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Articles

"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille.  Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval.  En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier.  Ce jour-là, Richie se noie ...  Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman.  Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède  le drame et ce qui suit le drame,  dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances. J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce mêm...

Hopper for ever

Il vous reste un mois pour "courir" voir l'expo Hopper au Grand Palais. Vous serez certes vite arrêtés par la file d'attente, et ensuite, prenez votre temps. Les salles se déploient, dans un ordre chronologique classique mais bienvenu, ponctué d' incises sur les artistes de son temps, ceux qui l'ont influencé, ceux qu'il a influencés. Petit à petit ce savant patchwork fait place aux pièces maîtresses, celles que l'on a vues et revues en reproduction et qui, "en vrai", comme disent les enfants, vous clouent sur place malgré la foule. La progression de son travail éclate alors de façon évidente, dans l'apparente simplicité, lisibilité des scènes, ce qui l'a longtemps desservi, alors que c'est son génie même que de parler à tous, y compris ceux qui n'ont pas de références. Que de sentiments universels : mélancolie, attente, solitude... jusqu'à l'épure finale, dernier tableau exposé : Sun in an empty room. Hopper a 81...

"Curb your enthusiasm", série

Vous aimez les vieux grognons et le comique de situation ? Vous adorerez Larry David dans la série "Curb your enthusiasm" (littéralement Cache ta joie). Co-créateur de Seinfeld, Larry David joue son propre rôle, celui d'un humoriste plus tout jeune vivant à Los Angeles avec sa femme, la très patiente Cheryl.  S'il a l'ironie dévastatrice d'un Woody Allen (il joue d'ailleurs dans "Whatever works" un rôle très proche de celui de la série), en matière de misanthropie l'élève dépasse le maître. C'est simple, tout l'énerve. Les gens qui téléphonent au restaurant ou ceux qui resquillent dans les queues, comme ici . S'il a le plus souvent raison de s'insurger, sa franchise brutale déclenche des incidents qui lui retombent toujours dessus, chaque épisode est donc un enchaînement implacable d'actions / réactions aboutissant à une catastrophe plus ou moins énorme pour notre héros ou son entourage. Effarés, on se demande commen...

Oh... de Philippe DJIAN

Oh ? Avec un O comme Oser... Djian ose tout : - se mettre dans la peau d'une femme (et signer un des plus intéressants personnages féminins de la littérature française de ces dernières années). - parler d'un viol, celui de Michèle, donc, la cinquantaine, une femme forte et sèche, pour qui cet épisode se révèle plus dérangeant moralement, parce qu'elle a été mise en position de faiblesse, que traumatisant physiquement (ce qui a fait couler beaucoup d'encre, mais le viol n'est pas le sujet du récit, et Oh n'est pas un roman à thèse). - exacerber la tension des liens familiaux entre Michèle et son ex-mari, son fils, sa mère, sans parler de son père, un criminel qu'elle a rayé de sa vie - flirter avec l'invraisemblable et ne pas lésiner sur les rebondissements (on sait le goût de Djian pour les séries et les feuilletons, qui ne sont pas avares en la matière)   L'épisode traumatique initial va en effet déclencher une cascade d'évèn...

Les Kaïra de Franck GASTAMBIDE

Equivalent masculin et plus trash de Tout ce qui brille , Les Kaïra explose les codes du film de banlieue et du coup parle de cette dernière mieux que bien des films plus sérieux.  Les dix premières minutes du film, qui décrivent les trois héros en no-life inoffensifs et naïfs dans leur cité de Melun, est à hurler de rire (mention spéciale à la mamie indigne, et bravo pour la description sociologique de la cité, particulièrement bien vue). De loin, le meilleur passage, même si la suite se laisse regarder sans une seconde d'ennui.  Les garçons se sont mis en tête de devenir acteurs pornos pour s'en sortir. Les amis du bon goût tordront le nez devant deux scènes particulièrement proches de l'univers de Jude Appatow (que le réalisateur adore), qui réussissent l'exploit de rester bon enfant (si vous aimez Groland, ça passera)... Il y a plein de petites scènes en arrière plan qui contribuent à la vivacité du film, comme ces femmes en burka dans le gag le plus écu...

"Le Grand soir" de Gustave KERVERN et Benoît DELEPINE

Unique décor (ou presque) : une zone commerciale, filmée comme les grands espaces d'un western, avec grand angle et prises de vue sophistiquées. Benoît Poelvoorde, alias Not, est "le plus vieux punk à chien d'Europe, et c'est pas facile". Il arpente la zone car ses parents y tiennent la "Pataterie" locale. Son frère  travaille quant à lui dans un magasin de matelas. Il n'a que mépris pour son frère marginal, mais sa vie si bien réglée va basculer dès lors qu'il perd son boulot. D'un coup, le punk paraît bien inoffensif à côté  du cadre moyen qui pète les plombs...  Dupontel en fait des tonnes et ça marche. Mais on n'a d'yeux que pour Poelvoorde, qu'on a l'impression d'avoir croisé plein de fois et qui fait un travail en profondeur et sans esbrouffe facile sur un archétype et une figure de notre société, le marginal (avec chien, mention spéciale à l'adorable jack russel qui vaut bien Uggie). Les scènes s'enchaî...

