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"Rouges-Truites" de Pierric BAILLY

De Pierric Bailly, j’ai beaucoup aimé La foudre, puis surtout Le roman de Jim qui aborde avec sensibilité les problématiques de la famille, entre liens du cœur et liens du sang. Mais de la lecture de son dernier opus, R ouges- Tr uites, je ressors un peu désarçonnée. Ça démarre pourtant plutôt bien dans une première partie, hélas trop courte à mon goût qui retrace l'attachement indéfectible unissant des enfants, qu'il s'agisse d'une fratrie ou d'amis et toute son intensité qu’on ne retrouve pas toujours à l’âge adulte. C’est Cédric qui raconte, c’est lui le narrateur d’un récit qui se déroule en différentes époques et en différents lieux. Soit Delphine et Cédric, frère et sœur vivant une enfance sans histoire au sein d’une famille unie dont il n’y a presque rien à dire. Mais à la fin des années 80 dans leur hameau du Vercors, l’arrivée de nouveaux voisins va bouleverser leur vie à jamais. Cédric adore sa sœur aînée, elle est son modèle, son repère mais très v...

"Rouges-Truites" de Pierric BAILLY

De Pierric Bailly, j’ai beaucoup aimé La foudre, puis surtout Le roman de Jim qui aborde avec sensibilité les problématiques de la famille, entre liens du cœur et liens du sang. Mais de la lecture de son dernier opus, Rouges-Truites, je ressors un peu désarçonnée. Ça démarre pourtant plutôt bien dans une première partie, hélas trop courte à mon goût qui retrace l'attachement indéfectible unissant des enfants, qu'il s'agisse d'une fratrie ou d'amis et toute son intensité qu’on ne retrouve pas toujours à l’âge adulte.

C’est Cédric qui raconte, c’est lui le narrateur d’un récit qui se déroule en différentes époques et en différents lieux.

Soit Delphine et Cédric, frère et sœur vivant une enfance sans histoire au sein d’une famille unie dont il n’y a presque rien à dire. Mais à la fin des années 80 dans leur hameau du Vercors, l’arrivée de nouveaux voisins va bouleverser leur vie à jamais.

Cédric adore sa sœur aînée, elle est son modèle, son repère mais très vite elle le délaisse pour devenir l’inséparable amie de Paloma, la nouvelle voisine dont le frère Leo s’avère menaçant et dont le père Pascal, un veuf mutique effraye tout le village. Bientôt Bailly sème l’inquiétude comme le Petit Poucet ses cailloux : leur professeur d’éducation physique disparaît, puis une nuit d’avril 1998, Pascal est tué à coups de revolver. Paloma et Leo disparaissent définitivement de la vie de Delphine et Cédric ce qui laissera des traces indélébiles, que l’énigme de leur absence rend d’autant plus douloureuses.

Les années passent, les blessures semblent s’être refermées, Cédric retrouve une belle complicité avec sa sœur qui lui apprend que la relation qu’elle vivait avec Paloma était plus que de l’amitié, d’où la dévastation qui s’en est suivie.

Depuis, ils se retrouvent tous les ans pour passer des vacances ensemble rien que tous les deux. Cette année ce sera le Jura ! On retrouve ici tout l’humour sarcastique de Bailly : "Je m’attendais à une semaine de farniente. Si j’avais su".

Car Delphine, qui a deux enfants, un ex- mari, une nouvelle compagne n’a jamais oublié Paloma et veut percer le mystère de sa disparition. Si elle entraîne Cédric dans le Jura, au lac des Rouges-Truites, c’est parce qu’elle y a retrouvé la trace de son amour de jeunesse.

Et c’est dans cette deuxième partie que tout dérape : les retrouvailles virent au cauchemar le plus noir, tandis que l’écriture de Bailly prend des chemins de traverse, plus disloquée et inquiète, à l’image de Paloma accouchant de la vérité. Toute la vérité ?

Surprenante deuxième partie où le lecteur se retrouve plongé dans un conte halluciné avec tous les archétypes qui accompagnent le genre et qui se lit comme un page-turner.

Pourtant… je n’ai pas toujours adhéré à cette intrigue, dont j’ai parfois trouvé les traits un peu forcés. De même que je n’ai pas toujours été convaincue par les ruptures de ton et les changements de registres trop contrastés.

Mais j’apprécie toujours l’esprit Bailly surtout lorsqu’il s’en tient à son écriture sobre, fluide, un rien désabusée, même lorsque surgissent les événements les plus extrêmes : "Car l’unique avantage qu’on tirait de cette situation, c’était d’être au frais, comme avait dit Leo. Dans sa folie, il nous a épargné une semaine de canicule."

Et je me suis aussi attachée à la personnalité de Cédric, cette bonne pâte, crédule, compréhensif, qui me rappelle, par certains aspects Aymeric dans le roman de Jim mais jeté dans une aventure hors-norme.

Un roman étrange, baigné à la fois de silence et de fureur où la banalité de l’existence des uns s’oppose à la folie des autres, où l’amour avec un grand A résiste à l’éloignement et aux mensonges, où les fantômes et les secrets enfouis ne cessent de hanter chaque personnage. Et Pierric Bailly sait explorer avec justesse la psyché d’adultes à l’enfance ravagée, tourmentés par la violence de leur passé.

Restent aussi quelques belles pages sur le travail manuel qui apaise et reconstruit ou sur la nature qui guérit les âmes. Et une leçon de vie qui pourrait aider le lecteur :

Apprendre à avancer malgré les questions qui demeurent parfois sans réponses.

      P.O.L., août 2026, 336 pages 




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