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Articles

"Baignade surveillée" de Laura KASISCHKE

Richie a 5 ans.  Sa mère a peur de tout. Son père "voit grand" pour sa famille.  Richie adore aller à la piscine, même s'il ne sait pas encore nager. La maître-nageuse a 17 ans, elle est jolie avec sa queue-de-cheval.  En ce jour de juillet 1969, trois hommes partent pour la Lune, bouleversant le quotidien du monde entier.  Ce jour-là, Richie se noie ...  Tout cela le lecteur le sait dès le début du roman.  Ensuite, comme dans un kaléidoscope,  le récit éclate en temporalités et points de vue différents, reconstituant ce qui précède  le drame et ce qui suit le drame,  dans des chapitres égrenés parfois à l'envers façon compte à rebours du décollage de la fusée. La noyade elle-même, autour desquels tous ces instants gravitent comme en orbite, arrivera en toute fin de roman, dévoilant enfin ses circonstances. J'avais bien veillé à ne lire aucune critique sur ce roman d'une auteure que j'aime particulièrement.  C'est pour vous donner ce mêm...

"Le baiser dans la nuque" de Hugo BORIS

Huis clos entre Fanny, sage femme s’enfonçant dans la surdité et Louis, pianiste. Rencontre de deux êtres meurtris par un handicap autour d’une naissance. Fanny accouche la belle soeur de Louis, le jour de l’enterrement du père de l’enfant et frère de Louis : première scène poignante de ce roman. Avant de devenir complètement sourde, Fanny a un voeu : apprendre à jouer du piano. C’est ainsi que tous les jeudis, ces deux personnages vont se retrouver face au piano, dans la maison mystérieuse de Louis. Ce roman est un murmure au creux de votre oreille, où tout n’est que suggéré... Ecriture subtile et tendre comme un baiser dans la nuque... On est suspendu à ces personnages, sur le fil... on guette la chute... Roman fort et délicieux... Un vrai moment de délicatesse et de tendresse. Charlotte

"Terre des oublis" de Thu Huong

Magnifique fresque vietnamienne... L’auteur nous transporte dans la vie d’un petit hameau au lendemain de la guerre du Vietnam... Bon revient de la guerre, après sept ans d’absence, et découvre qu’il a été déclaré mort. Sa femme Mien s’est remariée par amour à Hoan, un riche commerçant. Pressée par la tradition, les rumeurs des villageois et par l’hommage rendu à ce héros de guerre, Mien retourne vivre avec son premier mari, en quittant un mari aimant et aimé. Commence alors le récit de ses trois vies, meurtries, bouleversées : comment vivre sans la femme qu’on aime ? Comment réapprendre à aimer un homme que l’on a cru mort ? Comment vivre normalement après avoir connu la guerre ? Thu Huong nous transporte dans ce petit village où l’on ressent la vie, les odeurs, les paysages... et où l’on s’attache à ces trois personnages, chacun avec leur part d’ombre. Critique tout en finesse de la guerre et de ses ravages, de la société traditionnelle vietnamienne... Analyse des passions amoureuses...

"La princesse des glaces" de Camilla LACKBERG

Pas sûr qu'Actes Sud réitère l'exploit de la trilogie "Millenium" avec Camilla Lackberg, présentée comme la nouvelle révélation du polar suédois. "La princesse des glaces" est certes un roman prenant, présentant les mêmes ressorts (secrets de famille, froid scandinave, scène de crime bien flippante etc) que "Millenium", mais les personnages sont loin d'être aussi attachants. Plus lisses, l'héroïne Erica et le policier chargé de résoudre le meurtre de leur ancienne camarade de lycée, la belle Alexandra, vont même vivre une histoire d'amour gnan gnan et très prévisible... On est loin de Mickael et Lisbeth. Malgré tout, ce roman se lit avec plaisir. Une bonne lecture estivale ! Isa