Home de Toni MORRISON

On entre lentement dans ce livre très court, un peu désarçonné par une langue simple en apparence mais pas si facile à lire. Après un préambule fantasmagorique en forme de conte, on suit d'abord à distance dans les premières pages le road movie de Frank Money, le mal nommé, ce noir revenu abîmé et alcoolique de la Guerre de Corée, et qui rejoint péniblement sa Georgie natale après s'être enfui d'un asile pour rejoindre sa soeur qui est malade et qu'il a toujours protégée. Malade, la naïve Cee l'est à cause de la cruauté d'un homme, on l'apprendra plus tard après un flash back sur le destin de la famille de Frank et Cee qui nous fait définitivement entrer dans le récit. Etre noir dans les années 50 dans le sud des Etats-Unis... on a lu beaucoup là-dessus, mais l'immense Toni Morrison, prix Nobel de littérature, arrive encore à et toujours à écrire sur ce sujet avec profondeur et nouveauté. Un immense respect enveloppe ses personnages, et en particuli...

Qu'avons nous fait de nos rêves de Jennifer EGAN

Magistral récit choral (malgré un titre mièvre), qui nous fait passer d'un personnage à l'autre (Sasha, Bennie et leur entourage), d'une décennie à l'autre (des années 1970 aux années 2020 !), pour mieux faire ressentir le passage à l'âge adulte, la fuite du temps. Oui, on peut avoir été une punk camée à 15 ans et être une maman inquiète à 40. Tout en gardant la même étincelle au fond de soi. Chaque chapitre est une histoire en soi et le tout forme un puzzle de destins qui s'assemble lentement, puissamment et brillamment, de San Francisco à New York, sur fond de rock. Nick Hornby n'est pas loin, en plus trash et plus ample. IsaH

Ma vie précaire d'Elise FONTENAILLE

 Un beau jour, Elise vide son appartement sur le trottoir, rend les clés, et s’en remet au hasard ( dit-elle) pour son avenir. Elle a de nombreux amis. Quelle déception que  cette lecture !! Là où l’on s’attend à trouver une expérience forte, des questionnements, on ne trouve, dans une première partie, qu’une succession d’hébergements chez des bobos (artistes, psychanalystes, « médecins intellos »...) dans des maisons au Cap Corse ou dans des villas en bord de mer en Bretagne. La déchéance, quoi… La narratrice, en rupture, a quand-même 650 € par mois pour se loger, sans travailler. On ne sent jamais ni désarroi ni griserie d’avoir ainsi largué les amarres. On a surtout l’impression qu’elle joue les femmes bobo-intello-libérées en s’offrant de jeunes conquêtes qui toutes la trouvent irrésistibles. C’est léger, superficiel, bâclé, même si Elise ne perd aucune occasion de nous rappeler qu’elle est « écrivain ». Elle fait bien d’ailleurs, car rien ne nous permet de nous en aper...

2 Broke girls (série)

Max, la brune, est serveuse dans un deli de Brooklyn la nuit et baby-sitter dans l'upper east side le jour, elle tire le diable par la queue depuis l'enfance, mais s'en sort grâce à un caractère bien trempé... Caroline, la blonde, est une riche héritère de Manhattan, enfin était, car son papa se retrouve en prison à la suite d'une escroquerie de type Maddox... Perchée sur ses hauts talons, traînant une valise improbable (et un cheval, oui oui), Caroline échoue dans le deli où travaille Max et s'y fait embaucher. Entre les deux, le coup de foudre amical arrive vite. Improbable ? Pas tant que ça. Car si Caroline a le physique et le passé de Paris Hilton, elle déborde d'une énergie positive et d'une envie de s'en sortir qui bluffent Max. Et celle-ci, qui l'accueille sans chichis dans son appartement , montre à Caroline une solidarité que ses anciennes copines ont bien vite oublié suite à sa disgrâce. Ensemble elles vont monter une entreprise de v...

Camille redouble de Noémie LVOVSKY

Un "feel good movie", "Camille redouble" ? Pas si sûr... Quand on a la nostalgie de son adolescence, ça peut même foutre un sacré coup au moral... Mais bon, reconnaissons la force des émotions qui nous assaillent à la vue de cette quadra alcoolo et dévastée  replongeant, par un voyage dans le temps, dans le quotidien de ses 16 ans. Faut-il refaire tout pareil, sachant ce que la vie se chargera de vous infliger ? Le film est un peu redondant à force, creusant toutes les pistes de cette idée (le rapport aux parents, la dramaturgie peut-être inutile de la mort annoncée de sa mère, l'amour de jeunesse dont on sait qu'il vous quittera dans 25 ans, la grossesse à 16 ans etc... ). Mais c'est vrai que la vitalité de l'actrice, son choix audacieux et réussi de garder la  tête et la silhouette de ses 40 ans pour incarner l'ado qu'elle fut, font qu'on ne boude vraiment pas son plaisir. IsaH

