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"Meurtres en chaîne" de Ali REBEIHI

Soudain une envie d’une lecture rapide, facile, agrĂ©able, continue si possible….J'ai trouvĂ© mon bonheur avec Meurtres en chaĂ®ne , le deuxième volume de ce qui s’annonce comme une sĂ©rie :  Tante Alice enquĂŞte . Auteur : Ali Rebeihi, journaliste - vedette spĂ©cialiste du bien-ĂŞtre, bien connu des accros Ă  France Inter. Qui a tuĂ© Quentin Duval, producteur de films et Ă©missions audiovisuelles charismatique ? Et d’ailleurs, s’agit-il d’un assassinat ? Tante Alice enquĂŞte….. Elle est aidĂ©e par son fidèle ami (et peut-ĂŞtre futur amant) Haroun Johnson, propriĂ©taire d’un merveilleux salon de thĂ© Ă  Valmont-sur-Loing, et de son neveu Arthur, psychologue de son Ă©tat, et en proie Ă  ses propres dĂ©mons. Un meurtre (car c’en est bel et bien un), ce n’est jamais joli-joli, mais ici nous nageons dans un univers de douceur et de bien-ĂŞtre, grâce aux pâtisseries d’Haroun, aux intĂ©rieurs cossus avec feux de cheminĂ©e, plaid Ă©cossais et Darjeeling, et aux jolies promenades proposĂ©es ...

"La Colline" de Mathilde BEAUSSAULT

Par un matin d’hiver 2008, dans une citĂ© sinistre de Rennes, Édouard, un octogĂ©naire, fan du film Le vieux fusil de Robert Enrico descend jeter sa poubelle dans un conteneur. C’est avec sidĂ©ration qu’il y dĂ©couvre un nouveau-nĂ©. Les pompiers, dĂ©pĂŞchĂ©s sur place, parviennent Ă  sauver l’enfant, quand plus loin, immeuble des Hortensias, (« des noms de jolies fleurs donnĂ©s Ă  des barres plus tristes et laides que des pare-chocs » ) dans une chambre verrouillĂ©e de l’extĂ©rieur, Monroe (parce que Marilyn) 17 ans, se vide de son sang…

Dès les premières pages, nous voici dans le dur ! L’autrice taille dans le vif, car au crime que l’on vient de dĂ©couvrir succède une scène d’accouchement, celui de Monroe, sans aide mĂ©dicale, entre souffrance et terreur, dans une langue âpre et dĂ©nuĂ©e de pathos qui frappe directement au plexus.

Et donc si Monroe est la mère de l’enfant, qui l’a jetĂ© dans un conteneur ? Et pourquoi ? Et qu’adviendra-t-il de Monroe  ?

Tandis que nous suivons les progrès de l’enquĂŞte Ă  l’aide des PV d’auditions, le roman se dĂ©ploie en rĂ©cit choral oĂą tous les protagonistes concernĂ©s de près ou de loin par ce drame le raconte Ă  la première personne du singulier, tel qu’ils le perçoivent. Sauf Monroe, muette comme une tombe dont l’autrice se charge de dresser le portrait et dont le silence devient rapidement assourdissant.

Puis très vite, la romancière alterne sans cesse passĂ© et prĂ©sent pour partir obstinĂ©ment Ă  la recherche de la vĂ©ritĂ©, et bien sĂ»r entretenir le suspense Ă  petite dose, jusqu’au dĂ©nouement final. Ce faisant, elle fait bifurquer le roman vers d’autres genres, entre chronique sociale, polar rural et rĂ©cit d’Ă©mancipation fĂ©minine.

