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Articles

"La rue" de Robert SEETHALER

Qui connaît l’univers de Robert Seethaler ne sera ni perdu ni déçu. Celles et ceux qui ne le connaissent pas encore vont le découvrir : c’est l’univers de l’infra-ordinaire cher à Perec, celui du quotidien, tellement quotidien qu’on ne le voit ni le remarque même plus. Et pourtant, menacé de destruction ou de disparition, il charrie avec lui des tonnes de nostalgie. Robert Seethaler fait vivre la rue de la Lande, quelque part dans une ville et un pays dont les noms ne sont pas précisés (mais probablement en Europe de l’Est, ce qui n’est pas important de toutes façons), au travers des fragments de vie, de dialogues, de courriers administratifs ou amoureux du petit peuple qui y vit : à la boulangerie, chez la fleuriste, pendant la fête de la rue, à l’église, dans des immeubles... Ce qui se trame n’apparaît qu’en toile de fond : la gentrification imminente de cette rue populaire, objet de convoitise et de manœuvres de la part de promoteurs gourmands. Ainsi voit-o...

Big Bang Theory (série)

Des Friends à la sauce geek et californienne, ça intrigue. Et ça marche ! Cette bande de chercheurs à l'université, fans de jeux vidéo, comics et super héros sont bien typés et attachants, exaspérants à souhait. En tête, Sheldon Cooper, sorte de D2R2 pour la gestuelle : ce surdoué de la physique quantique (enfin je crois), est un des personnages les plus drôles et les plus originaux qu'un genre aussi calibré que la sitcom de coloc' ait créé. Totalement asexué, bourré de TOCS (et de tics), nul en relations humaines (ça ne se traduit pas en équation), c'est un grand enfant totalement imbu de lui-même et totalement désopilant. Son coloc Leonard, le moins geek de tous, essaie de vivre une relation avec Penny la voisine de palier, une serveuse-blonde-délurée-au-grand-coeur. Gravitent autour d'eux Raj, l'indien inhibé (il ne peut parler aux filles que sous l'emprise de la boisson) et Howard, le "raté" de la bande (il est ingénieur...), qui vit avec...

Ombres et Lumières d’Outre Temps de Luc VALERO

Qu’est ce qui peut pousser quelqu’un à s’intéresser à ce qui paraît être un simple recueil de poésies, écrit de surcroît par un inconnu ? Rien, tant on en croise souvent qui ne présentent que peu d’intérêt. Pourtant un heureux hasard m’a amenée à le faire avec Ombres et Lumières d’Outre Temps de Luc Valéro repéré sur un blog, et ce fut une très belle rencontre. Sous ses airs de recueil anodin, l’ouvrage m’a réservé une belle surprise… Il ne s’agit pas à proprement parler d’un recueil de poèmes. C’est un livre différent, inclassable. Une série de dix textes, courts et de formes variées, qui constituent un tout dont la portée se révèle avec pudeur, peu à peu, au fil des pages. Exprimer les émotions n’est pas chose aisée. On peut vite sombrer dans le dégoulinant ou le voyeurisme. Et bien ici rien de tout cela. Passé la surprise de la première page, je dois reconnaitre que ce livre m’a vraiment transportée et émue, « interpellée » (dixit l’auteur) de manière très habile, et j’ai bea...

Charlotte a lu...

Dire son nom de Francisco Goldman Comment faire le deuil de sa femme, quand celle-ci disparaît à trente ans, comme ça, subitement, sans prévenir… ? C’est son histoire que nous raconte l’auteur, ce deuil impossible, cette sensation de vide qui peut parfois frôler la folie. Si le pitch est douloureux, le livre est léger, parfois trop d’ailleurs. On s'ennuie un peu au début, désolé de ne pas s'attacher à cette jeune femme dont on connaît l'issue fatale, et puis finalement on se laisse happer pour l’histoire, par la vie d’Aura avant sa mort, ses envies, sa fantaisie, ses doutes, son insatiable quête de notoriété, ses rêves. L’auteur aurait pu faire un livre moralisateur sur l’idée de vivre sa vie pleinement, de ne pas faire de compromis car tout peut s’arrêter demain, mais il n’en est rien. Il décrit juste ce qu’il vit, se rappelle des souvenirs, nous déroule le fil de la vie d’Aura. On reste cependant parfois un peu froid face à tout cela, comme si lui était également un...

