La rentrée littéraire nous a réservé un roman bien dans l’air du temps, qui résonne tout particulièrement avec l’actualité de cet automne : les conditions d’étude des lycéens et, partant, de travail pour leurs enseignants.
Jean Deichel a 22 ans lorsque, jeune agrégé, il est nommé stagiaire au collègue St-Exupéry de Mantes la Jolie. Personnage lunaire et idéaliste, il est persuadé d’avoir la vocation et de pouvoir aider à changer le monde en transmettant sa passion pour la littérature. Ce n’est pas spoiler que d’annoncer d’entrée de jeu qu’il sera déçu…. Cependant, ses élèves lui réservent de bonnes surprises, et il réussit à faire passer le courant grâce à la passion qui l’anime et à des efforts gigantesques. C’est beaucoup plus difficile avec ses collègues et l’administration.
Rien de bien neuf êtes-vous en train de penser, vous n’avez pas attendu ce billet, ni Yannick Haenel pour savoir que la condition des enseignants dans les collèges de banlieues « sensibles » était difficile, ni que les profs étaient en guère perpétuelle contre leur administration… Ce qui fait le prix, élevé, de ce roman, c’est, au-delà de la description du quotidien d’un prof de banlieue, la vie hautement spirituelle de Jean Deichel et son chemin initiatique : « Dans ce roman exalté qu’était ma vie à cette époque, tout se mélangeait : mon travail, mes emmerdements, mes lueurs mystiques, et la poésie qui, chaque jour, s’emparait de moi plus ardemment ; qu’en un terrain vague de banlieue trempé par une sale pluie scintillent les féeries d’une prairie spirituelle cela ne m’étonnait pas : au cœur de mon naufrage, la poésie m’ouvrait les yeux. Je sentais qu’elle ne me quitterait plus : j’étais fou, peut-être, mais il est bon de l’être quand tout vous abandonne, car une parole nous a été transmise, qui sera peut-être difficile à entendre, mais vers laquelle nous tendrons nos visages comme vers un baiser »
De la gigantesque cuite à la fête de fin d’année du collège qui le verra s’écrouler sur un vase étrusque à l’apaisement final à Tarquinia (là où sont peints les fameux petits chevaux, étrusques eux aussi), la boucle est bouclée : de RER ultra matinaux en inspections, de dépressions en fulgurances poétiques, Jean Deichel aura conquis sa rédemption.
Le roman, à l’instar de son personnage, est assez foutraque. On saute de situations cocasses à une médiation métaphysique, d’une réflexion sur le prince Mychkine à une scène d’amour torride
Il
faut savoir lâcher-prise, sous peine de se sentir perdu, voire un
tantinet débordé.
Gallimard, août 2026, 320 pages

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