Les mois qui ont prĂ©cĂ©dĂ© son accouchement, la mère de Monroe s’en dĂ©barrasse en l’envoyant Ă  la campagne, chez sa grand-mère Madeleine. Commence alors une parenthèse enchantĂ©e, pour cette jeune fille mutique que le dĂ©samour de sa mère dĂ©vaste. On comprend vite que Madeleine connaĂ®t aussi ses propres souffrances et que l’on a affaire ici Ă  une histoire de la violence qui se transmet et se rĂ©pète sur quatre gĂ©nĂ©rations, une histoire de femmes qui ont subi leur maternitĂ© et qui ne peuvent donc logiquement aimer leurs enfants Mais auprès de Madeleine, rebouteuse Ă  ses heures et qui essaie de rĂ©parer ses manquements passĂ©s, Monroe va retrouver une certaine sĂ©rĂ©nitĂ©. Dans la quiĂ©tude de l’Ă©tĂ©, face Ă  la colline qu’elle peut contempler depuis la maison de sa grand-mère, Monroe se reconstruit doucement dans l’accomplissement des gestes du quotidien : donner Ă  manger aux poules, biner la terre du jardin, prĂ©parer un gâteau, admirer la nature, apprivoiser une corneille. A l’aide d’allusions subtiles, on peut percevoir ce qui est arrivĂ© Ă  Monroe, et c’est toute l’intelligence du rĂ©cit que d’effleurer l’indicible, pour qu’Ă  la fin, Ă©clate la vĂ©ritĂ©.

HĂ©las, une tragĂ©die va advenir qui va obliger Monroe Ă  retourner vivre auprès de sa mère, dans sa citĂ© grise et sans âme. Avec son lot de prĂ©caritĂ©, de trafics et de drogues en tout genre, de frustrations, de violences faites aux femmes, aux enfants et aux animaux, Ă©ternelle litanie de vies en marge que le destin n’a pas Ă©pargnĂ©es.

Avec talent Mathilde Beaussault sait mĂ©langer et les genres et les atmosphères, dans ce roman oĂą se cĂ´toient la beautĂ© et le sordide, la noirceur et l’espoir, la cruditĂ© et le lyrisme de la langue, dans une alternance qui s’apparente Ă  de l’alchimie.

Ce sont toutes ces ambiances qui m’ont sĂ©duite. Et puis au-delĂ  du portrait particulièrement attachant de Monroe, j’ai aimĂ© la galerie de personnages Ă  la fois Ă©mouvants et pittoresques qui compose le rĂ©cit, ces acteurs secondaires qui apportent encore plus de densitĂ© Ă  l’histoire et dont chaque parole met Ă  jour les souffrances et les failles. Ainsi, Édouard qui a trouvĂ© l’enfant ne se remet pas de la mort de sa fille, il y a longtemps et dĂ©sespère de son fils, plus intĂ©ressĂ© qu’aimant. Quant Ă  Jacques le voisin de Madeleine, il n’en finit pas de pleurer sa femme, morte d’un cancer. Étienne le pompier lui, a vu trop de choses que personne ne devrait jamais voir. Et Guilaine, l’aide soignante qui ne s’en laisse pas compter a su garder toute sa bienveillance malgrĂ© un travail Ă©reintant. Tous ploient sous le fardeau de la vie mais tous se tiennent malgrĂ© tout debout, Ă  la lisière du champ de vision de Monroe et deviendront une lumière pour la jeune fille, Ă©clairant son chemin de manière presque invisible.

La colline n’est pas qu’un roman dĂ©sespĂ©rĂ©. Certes, on y trouve de la duretĂ©, de la rage et du chagrin. Il y est question de violence, de cruautĂ© et d’ignorance mais lĂ -bas au Rocher, la grand-mère Madeleine aura su transmettre l’amour de la terre Ă  sa petite-fille, ce qui pourrait peut-ĂŞtre la sauver et rompre dĂ©finitivement le fil des hĂ©ritages toxiques. La colline rĂ©ussit Ă  conjuguer des univers en apparence Ă©loignĂ©s pour crĂ©er un rĂ©cit remarquable, dans sa construction narrative et d’une profonde et tendre humanitĂ©. Sans jamais juger, l’autrice pose un regard lucide mais sans mĂ©pris aucun sur le mal qui ronge les ĂŞtres cabossĂ©s par la vie, essayant d’apprĂ©hender au mieux les secrets intimes qui se cachent derrière chaque existence.

Avec ce deuxième roman Mathilde Beaussault s’impose comme une voix singulière qui tient toutes ses promesses et je pense, Ă  mon humble avis, qu’il faudra la surveiller de près.

Ce roman a reçu le Grand prix des lectrices Elle policier 2026.

  Seuil, mars 2026, 336 pages



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