Rouge argile de Virginie OLLAGNIER

Parfois il est difficile de parler des choses qui vous touchent profondément, qui vous émeuvent plus que d’autres, qui sont ressenties physiquement et pas seulement effleurées… Et pourtant, il faut que j’essaie de vous parler de ce livre… Un livre peut vraiment avoir cet effet? Oui! J’ai vécu ce livre, il m’a réchauffé, m’a fait voyager, m’a poursuivi toute la journée, n’attendant qu’une chose le retrouver le soir pour le dévorer, qui m’a fait me lever un peu plus tôt pour le terminer… Ce livre, c’est Rouge argile de Virginie Ollagnier C’est un livre solaire, lumineux, décomplexant, qui vous embarque dans un Maroc chaud où les blessures de l’Histoire sont encore présentes mais où l’on essaie de vivre, d’oublier. C’est un roman assez court mais qui véhicule tant d’émotions, de sentiments nobles, sur le rôle à tenir dans la vie, sur les non dits, les pudeurs, le pardon, la force et le courage. Rosa vous embarque dans ce monde avec la sanguine Shérifa, la voluptueuse Monde, l...

Le rabaissement de Philip ROTH

Un livre court et incisif (mais pas exempt de longueurs), pas aussi génial que la critique le dit. On retrouve les thèmes de prédilection de Philip Roth, avec cet acteur de 60 ans, riche d'une carrière hors du commun sur Broadway et ailleurs, et qui perd le goût de jouer. Il devient mauvais sur scène, sombre dans la dépression. Il va se régénérer au contact d'une jeune femme de 40 ans, lesbienne, qu'il va façonner, et qui va se laisser façonner. Ils iront trop loin dans leurs jeux sexuels et tout finira mal... Bon, hormis une scène magistrale où la jeune femme raconte au héros la réaction de ses parents lorsqu'il apprennent leur liaison, et on comprend alors toute sa cruauté, ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. IsaH

Le cas Sneijder de Jean-Paul DUBOIS

On peut le dire, Paul, le héros de ce livre est en chute libre : au sens propre du terme au début du livre comme au sens figuré à la fin des 218 pages. A la suite d’un accident dramatique d’ascenseur qui l’a plongé dans le coma, Paul, endeuillé, se refuse à reprendre une vie que déjà, il poursuivait à contrecoeur. Ses repères troublés et quelques crises d’angoisse le poussent à trouver un nouveau travail à l’extérieur, à l’air libre sur la terre ferme, loin de cette verticalité que nous impose le monde moderne. Il devient alors Dog Walker, promeneur de chiens et a soudain l’impression que les canins le comprennent mieux que sa propre famille. Cela nous vaut quelques passages savoureux et très drôles. Il continue néanmoins à s’interroger sur le drame qu’il a vécu, en compulsant la nuit, des documents sur le fonctionnement des ascenseurs réputés pourtant comme le moyen de transport le plus fiable du monde. Et il apprend beaucoup sur l’espace personnel, sur la vitesse et même sur...

Et rester vivant de Jean-Philippe BLONDEL

Cela fait un moment que j’ai lu ce livre et j’attendais car je ne savais pas quoi en dire… Je vais vraiment finir par croire que je suis un peu décalée car tous les livres à grand succès n’ont pas sur moi un effet fou (il y a des exceptions certes !!)… J’ai lu d’une traite ce roman, court et efficace sans doute mais je n’ai rien ressenti… Pourtant, le postulat est dramatique : la perte pour l’auteur de sa mère et de son frère dans un accident de voiture puis quelques années plus tard de son père. Complètement déconnecté de la vie, il part aux Etats-Unis dans un road movie avec son meilleur ami et leur petite amie commune (un peu plus compliqué mais je résume !)… Aucune émotion partagée, aucun moment de compassion ou au contraire d’envie de vivre, rien… Je n’entends que des bonnes critiques sur ce livre mais pour ma part, je suis restée hermétique! Charlotte

