Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction. Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante. Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...
Un "feel good movie", "Camille redouble" ? Pas si sûr... Quand on a la nostalgie de son adolescence, ça peut même foutre un sacré coup au moral... Mais bon, reconnaissons la force des émotions qui nous assaillent à la vue de cette quadra alcoolo et dévastée replongeant, par un voyage dans le temps, dans le quotidien de ses 16 ans. Faut-il refaire tout pareil, sachant ce que la vie se chargera de vous infliger ? Le film est un peu redondant à force, creusant toutes les pistes de cette idée (le rapport aux parents, la dramaturgie peut-être inutile de la mort annoncée de sa mère, l'amour de jeunesse dont on sait qu'il vous quittera dans 25 ans, la grossesse à 16 ans etc... ). Mais c'est vrai que la vitalité de l'actrice, son choix audacieux et réussi de garder la tête et la silhouette de ses 40 ans pour incarner l'ado qu'elle fut, font qu'on ne boude vraiment pas son plaisir.
IsaH

Commentaires