Qui connaît l’univers de Robert Seethaler ne sera ni perdu ni déçu. Celles et ceux qui ne le connaissent pas encore vont le découvrir : c’est l’univers de l’infra-ordinaire cher à Perec, celui du quotidien, tellement quotidien qu’on ne le voit ni le remarque même plus. Et pourtant, menacé de destruction ou de disparition, il charrie avec lui des tonnes de nostalgie. Robert Seethaler fait vivre la rue de la Lande, quelque part dans une ville et un pays dont les noms ne sont pas précisés (mais probablement en Europe de l’Est, ce qui n’est pas important de toutes façons), au travers des fragments de vie, de dialogues, de courriers administratifs ou amoureux du petit peuple qui y vit : à la boulangerie, chez la fleuriste, pendant la fête de la rue, à l’église, dans des immeubles... Ce qui se trame n’apparaît qu’en toile de fond : la gentrification imminente de cette rue populaire, objet de convoitise et de manœuvres de la part de promoteurs gourmands. Ainsi voit-o...
"Toi qui es écrivain, tu vas écrire un livre sur tout ça ? [...] Tu devrais. Si je savais écrire, moi, je le ferais. " ou comment un écrivain, non moins réputé pour son narcissisme, accepte de retracer des destins brisés sans jamais tomber dans la facilité et le voyeurisme… Deux événements majeurs où l’injustice de la mort est omniprésente : le tsunami de décembre 2004 entraînant la perte d’une petite fille pour ses parents et la mort des suites d’un cancer d’une femme de 33 ans, épouse, fille, mère… Tout en retenue, avec finesse et douceur, on entre dans la vie de ces personnages… on a l’impression de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas faire de bruit, de se cacher derrière une porte pour ne pas être vu mais ces moments, on les vit, on les ressent… A découvrir pour se rendre compte que « d’ autres vies que la mienne » nous touchent insidieusement, s’immisce dans notre conception de la vie et du rapport à autrui… et que rien de ce qui humain ne nous sera plus étranger...