La muette de Chahdortt DJAVANN

S’il ne fallait en garder qu’un... Récit vif, court, bouleversant... Tous les superlatifs ne seraient pas assez forts et les mots ne pèsent pas grand chose face à ce petit bijou !! Vous ressortez KO de cette lecture, face à tant de bêtise humaine où l’amour est un crime ! Un immense cri de douleur et de révolte , et pourtant un cri bien trop silencieux ! Il faut le lire, c’est une nécessité ! Charlotte

"Mère disparue" de Joyce Carol OATES

Gwen Eaton est une mère à l'image de toutes les mères: irritante parfois, attachante toujours, débordante cependant, altruiste mais tellement irremplaçable. Ses 2 filles seront littéralement « déchirées » par sa disparition brutale et chacune vivra ce « saignement intérieur » à sa façon. Nikki, la plus jeune, moderne et libérée, nous raconte cette année qui suivit le drame. Sa révolte mais aussi sa quête d'une meilleure connaissance de « celle qui va tant lui manquer ». Ses rapports avec sa soeur plus âgée et plus rangée, avec les hommes, avec la maison de sa mère et le calendrier d'habitudes de celle-ci. Faut-il tout rejeter ou au contraire comprendre (enfin!) cette femme qui l'a tant aimée? Joyce Carol Oates revisite un thème récurrent chez les écrivains, les rapports mère-fille avec une tendresse éclatante et un regard neuf. Elle met son talent littéraire au service d'une relation qui n'a pas fini de nous dévoiler ses charmes et ses mystères. Elle sait trouve...

"Il y a longtemps que je t'aime" de Philippe CLAUDEL

Que penser du premier film de Philippe Claudel ? J'en suis sortie assez perplexe. - C'est long mais je ne me suis pas ennuyée (de temps en temps je m'occupais à chercher les endroits de Nancy où les scènes étaient tournées). - Le face à face entre les deux soeurs fonctionne, K Scott Thomas (Juliette) est géniale, et Elsa Zylberstein (Léa), pour une fois, pas si mal. Mais la fin est décevante, je n'osais me le formuler, mais en lisant certaines critiques, j'ai compris que c'était cela qui m'avait finalement vraiment gênée. On retombe dans l'"émotionnellement correct". Eh non, Juliette ne pouvait pas être cette criminelle intrigante et attachante en recherche de cette rédemption qu'on était tous prêts à lui accorder, tant que ses motivations à commettre le pire meurtre qu'on puisse imaginer nous était inconnues. A la marge, quelques motifs d'agacement, pas bien graves mais quand même, dans la description de l'entourage de Léa, pro...

La Môme et le Ch'ti

J'ai vu coup sur coup deux grands succès populaires, dont je me méfiais comme la peste a priori. Non pas parce qu'ils ont du succès, mais parce que les biopics m'ennuient souvent et que les comédies françaises récentes sont à la ramasse (en plus j'aime pas Dany Boon...). Au bout de vingt minutes, je regardais ma montre au lieu de l'écran : "Bienvenue chez les Ch'tis " est un navet de taille. Dès que Kad Merad arrive dans le Nord, l'affaire est pliée : tout devient lourd, long, le scénario tient sur une ligne, et encore pas bien droit, chacun ânnone avec plus ou moins d'aisance (pauvre Line Renaud, on souffre pour elle) ce salmigondis ch'ti comme si c'était une langue étrangère. En 2008, oser proposer un film reposant sur un seul effet comique, de plus usé jusqu'à la corde, l'accent et les malentendus qu'il génère... Ca fait peur ! Ceux qui ont vu uniquement la bande annonce ont vu le meilleur, concentré au début : Galabru, ...

