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"Miss Kim", recueil de nouvelles de Cho Nam-Joo

Désormais, quand j'entendrai "huit femmes", je ne penserai plus seulement à François Ozon. Mais aussi aux huit personnages féminins dépeints par l'autrice coréenne Cho Nam-Joo dans  Miss Kim . J'avoue, je n'avais pas repéré celle que l'éditeur appelle "le phénomène de la littérature coréenne", dont le premier roman paru en 2020 a été un des étendards du mouvement MeToo ( K i m Ji-young, née en 1982 ). Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de nouvelles, alors je me suis lancée. Déjà, l'ensemble dégage un exotisme subtil. Le plus évident est intéressant et dépaysant : - les noms et prénoms (Eunju, Jihye,Seoyeon...), parfois accolés de leur fonction dans la famille ou l'entreprise (eonni accolé au prénom pour désigner la mère par ex),  - la nourriture (kimchi, sujebi, dashimas, ...), présente dans nombre de scènes,  - les traditions festives.  Mais les nouvelles  distillent au fil de la lecture un "exotisme" plus souterr...

"Train de nuit" de Martin AMIS

 
Comment, mais comment ai-je pu passer à côté de Martin Amis durant ces décennies de lectures anglo-saxonnes ? Pourtant il m'"appelait" depuis les rayons des librairies, je tombais régulièrement sur les photos de cet homme dont on devine tout de suite la nature à la fois ironique et désespérée, sa clope à la main. Même quand il est mort en 2023, je ne me suis pas décidée. Et puis l'autre jour à la bibliothèque, bien en évidence, Train de nuit, et cette fois, faute de nouveautés glamours, je l'emprunte. Je viens de le terminer et cherchant de la matière critique, j'apprends que, apparemment, c'est une oeuvre "mineure" dans sa production... On se pince, qu'est-ce que ça doit être les autres, alors ?? Certes l'auteur emprunte ici les codes du roman noir, nous installant en terrain connu, et donc l'exploit n'est pas là, ni véritablement dans l'histoire ou les personnages, malgré le soin apporté à tout cela : Jennifer, la fille du commissaire s'est elle suicidée ou l'a-t-on tuée ? L'inspectrice brute de décoffrage Mike Hoolihan, va-t-elle faire la lumière sur toute l'affaire, elle qui connaissait bien la jeune femme ? Beaucoup d'auteurs de polars tueraient (ah ah) pour mener aussi bien le suspense et brosser l'ambiance noire y afférente... 
Mais ce qui m'a frappée, c'est l'écriture, le ton. Ironie, sarcasme, profondeur et lucidité, déclenchent un rire jaune et noir. L'écriture est en apparence facile, voire enlevée, souvent triviale, à l'image de son héroïne, en vérité son style très travaillé recèle beaucoup de correspondances, de clins d'oeil. Et puis c'est drôle. 
Par exemple :
Mike rapporte à la maison la cassette vidéo* de l'autopsie de Jennifer, elle vit avec un homme nommé Tobe.
"Il sait y faire pour qu'une femme se sente mince. Il est absolument énorme. Il remplit une pièce à lui seul [...] Tobe n'est pas un enfant de choeur, forcément : vu qu'il crèche avec l'inspecteur Mike Hoolihan. Mais quand je lui ai dit ce qui passait ce soir à la télé, il est allé au Tretnick s'en jeter quelques uns derrière la cravate".   
 
Mais aussi, comme dans les premières pages, où elle présente son travail de flic dans cette ville américaine, avec des phrases tranchantes et noires, tellement bien vues.
"Au commissariat central de la Police Judiciaire (PJ), il y a trois mille employés assermentés répartis dans tout un tas de directions et de sous-directions, de divisions et de services qui n'arrêtent pas  de changer de nom : Grand Banditisme, Délits Graves, Crimes contre les Particuliers, Sévices sexuels, Vols de voitures, Répression des fraudes, Commissions spéciales, Saisie des biens, Services secrets, Stupéfiants, Enlèvements, Cambriolages, Vols avec violence. Sans oublier l'Homicide. Il y a une porte en verre avec une pancarte Moeurs. Il n'y a pas de porte en verre avec une pancarte Péchés. La ville joue en attaque. Nous en défense. Voilà pour l'essentiel." 
 
Je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus, sinon que je vais me jeter sur ses romans "majeurs", donc... Money, money et bien sûr, La Zone d'intérêt, porté au cinéma par Jonathan Glazer, Grand Prix du festival de Cannes 2023, entre autres Oscars et Césars.

NB : je suis en train de lire le dernier Jonathan Coe, et justement, la jeune héroïne, flânant dans la bibliothèque familiale, tombe sur Money, money, qu'elle n'a jamais réussi à ouvrir malgré les recommandations paternelles ... Quand je vous dis qu'il me cherchait... 
 
* le roman a été publié en 1997 


 


 

Commentaires

Anonyme a dit…
Ta critique est juste parfaite pour motiver à lire Martin Amis, que j'ai moi aussi laissé de côté. Et pourtant oui, Jonathan Coe le mentionne dans son génial "les preuves de mon innocence". C'est tout ce que j'en dirai, faire la critique d'une œuvre aussi complexe étant très largement au-dessus de mes compétences. Mais toi Isa H, tu vas très bien t'en sortir !
Kesketalu a dit…
Merci, et merci de me mettre la pression pour Jonathan Coe ! LOL
A tout le monde : pensez à signer vos commentaires, comme ça je saurai qui écrit ! Sinon tout sort en Anonyme.