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Articles

"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille.  Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval.  En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier.  Ce jour-là, Richie se noie ...  Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman.  Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède  le drame et ce qui suit le drame,  dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances. J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce mêm...

Ma vie précaire d'Elise FONTENAILLE

 Un beau jour, Elise vide son appartement sur le trottoir, rend les clés, et s’en remet au hasard ( dit-elle) pour son avenir. Elle a de nombreux amis. Quelle déception que  cette lecture !! Là où l’on s’attend à trouver une expérience forte, des questionnements, on ne trouve, dans une première partie, qu’une succession d’hébergements chez des bobos (artistes, psychanalystes, « médecins intellos »...) dans des maisons au Cap Corse ou dans des villas en bord de mer en Bretagne. La déchéance, quoi… La narratrice, en rupture, a quand-même 650 € par mois pour se loger, sans travailler. On ne sent jamais ni désarroi ni griserie d’avoir ainsi largué les amarres. On a surtout l’impression qu’elle joue les femmes bobo-intello-libérées en s’offrant de jeunes conquêtes qui toutes la trouvent irrésistibles. C’est léger, superficiel, bâclé, même si Elise ne perd aucune occasion de nous rappeler qu’elle est « écrivain ». Elle fait bien d’ailleurs, car rien ne nous permet de nous en aper...

2 Broke girls (série)

Max, la brune, est serveuse dans un deli de Brooklyn la nuit et baby-sitter dans l'upper east side le jour, elle tire le diable par la queue depuis l'enfance, mais s'en sort grâce à un caractère bien trempé... Caroline, la blonde, est une riche héritère de Manhattan, enfin était, car son papa se retrouve en prison à la suite d'une escroquerie de type Maddox... Perchée sur ses hauts talons, traînant une valise improbable (et un cheval, oui oui), Caroline échoue dans le deli où travaille Max et s'y fait embaucher. Entre les deux, le coup de foudre amical arrive vite. Improbable ? Pas tant que ça. Car si Caroline a le physique et le passé de Paris Hilton, elle déborde d'une énergie positive et d'une envie de s'en sortir qui bluffent Max. Et celle-ci, qui l'accueille sans chichis dans son appartement , montre à Caroline une solidarité que ses anciennes copines ont bien vite oublié suite à sa disgrâce. Ensemble elles vont monter une entreprise de v...

Camille redouble de Noémie LVOVSKY

Un "feel good movie", "Camille redouble" ? Pas si sûr... Quand on a la nostalgie de son adolescence, ça peut même foutre un sacré coup au moral... Mais bon, reconnaissons la force des émotions qui nous assaillent à la vue de cette quadra alcoolo et dévastée  replongeant, par un voyage dans le temps, dans le quotidien de ses 16 ans. Faut-il refaire tout pareil, sachant ce que la vie se chargera de vous infliger ? Le film est un peu redondant à force, creusant toutes les pistes de cette idée (le rapport aux parents, la dramaturgie peut-être inutile de la mort annoncée de sa mère, l'amour de jeunesse dont on sait qu'il vous quittera dans 25 ans, la grossesse à 16 ans etc... ). Mais c'est vrai que la vitalité de l'actrice, son choix audacieux et réussi de garder la  tête et la silhouette de ses 40 ans pour incarner l'ado qu'elle fut, font qu'on ne boude vraiment pas son plaisir. IsaH

Un concours de circonstances d'Amy WALDMAN

Que se passerait-il si... ? La fiction interroge souvent le réel en changeant le cours de l'histoire et en inventant d'autres conséquences aux faits. En l'occurrence, que se serait-il passé si l'architecte, désigné pour réaliser le mémorial du 11 septembre au terme d'un concours national préservant l'anonymat des candidats, était un musulman ? Lorsque son nom, Mohamad Khan, est dévoilé au jury, composé d'artistes, de personnalités politiques et de représentants des victimes, c'est la stupeur, vite maîtrisée par le politiquement correct ou une réelle ouverture d'esprit pour certains, mais provoquant des réactions indignées teintées de racisme pour d'autres. Comment gérer cette affaire ? Faut-il faire fi de la procédure totalement transparente du concours en classant le second, dans le plus grand secret des délibérations ? Ou faut-il laisser faire, en affrontant le séisme national que provoquera immanquablement cette désignation... De ce point d...

Du vent dans mes mollets de Carine TARDIEU

Un joli film sur l'enfance, avec des défauts, de la fraîcheur et une fin (un peu trop) tire-larmes. Les adultes sont un poil caricaturaux, mais tout passe quand même bien, grâce aux deux gamines, plutôt naturelles chacune dans leur registre. Quelques  trouvailles visuelles et une bande-son joliment illustrative (Babooshka de Kate Bush) sans oublier une des plus belles chansons sur l'enfance pendant le générique de fin,  j'étais clouée sur le siège de la réentendre... IsaH

Vote de crise ? Films de crise...