"Margherita Dolcevita" de Stefano BENNI

Voilà un joli petit livre, entre conte et fable, qui met en scène Margherita, jeune adolescente italienne un peu boulotte mais très fûtée, et sa famille plutôt bohème : son papa, réparateur de vélos, sa mère, rêveuse et fan de la série télé "Eternal Love", ses deux frères, l'un plutôt lourdaud et l'autre petit génie des mathématiques. Lorsque la famille Del Bene s'installe sur le terrain voisin, après avoir fait construire en une journée un cube noir et brillant, truffé de technologie, en guise de maison, elle se méfie. Ces gens-là en savent beaucoup trop sur la famille Dolcevita, sur qui ils vont vite prendre un ascendant fâcheux : la mère de Margherita achète un gigantesque écran plasma et plonge carrément au coeur d'Eternal love, son père ne supporte plus sa calvitie, son frère aîné tombe raide dingue de la fille Del Bene, lolita de pacotille, et son jeune frère s'abîme dans les derniers jeux vidéos importés par Mr Del Bene. Celui-ci a des activités bie...

"La route" de Cormac Mc CARTHY

Attendu comme l'évènement de la rentrée littéraire de janvier 2008, le dernier roman du géant des lettres américaines, Cormac McCarthy, tient toutes ses promesses. La route, c'est celle que prennent, à pied, un père et son jeune fils, pour rejoindre le sud, dans une Amérique du Nord post-apocalyptique. Ils recherchent la chaleur, au moins la chaleur, dans l'univers de désolation qu'est devenu leur monde. Que s'est-il passé, on ne le saura pas. Mais les Etats-Unis ne sont plus que cendres et vestiges de civilisation fantômatiques, où errent de pauvres gens comme nos héros. Tous redoutent de croiser les "méchants", comme dit le petit garçon. Ceux qui dépècent (et dévorent) leurs semblables. Quelque part entre références bibliques et Mad Max (pour les décors), Cormac McCarthy nous livre un roman à la fois très littéraire, et très visuel. Les premières pages, situant peu les personnages et le contexte, m'ont fait craindre que l'auteur ne tienne pas la ...

"Palermo solo" de Philippe Fusaro

Personnage central - roman centré sur lui - , le baron vit au "Grand Hôtel des Palmes" à Palerme, depuis 50 ans. Confiné dans ce lieu par la mafia sicilienne, entre légende et vérité, - presque une existence virtuelle -, approché par peu, solitaire à jamais ?, vivant la peur, puis l'ennui, puis l'acceptation, teintée de révolte, il va y parcourir sa vie. A petites touches suggestives, légères, toutes en demi teinte, Philippe Fusaro écrit un mélancolique roman d'amour, empli de chaleur et d'ombre, de silence(s), rythmé par les seuls battements du coeur de cet homme définitivement condamné à la solitude. Où seuls le bruissement des palmes et l'incandescence du soleil semblent réels ... [D'origine italienne, Philippe Fusaro est libraire à Strasbourg. "Le Matricule des Anges" (n. 56, sept. 2004,) lui a consacré un article élogieux et sympa]. Laurence

"Ce qui a dévoré nos coeurs" de Louise ERDRICH

Fayes Travers - la narratrice - , expert en biens mobiliers, vit avec sa mère dans le New-Hampshire. Discrète, et honnête (ceci a son importance), vie au ralenti, sans grand relief, entrecoupée de visites au cimetière et de visites à son voisin, amant occasionnel. Lors d'une succession dont elle réalise l'estimation, elle découvre un tambour ojibva, qu'elle s'approprie... Geste inconsidéré, et considérable . Si là se trouve le prétexte du roman, le fil conducteur en est l'histoire même du tambour - d'ailleurs, le titre original est "The painted drum" - , la trame tissée de façon complexe : un écheveau de destins, tous les personnages étant intimement liés les uns aux autres, les situations intrinséquement nouées : chaque acte a ou aura un impact, son impact, a ou a eu une raison d'être. En quelque sorte, une psychogénéalogie indienne, terrible et émouvante, proche, à mon sens, du roman initiatique, même si la forme en diffère quelque peu. Remarquab...

