec commercial en Italie, ce film de Damiano Damiani Un uomo in ginocchio, réalisé en 1979, bénéficie depuis 2024 d’une sortie DVD en version restaurée et intégrale. Merci Artus films qui m’aura permis d’apprécier ce film assez incroyable !

A la fois film de mafia et puissant mélodrame, renouant avec le meilleur du cinéma italien, l’action d’Un homme à genoux se déroule à Palerme à mille lieues des images de carte postale.

Nino Peralta, (Giuliano Gemma particulièrement émouvant) petit voleur de voitures et repris de justice a décidé de se ranger en exploitant un petit kiosque de boissons. Hélas, dans ce film il n’y pas de repos pour les braves et Nino va bientôt se retrouver pris dans un engrenage fatal. La mafia, qui le croit à tort impliqué dans le kidnapping de l’épouse de son avocat va lancer à ses trousses un tueur à gages.

Dans une Palerme aux faubourgs populeux dont les bâtiments délabrés suintent la misère et la crasse, dans le dédale de ses rues étroites et sombres, Nino va affronter son destin et se confronter à son ennemi, joué par un Michele Placido magistral, inquiétant à souhait, le tout filmé dans une ambiance hivernale qui enveloppe le récit d’une touche à la fois très mélancolique et quelque peu sinistre.

Peu de violence physique ici mais Damiani met plutôt en scène une violence psychologique, et explore avec une subtile acuité les ressorts de la peur et son pouvoir de domination qui contamine tout sur son passage. C’est en effet une pression permanente qui s’exerce sur Nino, jouant avec ses nerfs et par ricochet avec ceux du spectateur. Plongé dans la tourmente, rongé par l’angoisse, obligé de se défendre, Nino est le huitième nom sur une liste qui ne cesse de se réduire et ce décompte macabre va le détourner du droit chemin sur lequel il croyait s’engager, dépassé par une force occulte. Ici démonstration est faite : il n’y a pas d’échappatoire possible, la mafia est une pieuvre aux mille tentacules qui vous enserrent pour mieux vous broyer.

Cependant, la grande singularité de ce film c’est aussi de relater la rencontre entre deux hommes que tout oppose et que tout rapproche et qui apparaissent comme des miroirs inversés, sans cesse à la poursuite l’un de l’autre, se défiant, se jaugeant pour finalement nouer une étrange relation. Si Nino malgré ses erreurs passées est bon père, bon époux, courageux et loyal, résolu à affronter le danger, avec Platamonte, le tueur à gages, nous sommes sur un autre registre. Michele Placido joue ici un personnage complexe, ambigu, empêtré dans un rôle trop grand pour lui, aux mêmes origines modestes que sa cible, lui aussi père de famille mais qui, à l’inverse de Nino, a finalement renoncé à tout sens moral, devenant l’homme de main de l’Organisation qui le dépasse autant qu’elle l’emprisonne.

Thriller engagé qui dresse un implacable réquisitoire contre la mafia, invisible mais omniprésente, gangrénant toutes les strates de la société italienne, Un homme à genoux est aussi le digne héritier du néoréalisme qui a donné tant de chefs-d’œuvre au cinéma. Par sa description des petites gens du peuple, il en représente le quotidien dans un aspect quasi documentaire, où les scènes de rues, de marchés, asile de nuit et bars s’ancrent dans la réalité d’une époque.

Mais c’est aussi un bouleversant mélodrame sans doute inspiré par le célèbre Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica : deux hommes inexorablement brisés par leur environnement, vivant une longue descente aux enfers, aidés dans leur périple par leurs fils, deux petits garçons aimants et débrouillards, figures de l’innocence sacrifiée.

Un film à découvrir, une œuvre crépusculaire, profondément pessimiste et sombre dont le final n’est pas sans rappeler les scènes de duel de western, genre dans lequel s’est aussi illustré ce réalisateur, important dans l’histoire du cinéma italien.

Cette course contre la montre, cette lutte pour la survie, rythmée par une bande originale impeccable et dont l’intensité dramatique ne cesse d’aller crescendo est en fait toute l’histoire de l’Italie des années soixante-dix et plus particulièrement de la Sicile, dont le peuple se retrouve, lui aussi à genoux sous la coupe d’un ennemi que nul ne peut vaincre mais que Damiano Damiani a eu malgré tout le courage de dénoncer.


 


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