Dans le Paris de la Belle Époque, Antoine artiste reconnu ne peint plus depuis la mort d’Irène sa muse et son grand amour. Un soir, ivre d’alcool autant que de désespoir il exige une consultation auprès de Claudia la voyante, une des attractions de la fête foraine de Saint- Ouen pour qu’elle lui permette de communiquer avec la défunte. Mais en fait, c’est à Suzanne qu’il parle, elle qui s’est introduite subrepticement dans sa roulotte pour boire son laudanum. Suzanne est par ailleurs la Vénus électrificata, autre attraction de la fête foraine. Ni une ni deux, Suzanne qui a besoin d’argent se fait passer pour Claudia et accepte de revoir Antoine pour d’étonnantes séances de spiritisme. Mais que va-t-il ressortir de cette rencontre insolite ? Et Antoine se remettra-t-il à la peinture ? C’est en tous cas ce qu’espère Armand, son galeriste.
C’est donc à la fois par un quiproquo, puis par un jeu de dupes que commence le dernier film de Pierre Salvadori qui est un réalisateur que j’aime beaucoup et que j’ai toujours plaisir à retrouver. Je suis sortie de la séance ragaillardie et émerveillée par cette comédie qui se regarde comme si on était au théâtre de boulevard : entrées, sorties, faux évanouissements, mystification, illusion, amour perdu puis retrouvé, autant de ressorts dramatiques pour une sorte de conte à la fois romantique mais tout autant farce burlesque où on rit parfois, et où on sourit souvent face à tant de tendres loufoqueries. Il y est question sans arrêt de manipulation, d’escroquerie à la petite semaine, de fausses vérités et d’apparences trompeuses, le tout porté par des acteurs formidables qui confirment si besoin était tout leur talent.
Anaïs
Demoustier y fait preuve d’un certain tempérament, en jeune fille
gouailleuse, déterminée à s’échapper de sa condition de foraine
exploitée mais qui va se retrouver prise à son propre piège.
Pio
Marmaï reprend son rôle de veuf éploré, après celui de
L’attachement de Carine Tardieu mais dans un registre plus
léger et plus poétique.
Gilles
Lellouche en galeriste boiteux, ami des époux laisse affleurer
derrière une apparente bonhommie la tristesse d’un secret bien
gardé et Vimala Pons offre toute la profondeur nécessaire pour son
rôle de muse perspicace et libre. Mais qu’on ne s’y trompe pas :
tous nos protagonistes sont certes très sympathiques mais ce sont
aussi des anti-héros, attirés par l’argent ou le désir de gloire
tout en ayant du goût pour le mensonge.
Des dialogues savoureux, du comique de situation, des entourloupes à n’en plus finir, des histoires à dormir debout, La Vénus électrique est un film à tiroir et d’ailleurs de tiroir il en est question car en découvrant le journal intime d’Irène, (dans le tiroir d’une table de chevet !) Suzanne va s’en servir pour duper Antoine dans ses séances, va finir par le lire comme on lit un roman, puis s’attachera à la morte dans un étrange triangle amoureux, ce qui donne l’occasion de subtils allers-retours entre passé et présent.
Quel plaisir de se retrouver transporté dans cette comédie Belle Époque où atmosphère et costumes sont soignés dans les moindres détails, où se confrontent deux mondes, ceux de la fête foraine et celui de la peinture. Chaque univers est reconstitué avec finesse, sœurs siamoises, cracheurs de feu, lanceurs de couteaux, bonimenteurs hâbleurs pour l’un, tandis que certains décors (la maison du peintre, le lac, les rues de Paris) restituent à merveille l’univers pictural de l’époque.
Au final, ce film est un régal de drôlerie, de fantaisie et comme toujours chez Salvadori derrière les apparences se cachent les fragilités de l’âme humaine filmées avec beaucoup d’humanité et de tendresse.
Le film vient d'être récompensé au Festival du Film de Cabourg : Swann d'or du Meilleur film et Swann d'or du Meilleur acteur pour Gilles Lellouche.

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