"Ne le dis à personne" de Guillaume CANET

J'aime bien Guillaume Canet. Comme acteur, il est moyen. Comme réalisateur, il est de mieux en mieux. Et puis quelqu'un qui donne à François Cluzet l'opportunité de défendre un personnage et une histoire intéressants ne peut pas être mauvais. Car j'aime beaucoup François Cluzet. Je trouve que le cinéma français le sous-emploie. Ou alors, peut-être refuse-t-il beaucoup de rôles, trop indigents pour lui. Il a en tout cas bien fait d'accepter de jouer dans cette adaptation du fameux bouquin d'Harlan Coben. Canet en a tiré un excellent film, et pas seulement grâce à Cluzet (mais aussi Laurence Cote et Dussolier). Enfin un bon polar français, moderne et efficace. C'est bien filmé, bien raconté, bien joué, ça parie sur l'intelligence du spectateur sans négliger l'émotion. L'histoire est tendue comme un fil, captivante. Et puis l'histoire d'amour est renversante et poignante, et là on en revient à Cluzet. Il est de la trempe d'Auteuil dans l...

"Millenium" de Stieg LARSSON

Oui, bon, ce n'est pas follement original de faire une critique sur LE roman culte du moment. Je vous rappelle le contexte, l'auteur (suédois) succombe à un infarctus après avoir rendu le dernier tome de sa trilogie, que la France a commencé à publier en juin 2006, dans une relative indifférence. Le bouche à oreilles, et la qualité évidente des bouquins, a fait le reste. Pour une fois je hurlerai avec les loups. Oui, c'est génial, et oui, vous laisserez tout tomber pour plonger toujours plus loin dans l'histoire. Je termine le premier tome, et, mon métier ayant quand même quelques avantages, j'ai sous le coude, tous frais, tous neufs, les deux autres tomes... Ils ne feront pas long feu, mes lecteurs n'attendront pas longtemps (on se justifie comme on peut de ce honteux et exhorbitant privilège de vilain fonctionnaire). Entre mystère de chambre close, à l'échelle d'une île, et roman à charge sociale et politique (capitalistes véreux, passé trouble de la S...

"Une gourmandise" et "L'Elegance du hérisson" de Muriel BARBERY

Premier roman de l'auteur(e) de "L'élégance du hérisson". Critique gastronomique mondialement connu, vénéré et craint, il meurt : il sait qu'il lui reste tout au plus 48 heures à vivre. Récit à plusieurs voix, dont le fil conducteur est la recherche d'une saveur autrefois rencontrée et aujourd'hui perdue, bilan d'une vie égocentrique - si ce n'est égoïste -, autosuffisante, le livre alterne points de vue et réflexions de différents protagonistes (épouse, enfants, concierge, clochard, chat, ..., bref, certains qui l'ont approché) et souvenirs qui affluent, affleurent et voguent sans parvenir à satisfaire l'homme prétentieux et exigeant, maintenant couché dans son lit, et à qui personne n'a résisté. Cela nous vaut de belles pages de souvenirs d'enfance et d'adolescence, mais surtout de magnifiques pages de souvenirs et découvertes culinaires , de descriptions de mets et de saveurs, dans une langue agréable, suave, parfaitement maî...

"Comment reconnaître vos amis des grands singes" de Will Cuppy

Un petit ouvrage sans prétention aucune, si ce n'est celle de nous amuser, par l'un des journalistes du "New Yorker", et "chef de file de la critique littéraire américaine dans le domaine du roman policier" (P.G. Wodehouse) : hé bien, c'est réussi, car très drôle, même hilarant, et, en tous les cas, parfaitement revigorant! Je cite l'auteur (denière ligne de la préface) : "Pour conclure, j'aimerais dire que, si mes tentatives pour amuser la galerie ont été, même de façon imparfaite, couronnées de succès, si je suis parvenu à faire passer agréablement une heure d'oisiveté, si j'ai su saisir dans ces pages de quoi édifier ou combler l'esprit de mes lecteurs, bref, si j'ai écrit le meilleur livre de l'année, j'en serai vraiment comme deux ronds de flan." Bonne rigolade! Laurence