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"Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques" de Iain LEVISON

Ah bah, c'est sĂ»r, quand j'ai vu ce titre gĂ©nial sur le prĂ©sentoir de ma mĂ©diathèque, je n'ai pas hĂ©sitĂ© !  Le premier chapitre nous installe d'emblĂ©e en terrain connu, celui du roman noir amĂ©ricain, dans une forme lĂ©gère, sinon parodique. Justin Sykes est un bon avocat, diplĂ´mĂ© de Columbia, qui a choisi de travailler Ă   l'aide juridictionnelle (enfin, on en saura un peu plus sur ce "choix" plus tard dans le roman...). C'est-Ă -dire qu'il se coltine tous les cas attribuĂ©s aux commis d'office : exhibitionniste rĂ©cidiviste, braqueur de magasins de spiritueux... Il conseille ses clients avec beaucoup d'expĂ©rience et un poil de cynisme : Ă  un client qui s'est fait tabasser par la police il suggère " Vous pouvez vous faire saigner un peu devant le juge ? Ça pourrait aider pour le transfert ". Ce chapitre se conclut ainsi : " VoilĂ  comment je gagne ma vie. [...] Vous ne voyez peut-ĂŞtre rien d'hĂ©roĂŻque lĂ -dedans. Et vous avez...

"Je suis Romane Monnier" de Delphine de VIGAN

Romane Monnier, si elle Ă©tait de la gĂ©nĂ©ration X*, Ă©couterait Le Mal de vivre de Barbara ou Ultra moderne solitude d'Alain Souchon. Mais Romane Monnier est de la GenZ, comme on dit, et sa bĂ©quille n'est pas la musique mais son smartphone, rĂ©ceptacle, via les applis qu'elle utilise, d'une vie intĂ©rieure qui se dĂ©grade, et tĂ©moin du chemin qui va la mener Ă  "s'effacer". TĂ©moin puisqu'elle va s'arranger pour le laisser Ă  un inconnu avec une formule ambiguĂ« et polysĂ©mique :  "Gardez-le". Le hasard (mais est-ce le hasard ? je vous laisse dĂ©couvrir les dĂ©tails romanesques de cette offrande) fait bien les choses, car le nouveau gardien de la vie de Romane est Thomas, quadragĂ©naire sensible et mĂ©lancolique, père inquiet d'une jeune fille qu'il a Ă©levĂ©e seul. De la gĂ©nĂ©ration Y*, il utilise le smartphone (qui n'est pas tout Ă  fait une extension de lui-mĂŞme, il a connu la vie "sans") intensĂ©ment et imparfaitement. Devenu dĂ©positaire du smartphone d'une inconnue, et rapidement obsĂ©dĂ© par le "mystère Romane Monnier", il va avec l'aide de sa fille lire tous les messages et les historiques d'applis, Ă©couter tous les vocaux et enregistrements, dĂ©busquer les fichiers cachĂ©s, pour reconstituer la vie de la jeune femme. Romane Monnier a certes disparu, mais pas sans laisser de "traces"... Cette plongĂ©e dans une vie extĂ©rieure va l'amener Ă  une introspection et un retour sur son propre parcours, particulièrement riche en Ă©vènements traumatiques.

Formellement conçu comme un kalĂ©idoscope de retranscriptions du contenu du smartphone de Romane, et du rĂ©cit de Thomas qui convoque ses souvenirs, le roman se lit bien mais il est un peu trop sage, Ă  l'image de ses personnages, dessinĂ©s avec justesse mais lisses. Thomas est attachant, sans conteste, et l'effacement de Romane suscite une interrogation très intĂ©ressante. Tout comme les dĂ©veloppements sur la place grandissante du numĂ©rique dans nos vies, et l'idĂ©e des traces qu'on laisse derrière nous. Mais le tout est un peu scolaire je trouve, j'aime bien Delphine de Vigan, mais lĂ  elle a tendance Ă  tout (sur)expliquer et elle n'exploite pas pleinement sa bonne idĂ©e de dĂ©part. MalgrĂ© ces petites rĂ©serves, je vous recommande ce roman sensible, mettant en scène deux dĂ©pressifs qui se reconnaissent sans se connaĂ®tre.

 *lire le rĂ©cap du nommage des gĂ©nĂ©rations (baby boomers, X, Y ou Millenials, Z, Alpha), et cet intĂ©ressant article sur les enjeux et consĂ©quences de ce nommage

 Gallimard, 336 pages, janvier 2026



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