Ce récit, absolument saisissant vient de se voir attribuer le Prix Transfuge 2026 du premier roman. Il s’inspire de faits réels et méconnus qui soulèvent de vertigineux questionnements sur la nature humaine. Sous couvert de la fiction, qui permet peut-être plus que l’essai, d’exploiter les différentes nuances de gris qui composent la réalité, nous suivons les traces de Paul Remlinger, vétérinaire-biologiste, qui a assisté de près aux exploits de Louis Pasteur, ce génie à qui il voue une admiration sans borne. Mais Remlinger, jeune homme timide et presque falot restera un personnage secondaire dans l’histoire de la Science à l’inverse de ses contemporains de l’Institut Pasteur comme Albert Calmette ou Emile Roux. Affecté à l’Institut Antirabique de Constantinople en 1901, Paul va y végéter de nombreuses années, faute de moyens humains et financiers. C’est un homme solitaire qu’une vie routinière apaise, obsédé par l’hygiène et entièrement tourné vers la vérité scientifique. Mais l’hi...
L’Alaska, de nos jours. Irene et Gary, un couple d'enseignants fraîchement en retraite. Après trente ans de vie commune, Gary veut réaliser à tout prix son rêve de construire une cabane sur une ile, Caribou Island (titre original du roman), une île déserte. Il entraîne Irène, malgré-elle, dans cette folle aventure, sans préparation. La nature est hostile, Gary veut terminer la cabane avant le plein hiver, mais la rudesse de la météto les plonge dans des conditions apocalyptiques. Dès le début, Irène est torturée par des migraines inexplicables. Inexplicables médicalement, mais pas psychologiquement. Car le corps parle, le couple est sur le point de se séparer après 20 ans de leurre. Chacun d'entre eux pense qu'il aurait mérité un meilleur conjoint, la cabane et les aléas de sa construction deviennent le symbole de leur échec.
En parallèle, nous suivons également le quotidien de leurs enfants Mark et Rhoda. Cette dernière, vétérinaire, est une jeune fille qui rêve de se marier un jour avec Jim, un dentiste qui lui offre des conditions de vie matérielles confortables mais lui porte peu d’attention et finit par la tromper avec une créature de passage, Monique. Mark, le fils, est plus en retrait de la famille. Il est pêcheur, intégré dans la société locale, vit avec Karen, une serveuse que ses parents méprisent. Le climat familial est pesant. Plusieurs couples, des relations compliquées, et un drame final...
Ce livre m'a donné froid et mal à la tête, littéralement. La force de l’écriture est telle qu'elle transmet les sensations extrêmes comme rarement. Loin des canons idéalistes du "nature writing" américain, David Vann, outre l'illusion conjugale, dénonce également le leurre du retour à la nature. Celle-ci est hostile, et les vrais habitants de l’Alaska cherchent à la contourner ou à l’exploiter (par la pêche comme Mark) mais ne la magnifie pas, comme Gary, un intellectuel qui a entraîné sa famille dans un pays qui ne leur convient pas. De l'hostilité de la nature à l'hostilité du couple, Désolations est aussi un livre sur l'irruption de la lucidité (Irène, Gary, et dans une moindre mesure Rhoda), mais qui ne sert à rien car elle arrive trop tard. En cela, le roman est construit comme une tragédie grecque, l'enchaînement des faits est inéluctable à partir du moment où les protagonistes sont prisonniers de leurs erreurs et dominés par leur destin. La répétition du drame vécu par Irène, enfant, qu'elle ne peut s'empêcher de reproduire, est poignante...
IsaH

Commentaires
Je viens de finir un petit bijou chaud sur les terres du Maroc: Rouge argile... Un vrai coup de coeur.. beaucoup plus chaud!!!!
Chacun des personnages cherche à fuir qui son passé, qui sa famille, qui sa vie....Mais tout est un peu vain et manque d'optimisme quand même.
Anne