Artemisia, c’est Artemisia Gentileschi, peintre italienne remise à l’honneur par une grande exposition au Musée Jacquemart-André en 2025 et... par les féministes.
Artémisia, née en 1593 à Rome, fille d’un peintre talentueux et très tôt orpheline de mère, révèle dès son enfance un don remarquable pour la peinture. A une époque où les femmes artistes sont plus que rares, à peine une exception, (elles ne sont même pas autorisées à acheter des pigments et des couleurs elles-mêmes) son père, qui ne vit que par et pour l’art, l’encourage à cultiver son talent. Il lui donne pour professeur de perspective un certain Agostino Tassi….. Le reste, bien connu, est entré dans la légende : les viols répétés par Tassi, ses mensonges, et la lecture des œuvres majeures d’Artemisia comme autant de scènes de vengeance (en particulier les variations autour de Judith décapitant Holopherne).
L’album réalisé par Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin va beaucoup plus loin que cette image un peu réductrice qu’on a donnée d’Artemisia, comme victime et éternellement hantée par le crime dont elle a été l’objet (« Le Monde » mentionne une exposition en Italie qui débutait son parcours par un lit en bataille, où apparaissait une tache de sang sur les draps. Les œuvres du violeur Agosto Tassi étaient même présentées aux côtés de celles d’Artémisia). Il montre le chemin de résilience d’une femme exceptionnelle, bien décidée à ce que rien ni personne ne lui impose sa loi (pas même les juges qui, lors du procès de Tassi, la soumettent à la torture pour la faire revenir sur sa plainte), à suivre sa propre voie, choisissant ses amants et la durée de ses liaisons. Bref, une femme libre, et en un mot un modèle moderne.
Cette biographie est passionnante de bout en bout, autant par son sujet que grâce à la construction du récit, jouant sur plusieurs temps et plusieurs plans, convoquant de multiples personnages. Le dessin de Tamia Baudouin, classique, est magnifique (on peut dire que la forme épouse le fond…). On découvre ou redécouvre les œuvres d’Artemisia Gentileschi, si fortes, (Judith maintes fois représentée bien sûr, mais aussi de nombreuses figures féminines, de la Bible ou de la mythologie) et le célèbre clair-obscur du Caravage dont elle est l’une des héritières.
Une seule réserve cependant : tous les hommes sont à jeter, aucune figure (sauf peut-être celle Michel-Ange Buonarotti, le seul homme dont Artemisia accepte l’aide) n’appelle la moindre sympathie : menteurs, hypocrites, bornés, alcooliques, évidemment prédateurs….. Alors que le livre n’est pas particulièrement me semble-t il une charge contre les hommes, mais plutôt un hymne à la liberté des femmes.

Commentaires