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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

"Il y a longtemps que je t'aime" de Philippe CLAUDEL


Que penser du premier film de Philippe Claudel ? J'en suis sortie assez perplexe.

- C'est long mais je ne me suis pas ennuyée (de temps en temps je m'occupais à chercher les endroits de Nancy où les scènes étaient tournées).


- Le face à face entre les deux soeurs fonctionne, K Scott Thomas (Juliette) est géniale, et Elsa Zylberstein (Léa), pour une fois, pas si mal.


Mais la fin est décevante, je n'osais me le formuler, mais en lisant certaines critiques, j'ai compris que c'était cela qui m'avait finalement vraiment gênée. On retombe dans l'"émotionnellement correct". Eh non, Juliette ne pouvait pas être cette criminelle intrigante et attachante en recherche de cette rédemption qu'on était tous prêts à lui accorder, tant que ses motivations à commettre le pire meurtre qu'on puisse imaginer nous était inconnues.


A la marge, quelques motifs d'agacement, pas bien graves mais quand même, dans la description de l'entourage de Léa, prof de littérature à Nancy 2 : les petites filles adoptées (parce-que-Léa-ne-pouvait-pas-sentir-un-enfant-dans-son-ventre, on se demande pourquoi...) ; le grand-père muet suite à une AVC, mais si souriant ; les amis, intellectuels mais qui aiment le foot (vive l'ASNL), bof bof bof.


Deux personnages secondaires surnagent : le collègue de Léa, Michel, double assumé de Claudel lui-même, qui finit par faire revenir Juliette à la vie, et le lieutenant de police, officier de probation dépressif, qui rêve de l'Orénoque.


En bref, Juliette est un personnage digne du souffle et des ambiguités des "Ames grises", placée dans un mélo bien pensant plus proche de l'esprit de "La petite fille de Monsieur Linh". Et pour ce qui est de la thématique de l'enfermement et de la prison, (re)lisez plutôt "Le Bruit des trousseaux".


Je suis un peu sévère, mais j'ai beaucoup d'admiration pour Philippe Claudel écrivain, alors j'attendais beaucoup du cinéaste.


Isa


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