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"Rouges-Truites" de Pierric BAILLY

De Pierric Bailly, j’ai beaucoup aimé La foudre, puis surtout Le roman de Jim qui aborde avec sensibilité les problématiques de la famille, entre liens du cœur et liens du sang. Mais de la lecture de son dernier opus, R ouges- Tr uites, je ressors un peu désarçonnée. Ça démarre pourtant plutôt bien dans une première partie, hélas trop courte à mon goût qui retrace l'attachement indéfectible unissant des enfants, qu'il s'agisse d'une fratrie ou d'amis et toute son intensité qu’on ne retrouve pas toujours à l’âge adulte. C’est Cédric qui raconte, c’est lui le narrateur d’un récit qui se déroule en différentes époques et en différents lieux. Soit Delphine et Cédric, frère et sœur vivant une enfance sans histoire au sein d’une famille unie dont il n’y a presque rien à dire. Mais à la fin des années 80 dans leur hameau du Vercors, l’arrivée de nouveaux voisins va bouleverser leur vie à jamais. Cédric adore sa sœur aînée, elle est son modèle, son repère mais très v...

"Dans l'ombre du brasier" de Hervé LE CORRE

Il y a longtemps que je voulais lire ce livre qui m’attendait, sagement posé sur une étagère.

Quel choc ! en le lisant je n’ai pu m’empêcher de penser au travail titanesque qu’a dû produire l’auteur, du sang et des larmes assurément tant cette œuvre possède à la fois un souffle romanesque considérable et une densité réaliste absolument saisissante !

Cette histoire commence le 18 mai 1871, à l’aube des journées de la Semaine dite sanglante, lorsque les troupes versaillaises d’Adolphe Thiers lancent leur offensive finale contre les Fédérés. Elle se termine dix jours plus tard, le 28 mai, au moment où la Commune de Paris agonise, emportant avec elle les derniers espoirs d’une insurrection populaire.

Dans une capitale à feu et à sang, des jeunes filles du peuple disparaissent mystérieusement. Un réseau de prostitution, des photographies pornographiques, des viols, des séquestrations se rajoutent aux affres de la guerre civile. Caroline, aide-ambulancière pour les Fédérés va lutter avec acharnement pour sa survie. Son amoureux Nicolas, soldat de la garde nationale et Antoine Roques, élu commissaire par un comité de la Commune partent chacun de leur côté à sa recherche, malgré les obstacles périlleux qui se dressent sur leur chemin.

Deux récits s’entrelacent donc dans une véritable danse macabre : destins individuels et Histoire collective, jusqu’à ne plus former qu’un seul et même récit, celui du mal, toujours à l’œuvre, partout et en chacun de nous. En immisçant une intrigue policière des plus abjectes à l’intérieur de son récit historique Le Corre interroge la violence des hommes, la domination masculine, la folie, ou encore le pouvoir des puissants sur les faibles.

Grâce à une écriture d’une remarquable puissance évocatrice, à la fois lyrique et âpre, le lecteur se trouve littéralement immergé dans le récit, comme s’il participait lui-même aux combats, respirant l’odeur du feu et de la poudre. Le réalisme dont fait preuve l’auteur ne verse jamais dans le sensationnalisme mais répond plutôt à une volonté de reconstituer avec justesse et au plus près l’horreur des événements. Crânes fracassés, membres amputés, maisons bombardées, quartiers éventrés composent un tableau à la Goya, à la fois tragique et dantesque. La férocité des représailles, la peur, la faim, l’épuisement des combattants, mais aussi l’espoir et la résignation, s’entremêlent dans un chaos frénétique d’une intensité bouleversante. Evidemment, la lecture peut parfois s’avérer éprouvante, mais elle sert simplement la vérité historique.

Ce roman, d’une noirceur absolue, est parfois traversé d’éclats de lumière ou d’espoir : le bleu du ciel de mai, le pépiement des oiseaux malgré la fureur de la mitraille, l’amour qui unit Nicolas et Caroline, un moment de fraternité partagée dans un café reposent pour un temps un lecteur abasourdi par tant de cruauté.

Dans l’ombre du brasier retrace les luttes ouvrières, les utopies tuées dans l’œuf, les espoirs d’une vie meilleure anéanties par les puissants et fait sans doute écho à des luttes plus contemporaines (je pense notamment au mouvement des Gilets jaunes, toute proportion gardée bien sûr). Le Corre dresse le portrait d’une ville courageuse, frondeuse (et on pense à Gavroche dressé sur d’autres barricades), Paris, qui va devoir faire face au moment de l’assaut final comme plus tard sous l’Occupation à des comportements délétères, où les trahisons, les exactions, ou encore les délations vont jouer une sinistre partition.

Et si l’on ressent toute l’empathie qu’éprouve Hervé le Corre pour ses personnages, ces vaincus de l’histoire, il n’en fait cependant pas des héros sans tache : car les communards ne furent pas exempts d’exactions, de désorganisation ou de luttes intestines, ce récit n’est donc pas fait d’un seul bloc bien qu’il rende justice au petit peuple de Paris qui pendant trois mois a espéré un changement de société dans un esprit de fraternité et de solidarité.

J’ai été subjuguée par ce récit absolument magnifique à tous points de vue, un véritable tour de force littéraire, porté par une plume vibrante qui relate un pan de notre histoire essentiel et pourtant encore mal connu du grand public. Un roman de la démesure, où le sordide côtoie malgré tout la grâce, qui explore le mal sous toutes ses formes, une œuvre magistrale qui réhabilite la Commune, ses combats, ses espoirs, et qui restaure avec humanité la dignité des peuples face à la tyrannie des Pouvoirs.

Rivages, 560 pages, mai 2020


 

Commentaires

Ingannmic, a dit…
C'est un auteur que j'affectionne particulièrement, qui a la particularité de mêler la dimension ténébreuse de ses intrigues à un lyrisme soigneusement dosé, qui donne en effet à ses textes une belle puissance d'évocation.
Anonyme a dit…
Oui, c est très bien résumé ! Plume de chat.
Kesketalu a dit…
Un auteur que personnellement je n'ai jamais lu, merci à Plume de Chat pour la découverte et à Ingannmic pour son éclairage.