Il se met alors en tête de fabriquer du comté pour gagner la médaille d’or du concours agricole et rafler le prix de 30 000 euros.
Évidemment tout l’enjeu de ce film hautement rafraîchissant n’est pas tant la médaille que le jeune homme compte remporter que la description d’une jeunesse rurale encore trop peu représentée au cinéma à l’inverse de celle des banlieues. D’ailleurs la confection de ce comté, en plein air, sans aucune mesure d’hygiène, en compagnie de sa petite sœur et de ses deux amis tient plus du burlesque que d’une fabrication dans les règles de l’art.
On est plutôt ici dans un récit d’apprentissage, en terre agricole, comme dans les romans de formation, apprentissage de la vie, de l’amitié et de l’amour à travers la figure de Totone, petit teigneux au grand cœur pour lequel on se prend d’affection. Oscillant sans cesse entre dureté et fragilité, sens des responsabilités et sens de la fête, naïveté et débrouille, Totone avance vaille que vaille, parfois à reculons. On comprend alors que la fabrication du comté n’est que la métaphore de sa propre construction. En s’attelant à la tâche, en remettant sans cesse l’ouvrage sur le métier, Totone apprend la patience, intègre les gestes sûrs pour arriver à maturité et s’affiner comme le fromage !
Originaire elle-même d’un petit village du Jura dont elle filme les paysages en cinémascope, la réalisatrice a choisi des acteurs non professionnels qui ont gardé leur accent, leur naturel et leurs habitudes. Ce qui apporte une certaine touche de naturalisme, renforcée par les scènes de vie paysanne comme la collecte du lait en camion-citerne, la naissance d’un veau, ou une partie de jambes en l’air dans la paille avec Marie-Lise, la jeune fermière plus futée qu’il n’y paraît.
Cependant malgré ce parti-pris qui décrit un monde paysan dur à la tâche, Louise Courvoisier ne s’embarrasse pas avec le réel : ainsi, personne ne s’occupe de nos deux orphelins, ni services sociaux, ni parentèle, ni mairie et le camion-citerne est confié à un Totone qui ne possède pas le permis de conduire. Ce qui donne plutôt au film une allure de fable, à la fois picaresque et rocambolesque.
Dans un langage parfois cru mais toujours rieur malgré les aléas de la vie, la réalisatrice signe la tendre chronique d’une jeunesse rurale à la fois rugueuse et empêtrée dans ses émotions les plus intimes. Au gré de ses aventures pétaradantes (virées en motos et courses de stock cars), entre comices agricoles et bals champêtres, Totone, au cœur de la campagne jurassienne va devoir se coltiner des rites de passages et faire face aux défis de l’existence. Une tendre chronique portée par une vitalité et une énergie contagieuse, savoureuse comme un comté AOP.

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