Un concours de circonstances d'Amy WALDMAN

Que se passerait-il si... ? La fiction interroge souvent le réel en changeant le cours de l'histoire et en inventant d'autres conséquences aux faits. En l'occurrence, que se serait-il passé si l'architecte, désigné pour réaliser le mémorial du 11 septembre au terme d'un concours national préservant l'anonymat des candidats, était un musulman ? Lorsque son nom, Mohamad Khan, est dévoilé au jury, composé d'artistes, de personnalités politiques et de représentants des victimes, c'est la stupeur, vite maîtrisée par le politiquement correct ou une réelle ouverture d'esprit pour certains, mais provoquant des réactions indignées teintées de racisme pour d'autres. Comment gérer cette affaire ? Faut-il faire fi de la procédure totalement transparente du concours en classant le second, dans le plus grand secret des délibérations ? Ou faut-il laisser faire, en affrontant le séisme national que provoquera immanquablement cette désignation... De ce point d...

Du vent dans mes mollets de Carine TARDIEU

Un joli film sur l'enfance, avec des défauts, de la fraîcheur et une fin (un peu trop) tire-larmes. Les adultes sont un poil caricaturaux, mais tout passe quand même bien, grâce aux deux gamines, plutôt naturelles chacune dans leur registre. Quelques  trouvailles visuelles et une bande-son joliment illustrative (Babooshka de Kate Bush) sans oublier une des plus belles chansons sur l'enfance pendant le générique de fin,  j'étais clouée sur le siège de la réentendre... IsaH

Vote de crise ? Films de crise...

 Parler des difficultés sociales, professionnelles des gens, le cinéma le fait depuis toujours ou presque. A l'anglaise (Ken Loach, Mike Leigh...), à l'italienne (Ettore Scola, Nanni Moretti...) et à la française : comme Cédric Kahn (Une vie meilleure) et Robert Guédiguian (Les Neiges du Kilimandjaro). Le premier est quasiment un documentaire, surtout dans sa première partie, très elliptique, mais qui montre bien l'engrenage qui va plonger Guillaume Canet et Leila Bekhti dans le surendettement. Ces deux jeunes gens en veulent, achètent un restaurant à retaper mais s'y prennent très mal, et personne ne les aide. La jeune femme finira par partir au Canada chercher des jours meilleurs, laissant son fils Slimane à Guillaume Canet. Dès lors, le film, tout en continuant à montrer la spirale de l'échec social du héros, va zoomer sur le jeune garçon de 9 ans et demi, et sur sa relation chaotique avec son beau-père. L'ensemble du récit est très vraisemblable, chaque ...

La Maison du Lys tigré de Ruth RENDELL

Plus anglais, tu meurs !! La grande dame du thriller britannique nous régale une fois de plus avec cette chronique d'un immeuble londonien qui vire au cauchemar. A la façon d'Agatha Christie, mâtinée de Patricia Highsmith, elle nous révèle un à un tous les habitants de Lichfield House. De Stuart le dandy et sa liaison avec la torride (mais mariée) Claudia, à Olwen, une séxagénaire bien décidée à se suicider par l'alcool, en passant par le concierge aux moeurs pas très recommandables et Duncan, le paisible retraité qui, de la maison d'en face, observe tout ce petit monde, la tension s'installe lentement, et le quotidien se charge de menaces, diffuses et diverses : qui sont les mystérieux asiatiques installés dans la maison mitoyenne de Duncan et  pourquoi parmi eux la très belle "Lys tigré" est-elle si effrayée ? Un très bon cru de miss Rendell, qui nous trimballe et prend son temps pour mieux décrire ses personnages. Un roman choral où chacun a droit ...

Crépuscule de Michael CUNNINGHAM

L’auteur de The hours, adapté au cinéma avec Nicole Kidman, nous plonge dans le New York actuel, New York qui tient un rôle, à part entière, New York dans toute sa complexité, dans toute la vie qu’elle déploie. On ressent l’atmosphère si particulière de cette ville… On pousse la porte de l’appartement de Peter, galeriste et Rebecca, critique et collaboratrice d’une revue culturelle influente. Un couple que l’on pourrait qualifier de « bobo » (je déteste cette expression), brillant, évoluant dans le milieu artistique, résidant dans un bel appartement new yorkais, jouissant d’un niveau de vie élevé, parents d’une jeune fille qui se détourne d’eux et mène une existence plutôt insignifiante ; un couple en apparence heureux, en apparence seulement. L’auteur nous entraine au cœur de ce couple, au cœur de l’usure des sentiments, du désenchantement de la vie, de la difficile confrontation entre ce que l’on est devenu et ce que l’on voulait être. L’équilibre précaire, mis en place pa...