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Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

"Le Promeneur du champ de Mars" de Robert Guédiguian

A la cérémonie des Césars 2005, n'ayant pas vu ce film, et ayant adoré "De battre mon coeur s'est arrêté", je trouvais injuste que Romain Duris ne soit pas récompensé... Après avoir vu Michel Bouquet dans le rôle de Mitterrand, cette récompense me semble désormais pleinement justifiée. Pas follement emballée par le projet du film (raconter les derniers mois du Président par la voix d'un jeune journaliste "recruté" pour recueillir au quotidien les souvenirs et réflexions du vieil homme), et après les cinq premières minutes où j'ai bien cru ne pas "tenir", je suis d'un coup rentrée dans le récit. Au-delà du personnage de Mitterrand et de ses ambiguités (traitées avec honnêteté par Guédiguian), j'ai surtout été sensible à sa lucidité. Bouquet est troublant et étonnant : il est Mitterrand, et en même temps il lui donne une universalité qui dégage le film d'un contexte politique bien situé dans le temps, pour aboutir à une superbe réflexion sur la mort qui approche et qu'il faut apprivoiser. Guédiguian a réussi son pari, pourtant intenable sur le papier : faire un film sur Mitterrand, à la fois respectueux de l'homme mourant et sans concession sur les zones d'ombre de l'animal politique qu'il fut. Mitterrand, contre toute attente diront certains, savait toucher les ouvriers et le peuple, et cela le communiste qu'est Guédiguian a l'élégance de le reconnaître, dans une des scènes les plus fortes du film. Il filme le discours du Président aux ouvriers d'une usine minière, où l'on commémore un accident qui a coûté la vie à des dizaines de mineurs. Les gros plans sur les visages bouleversés et pleins de dignité des mineurs, la force et la sincérité du discours de Mitterrand, tout le talent de Guédiguian s'exprime dans ces plans. Cette faculté réelle de Mitterrand, qui m'a toujours un peu étonnée, qui la possède aujourd'hui...?
Isa

Commentaires

Anonyme a dit…
J'ai beaucoup aimé le film, autant que "de battre mon coeur s'est arrêté"...et pour avoir vu sur scène Michel Bouquet dans "le neveu de Rameau" de Diderot (il y a de cela 20 ans...) j'ai été totalement subjuguée pas cet acteur et en suis devenue une inconditionnelle....
Marie-Danièle