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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

"Margherita Dolcevita" de Stefano BENNI


Voilà un joli petit livre, entre conte et fable, qui met en scène Margherita, jeune adolescente italienne un peu boulotte mais très fûtée, et sa famille plutôt bohème : son papa, réparateur de vélos, sa mère, rêveuse et fan de la série télé "Eternal Love", ses deux frères, l'un plutôt lourdaud et l'autre petit génie des mathématiques. Lorsque la famille Del Bene s'installe sur le terrain voisin, après avoir fait construire en une journée un cube noir et brillant, truffé de technologie, en guise de maison, elle se méfie. Ces gens-là en savent beaucoup trop sur la famille Dolcevita, sur qui ils vont vite prendre un ascendant fâcheux : la mère de Margherita achète un gigantesque écran plasma et plonge carrément au coeur d'Eternal love, son père ne supporte plus sa calvitie, son frère aîné tombe raide dingue de la fille Del Bene, lolita de pacotille, et son jeune frère s'abîme dans les derniers jeux vidéos importés par Mr Del Bene. Celui-ci a des activités bien mystérieuses, et veut "nettoyer" le quartier des gitans, des marginaux et des insectes.... Margerita va tenter coûte que coûte de comprendre ce qui se trame, avec l'aide de la Petite Fille de poussière et du "vampire blond", le bel Angelo Del Bene, interné régulièrement par ses parents auxquels il s'oppose.

Un conte, avec sa part de mystère, propre à l'enfance (qui est la Petite Fille de poussière qui protège Margherita ?), une fable écologique et politique (non à une société aseptisée d'où aucune tête ne dépasse), un récit très drôle et intrigant, qui fait la part belle aux monologues intérieurs de Margherita, bref une trouvaille, je ne connaissais pas cet auteur italien, tout à fait étonnant, et cela me donne envie d'en lire d'autres. A conseiller aussi aux ados.
Isabelle

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