 Parler des difficultés sociales, professionnelles des gens, le cinéma le fait depuis toujours ou presque. A l'anglaise (Ken Loach, Mike Leigh...), à l'italienne (Ettore Scola, Nanni Moretti...) et à la française : comme Cédric Kahn (Une vie meilleure) et Robert Guédiguian (Les Neiges du Kilimandjaro). Le premier est quasiment un documentaire, surtout dans sa première partie, très elliptique, mais qui montre bien l'engrenage qui va plonger Guillaume Canet et Leila Bekhti dans le surendettement. Ces deux jeunes gens en veulent, achètent un restaurant à retaper mais s'y prennent très mal, et personne ne les aide. La jeune femme finira par partir au Canada chercher des jours meilleurs, laissant son fils Slimane à Guillaume Canet. Dès lors, le film, tout en continuant à montrer la spirale de l'échec social du héros, va zoomer sur le jeune garçon de 9 ans et demi, et sur sa relation chaotique avec son beau-père. L'ensemble du récit est très vraisemblable, chaque ...

La Maison du Lys tigré de Ruth RENDELL

Plus anglais, tu meurs !! La grande dame du thriller britannique nous régale une fois de plus avec cette chronique d'un immeuble londonien qui vire au cauchemar. A la façon d'Agatha Christie, mâtinée de Patricia Highsmith, elle nous révèle un à un tous les habitants de Lichfield House. De Stuart le dandy et sa liaison avec la torride (mais mariée) Claudia, à Olwen, une séxagénaire bien décidée à se suicider par l'alcool, en passant par le concierge aux moeurs pas très recommandables et Duncan, le paisible retraité qui, de la maison d'en face, observe tout ce petit monde, la tension s'installe lentement, et le quotidien se charge de menaces, diffuses et diverses : qui sont les mystérieux asiatiques installés dans la maison mitoyenne de Duncan et  pourquoi parmi eux la très belle "Lys tigré" est-elle si effrayée ? Un très bon cru de miss Rendell, qui nous trimballe et prend son temps pour mieux décrire ses personnages. Un roman choral où chacun a droit ...

Crépuscule de Michael CUNNINGHAM

L’auteur de The hours, adapté au cinéma avec Nicole Kidman, nous plonge dans le New York actuel, New York qui tient un rôle, à part entière, New York dans toute sa complexité, dans toute la vie qu’elle déploie. On ressent l’atmosphère si particulière de cette ville… On pousse la porte de l’appartement de Peter, galeriste et Rebecca, critique et collaboratrice d’une revue culturelle influente. Un couple que l’on pourrait qualifier de « bobo » (je déteste cette expression), brillant, évoluant dans le milieu artistique, résidant dans un bel appartement new yorkais, jouissant d’un niveau de vie élevé, parents d’une jeune fille qui se détourne d’eux et mène une existence plutôt insignifiante ; un couple en apparence heureux, en apparence seulement. L’auteur nous entraine au cœur de ce couple, au cœur de l’usure des sentiments, du désenchantement de la vie, de la difficile confrontation entre ce que l’on est devenu et ce que l’on voulait être. L’équilibre précaire, mis en place pa...

Room d'Emma DONOGHUE

On pourrait se croire face à un fait divers romancé : l’enlèvement et la séquestration d’une femme, que son bourreau viole tous les soirs et qui donne naissance à petit Jack qui nous raconte son histoire, sa vie dans La Chambre où chaque objet a un nom et est vivant. On pourrait tomber dans le glauque mais le talent de l’auteur est de raconter l’histoire du point de vue du petit garçon, un langage d’un garçon de 5 ans hors normes. Le style est enlevé, terrible parfois quand on se rend compte de ce qui se cache derrière l’innocence du petit garçon ; tout est suggéré, susurré avec la candeur de l’enfant et cela prend toute sa force. Ce roman est une prouesse, intéressante, qui selon moi pose de vraies questions de société. Roman profond, inattendu et vraiment étonnant !!! Charlotte

Kaameloot, série d'Alexandre ASTIER

Qui a dit que les français étaient nuls en série télé ? Moi... exception faite d'Alexandre Astier et son génial Kaamelott. Dans mon entourage, peu de personnes l'ont vu, ce qui m'étonne. Mais peut-être est-ce la diffusion sur M6 (chaîne culturellement peu correcte !) qui a dévalorisé cette série pourtant tellement aboutie, et tellement drôle. Sur 6 saisons (la dernière est un préquelle magistral), on suit la vie quotidienne du roi Arthur et de ses chevaliers, à la recherche du Saint Graal... Ca vous rappelle quelque chose ? Eh oui les Monty Python ne sont pas loin, même si le ressort humoristique n'est pas le même.  Là où les anglais misaient sur l'absurde, le français joue à fond la carte de l'anachronisme. Dans le registre de langage : la moitié des personnages s'expriment dans une langue châtiée qu'on attribuerait naturellement aux chevaliers de la table ronde, l'autre moitié parle en Audiard dans le texte, et certains, comme Perceval, Kara...