The Descendants de Alexander PAYNE

George Clooney n'hésite jamais à incarner des personnages carrément grotesques (voir les films des frères Coen), mais il sait aussi faire dans le "vaguement ridicule", comme lorsqu'il incarne Matt, le héros de The Descendants. Avec ses chemises hawaïennes, ses pantalons taille haute ou ses tongues, il ne paie pas de mine. Matt est dépassé par ses deux filles adolescentes, qu'il ne connaît pas bien, et dont il est obligé de s'occuper depuis que sa femme est dans le coma suite à un accident de hors bord. Dans la scène la plus ouvertement comique du film, on le voit courir comme un dératé sur une route en pente, avec une technique très particulière qui tient du canard. Et pourtant, le film vient de basculer dans le tragique : Matt apprend de sa fille que sa femme le trompait au moment de l'accident. Gros plan sur le visage bouleversé de Clooney, on est dans l'empathie totale avec le personnage. Et le plan d'après il part en courant (voir descriptio...

Les raisons de mon crime de Nathalie KUPERMAN

Je ne sais pas si je me tourne vers ses livres en ce moment ou si c’est un courant en vogue mais les romans sur l’écrivain lui-même, sur la difficulté d’écrire, sur la volonté d’écrire, sur le mal que cela peut engendrer autour de soi fleurissent et me tombent entre les mains. Je pensais m’éloigner complètement de cet univers avec ce roman, dans lequel on se retrouve confrontée à Marianne, la narratrice, qui essaie de renouer le contact avec une cousine perdue de vue, Martine, sans emploi, alcoolique, vivant dans 15 m2, dont elle veut raconter l’histoire et qui raconte que sa mère est une tueuse… Les personnages sont violents, l’écriture est ciselée, on est dans la misère, la décadence, la vie sans lumière. De ce point de vue là, c’est une réussite mais je me suis sentie mal à l’aise, gênée, pas à ma place. J’ai manqué d’air, encore une fois, un peu comme Pièce rapportée . Sans doute était ce l’effet recherché par l’auteur mais autant Le Système Victoria qui m’a parfois dérangée, bo...

Monsieur Jules de Diane BROECKHOVEN

Il y a des livres qui trainent comme ça, sur une table de libraire, qui font leur petite vie dans leur coin, sans que tous les médias en parlent… et c’est un peu, par hasard, que je suis tombée sur ce livre : Une journée avec Monsieur Jules de Diane Broeckhoven, paru en 2001, traduit dans plein de pays et une réédition est intervenue en 2011… C’est un court roman, tout doux, d’une tendresse infinie, d’une mélancolie rare… Alice et Jules ont un rituel : il se lève le premier, fait le café pendant qu’Alice paresse pendant une demi heure dans son lit. Comme chaque matin, elle se lève, attirée par l’odeur du café fraichement passé. Elle suit ses petites habitudes, va s’asseoir à côté de Jules dans le canapé, le regarde et comprend… Jules est mort. Elle va pourtant décider de passer une dernière journée avec lui, sans prévenir famille et pompes funèbres, pour qu’on lui laisse son Jules encore un peu. Elle partagera cette journée avec David, le petit voisin autiste qui vient tous le...

Désolations de David VANN

L’Alaska, de nos jours. Irene et Gary, un couple d'enseignants fraîchement en retraite. Après trente ans de vie commune, Gary veut réaliser à tout prix son rêve de construire une cabane sur une ile, Caribou Island (titre original du roman), une île déserte. Il entraîne Irène, malgré-elle, dans cette folle aventure, sans préparation. La nature est hostile, Gary veut terminer la cabane avant le plein hiver, mais la rudesse de la météto les plonge dans des conditions apocalyptiques. Dès le début, Irène est torturée par des migraines inexplicables. Inexplicables médicalement, mais pas psychologiquement. Car le corps parle, le couple est sur le point de se séparer après 20 ans de leurre. Chacun d'entre eux pense qu'il aurait mérité un meilleur conjoint, la cabane et les aléas de sa construction deviennent le symbole de leur échec. En parallèle, nous suivons également le quotidien de leurs enfants Mark et Rhoda. Cette dernière, vétérinaire, est une jeune fille qui rêve de se...

