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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

"L'Ogre" de Jacques CHESSEX



Jean Calmet, 40 ans, professeur de latin en lycée, assiste à l'incinération de son père, en Suisse. Tout de suite, le ton est donné, les personnages sont en place, la situation doit évoluer : la mort de l'un va-t-elle permettre la vie de l'autre ? Pourquoi en est-on là ? Que s'est-il passé ? Que se passe-t-il dans la tête -et dans le corps- de Jean Benjamin Calvet ?
Roman de paradoxes :
- années 70 / années intemporelles
- écriture (vocabulaire, syntaxe, construction) riche et précise / écriture simple, parfois simplifiée à l'extrême, sans fioriture, "scalpelisée" (cf "Le vampire de Ropraz)
- sentiments et situation décortiqués / sentiments et situation réduits à leur plus simple expression
- espoir pour Jean Calmet / désespoir pour Jean Benjamin Calmet
- abandonner ce fantoche à son sort / sympathiser avec ce fantôme qui tente de quitter l'ombre du père ?
- rejet/ identification
- indifférence / empathie, compassion
- oppression / libération ?
Peut-on gagner sa liberté ? Que reste-il après avoir été dévoré ? Bref, un prix Goncourt (1973) qui n'a pas vieilli, qui touche à tous les âges. Le cycle d'une vie "mal- menée". Chronique d'un destin ordinaire, chronique d'un destin particulier.
Entrez dans l'intimité de Jean Benjamin Calmet, homme qui ne cesse de répéter l'enfance, enfant qui ne cesse de chercher encore et toujours sa vie d'homme, une vie propre (dans tous les sens du terme) ...
Laurence V.

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