Claustria de Régis JAUFFRET

Je l'avoue, je n'avais jamais lu Régis Jauffret. Pas par méconnaissance mais parce que c'est comme ça, il y a des auteurs qu'on n'arrive pas à se décider à lire. Est-ce un penchant malsain pour le fait divers qui m'a poussé à ouvrir "Claustria" ? Oui sans doute et aussi parce que le traitement d'évènements réels par la fiction m'intéresse et a produit des chefs d'oeuvre tant en littérature qu'au cinéma (Gus van Sant avec "Elephant", Emmanuel Carrère et Nicole Garcia avec "L'Adversaire"...). Donc on plonge avec Régis Jauffret dans une abominable histoire qui a fait le tour du monde, celle de ce père autrichien qui a séquestré sa fille pendant 20 ans dans la cave de sa maison et lui a fait enfant sur enfant... Les points de vue du récit sont divers : Régis Jauffret lui-même enquêtant sur l'affaire, les protagonistes, dans une chronologie éclatée qui ménage de longs tunnels (si j'ose dire) de narration ...

Chronicle de Josh TRANK

Les super-héros type Marvel vous ennuient ? En voilà d'un nouveau genre. Chronicle, petite série B très réussie, commence comme un teen movie et finit comme un blockbuster classique. Andrew est un adolescent perturbé par la maladie de sa mère, et la violence de son père. Il achète une caméra pour filmer son quotidien. Avec deux copains de lycée, Steve et Matt, ils se retrouvent dotés de super pouvoirs à la suite d'une exposition à une mystérieuse substance (dont on ne saura rien, ce n'est pas le sujet du film). Télékinésie, insensibilité à la douleur, capacité à voler... ils commencent par s'en servir pour faire des blagues.  Puis ils se demandent quand même s'ils ne pourraient pas utiliser ces pouvoirs pour autre chose... C'est alors qu'Andrew va commettre l'irréparable et basculer "du mauvais côté de la force". Matt et Steve vont tenter, amicalement et loyalement, de contrer une dérive qui s'accentue de jour en jour... Filmé totalement...

Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul DUBOIS

Je connaissais « La vie française » de Dubois mais ce livre-là était passé à la trappe. Présenté comme un roman, ce livre est indéniablement une autobiographie. Un écrivain qui a écrit… kg de livres s’interroge sur sa vie, sur l’échec de son couple, se demande ce qu’il apporte au monde (ma question préférée, mon tourment permanent !!) et finalement se dit que pour se comprendre soi-même, il faut comprendre d’où l’on vient. Il entreprend alors un voyage au Canada, pour découvrir les lieux du drame, voir le lac dans lequel son père s’est noyé. Véritable voyage initiatique qui permettra à l’homme de connaître sa famille, de découvrir ses limites et sa force, tout en croisant la route de personnages tantôt chaleureux et aimants tantôt barbares et inhumains. Le style de Jean Paul Dubois est fluide, ses descriptions sont courtes mais suffisantes : on tremble quand il a froid, on voit presque défiler sous nos yeux les forêts canadiennes et ses grands lacs. Le ressenti est un peu le m...

Big Bang Theory (série)

Des Friends à la sauce geek et californienne, ça intrigue. Et ça marche ! Cette bande de chercheurs à l'université, fans de jeux vidéo, comics et super héros sont bien typés et attachants, exaspérants à souhait. En tête, Sheldon Cooper, sorte de D2R2 pour la gestuelle : ce surdoué de la physique quantique (enfin je crois), est un des personnages les plus drôles et les plus originaux qu'un genre aussi calibré que la sitcom de coloc' ait créé. Totalement asexué, bourré de TOCS (et de tics), nul en relations humaines (ça ne se traduit pas en équation), c'est un grand enfant totalement imbu de lui-même et totalement désopilant. Son coloc Leonard, le moins geek de tous, essaie de vivre une relation avec Penny la voisine de palier, une serveuse-blonde-délurée-au-grand-coeur. Gravitent autour d'eux Raj, l'indien inhibé (il ne peut parler aux filles que sous l'emprise de la boisson) et Howard, le "raté" de la bande (il est ingénieur...), qui vit avec...

Ombres et Lumières d’Outre Temps de Luc VALERO

Qu’est ce qui peut pousser quelqu’un à s’intéresser à ce qui paraît être un simple recueil de poésies, écrit de surcroît par un inconnu ? Rien, tant on en croise souvent qui ne présentent que peu d’intérêt. Pourtant un heureux hasard m’a amenée à le faire avec Ombres et Lumières d’Outre Temps de Luc Valéro repéré sur un blog, et ce fut une très belle rencontre. Sous ses airs de recueil anodin, l’ouvrage m’a réservé une belle surprise… Il ne s’agit pas à proprement parler d’un recueil de poèmes. C’est un livre différent, inclassable. Une série de dix textes, courts et de formes variées, qui constituent un tout dont la portée se révèle avec pudeur, peu à peu, au fil des pages. Exprimer les émotions n’est pas chose aisée. On peut vite sombrer dans le dégoulinant ou le voyeurisme. Et bien ici rien de tout cela. Passé la surprise de la première page, je dois reconnaitre que ce livre m’a vraiment transportée et émue, « interpellée » (dixit l’auteur) de manière très habile, et j’ai bea...