Le Jour avant le bonheur d' Erri DE LUCA

Italie d’après guerre. On est projeté dans cette petite cour d’immeuble qui n’existe que dans ces pays où le soleil est là en permanence, avec des enfants qui jouent, des voisines qui se chamaillent, le concierge bienveillant régnant sur tout ce petit monde, les émois d’enfants, les blessures de la guerre. On s’attache à ce petit garçon, orphelin qui évolue, grandit, essaie de trouver sa place, de comprendre le monde. On aime ce concierge un peu bourru, mais attentionné, rempli de tendresse et d’amour et de tellement de pudeur. Et ce titre… Le jour avant le bonheur… Tout un programme ! Comment réagiriez-vous si vous saviez que vous étiez à la veille du jour le plus heureux de votre vie ? Comment s’y préparer ? Et si cette attente était vaine ? Et puis au fond, ça ressemble à quoi le jour le plus heureux d’une vie ? Le style est rythmé, charpenté parfois ; l’histoire est dense, on virevolte d’un âge à un autre, d’un sentiment à l’autre, de la gravité à la légèreté. Les de...

Les Séparées de Kéthévane DAVRICHEWY

Les romans ado regorgent de ces histoires d’amitié-amour, de ces relations un peu ravageuses, on aime s’inventer une histoire aussi forte, des amitiés pour lesquelles on est prête à tout… Mais les romans adultes sont plus rares sur ce sujet, comme si l’amour était le seul grand sentiment. Et pourtant… L’amitié est souvent réduite, à un sentiment un peu plus fade que l’amour, quelque chose de secondaire ; ce qui est une grave erreur… Car il y a des blessures d’amitié qui ne se referment jamais et qui font souffrir davantage qu’une rupture amoureuse. C’est exactement de cela que nous parle Kéthévane Davrichewy dans Les séparées. Alice et Cécile, Cécile et Alice… une relation d’amitié fusionnelle, filiale presque, malsaine parfois? Ce sentiment que sans l’autre, il nous manque quelque chose…Cet alter ego. Le roman commence en 1981 au jour de la victoire de Mitterrand, mais on bascule vite dans le monde d’aujourd’hui avec des flash back sur cette relation hors normes. On suit l’év...

Contagion de Steven SODERBERGH

Phobiques du contact, évitez ce film... Un virus mortellement foudroyant se répand comme une traînée de poudre dans les grandes villes du monde : en quelques heures, le patient meurt de convulsions. A travers de nombreux personnages illustrant différents points de vue (victimes, entourage des victimes, gouvernement, OMS, activistes etc...), on assiste à la course contre la montre "hommes versus virus"... Loin des canons du film catastrophe, dont le spectaculaire maintient finalement le spectateur à distance, Contagion joue la carte de l'hyperréalisme. Si ce n'est la présence de stars à l'écran, on jurerait presque être devant un documentaire. Et les stars, justement, Soderbergh ne les ménage pas et n'a pas son pareil pour les banaliser, les rendre ordinaires. Lorsqu'ils incarnent des victimes (Gwyneth Paltrow, Kate Winslet...) la maladie ne les épargne pas plus que les personnages anonymes. Tous sont d'une sobriété et d'une intensité remarqua...

Album vintage : Feline des Stranglers

Sorti en 1982, c'est le premier CD que j'ai acheté, quelques années plus tard (je vous parle d'un temps etc...). " Féline " dénote dans la filmographie des Stranglers, ce groupe de new wave né dans la mouvance du punk. La voix hautaine de Hugh Cornwell, so british, délivre des textes plus sereins et plus intéreurs. On retrouve bien sûr, à leur apogée sans doute, les lignes de basse renversantes de Jean-Jacques Burnel (un français...) qui structurent les morceaux, plus sûrement encore que les synthés, pourtant omniprésents. La batterie, métronomique, contraste avec les "nappes" et les envolées de synthé, clôturant soudainement un "pont" éthéré en ramenant tout le monde à l'essentiel de la ligne rythmique, ou mettant un point d'arrêt d'un coup de caisse claire à l'intro "cloudy" de Midnight summer dreams , premier titre de l'album. D'une grande cohérence musicale, la production de Tony Visconti est exemplaire....