Comment échapper à un destin tout tracé lorsqu’on a 21 ans, que l’on vit misérablement sur un îlot isolé des Philippines avec une mère soumise, un père alcoolique et deux sœurs pas toujours bienveillantes ? Que faire lorsqu’on dort à même le sol dans une hutte exposée aux quatre vents avec pour seule distraction des vidéos YouTube que l’on regarde à longueur de journée sur son téléphone ? Alors, lorsqu’elle voit débarquer de son blanc voilier, un riche néo-zélandais quinquagénaire, Aica décide de tenter sa chance ! Mais cette jeune fille déterminée, à la fois naïve et calculatrice, sait bien que le prix à payer pour un avenir meilleur sera encore plus élevé qu’il n’y paraît. Réussira-t-elle à se sortir de ce huis clos étouffant qu’est un bateau qui navigue en pleine mer en compagnie d’un quasi-inconnu ? Sera-t-il sa porte de sortie ou son tombeau ? Cela pourrait commencer comme un conte de fées, mais le ver est dans le fruit dès les premières pages du récit et le dés...
Les romans ado regorgent de ces histoires d’amitié-amour, de ces relations un peu ravageuses, on aime s’inventer une histoire aussi forte, des amitiés pour lesquelles on est prête à tout… Mais les romans adultes sont plus rares sur ce sujet, comme si l’amour était le seul grand sentiment. Et pourtant…
L’amitié est souvent réduite, à un sentiment un peu plus fade que l’amour, quelque chose de secondaire ; ce qui est une grave erreur… Car il y a des blessures d’amitié qui ne se referment jamais et qui font souffrir davantage qu’une rupture amoureuse. C’est exactement de cela que nous parle Kéthévane Davrichewy dans Les séparées. Alice et Cécile, Cécile et Alice… une relation d’amitié fusionnelle, filiale presque, malsaine parfois? Ce sentiment que sans l’autre, il nous manque quelque chose…Cet alter ego.
Le roman commence en 1981 au jour de la victoire de Mitterrand, mais on bascule vite dans le monde d’aujourd’hui avec des flash back sur cette relation hors normes. On suit l’évolution de cette amitié, le pourquoi du déchirement et l’absence douloureuse, jamais comblée.
Chaque mot trouve sa place, les silences sont justes et nécessaires. Parfois l'auteur effleure les sentiments et pourtant on les ressent si fort.
Les personnages ont tous leur place dans le récit, sont tellement humains dans leur faiblesse ou dans leur dureté mais ils existent, ils sont là, tellement vivants qu'on a l'impression d'y reconnaître des visages connus. L’atmosphère est dense, parfois lourde, on ne tombe jamais dans la facilité.
Ce roman a fait remonter pleins de souvenirs en moi, des bons ou des moins bons, des blessures parfois. Je les refermais en me disant que ce livre allait me poursuivre... doucement et de loin, mais il sera là pendant un petit moment...
Charlotte

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