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"La méthode" de David DJAÏZ

Ce récit, absolument saisissant vient de se voir attribuer le Prix Transfuge 2026 du premier roman. Il s’inspire de faits réels et méconnus qui soulèvent de vertigineux questionnements sur la nature humaine. Sous couvert de la fiction, qui permet peut-être plus que l’essai, d’exploiter les différentes nuances de gris qui composent la réalité, nous suivons les traces de Paul Remlinger, vétérinaire-biologiste, qui a assisté de près aux exploits de Louis Pasteur, ce génie à qui il voue une admiration sans borne. Mais Remlinger, jeune homme timide et presque falot restera un personnage secondaire dans l’histoire de la Science à l’inverse de ses contemporains de l’Institut Pasteur comme Albert Calmette ou Emile Roux. Affecté à l’Institut Antirabique de Constantinople en 1901, Paul va y végéter de nombreuses années, faute de moyens humains et financiers. C’est un homme solitaire qu’une vie routinière apaise, obsédé par l’hygiène et entièrement tourné vers la vérité scientifique. Mais l’hi...

"Eldorado" de Laurent GAUDE


Laurent Gaudé aborde dans ce roman le thème de l’immigration clandestine. Il s’est intéressé non pas aux destins des clandestins une fois arrivés en Europe, mais à ce qui se passe avant. Pourquoi et comment ils décident de tout quitter, et comment la "citadelle Europe" se défend contre eux. Ces deux côtés de la barrière, de la frontière, sont incarnés par deux personnages, que l’on va découvrir en chapitres alternés.
Piracci est commandant d’une frégate qui patrouille au large de la Sicile pour intercepter les bateaux de clandestins. A 40 ans, et suite à la rencontre d’une ex-clandestine qu’il avait quelques années auparavant sauvée du naufrage, sa vie et sa mission lui semblent soudain insupportables. Il va fuir sa vie, tout abandonner pour partir en Libye, à contre courant du flux migratoire....
Soleiman est un jeune soudanais qui aspire à vivre en Europe. On va suivre son périple à travers tout le Maghreb pour rejoindre Ceuta, une enclave espagnole au Maroc, porte d’entrée vers une nouvelle vie. Il vaincra de multiples obstacles, perdra beaucoup de son innocence dans ce dur combat d’où toutefois toute solidarité n’est pas absente.
A un moment de leurs parcours respectifs, ces deux personnages vont se croiser, dans un habile chassé-croisé temporel.
Il y a des romans qui sont la vie, tout semble vrai, exister sous nos yeux. Ils sont un miroir de nos vies, dans ses péripéties ou ses interrogations quotidiennes. Et d'autres qui sont l'illustration d'un message, avec des personnages qui incarnent celui-ci. Et l'absence de vraisemblance des dialogues, des caractères n'a pas d'importance, quand c'est réussi. Eldorado fait partie de ces romans là, à la fois cérébral dans son sujet (il pousse à réfléchir à la condition d'exilés clandestins) et émouvant dans les destins présentés, archétypaux : Soleiman incarne tout clandestin, son destin individuel recouvre tous les autres.
Piracci incarne la conscience de tout occidental qui ressent de l'empathie pour ces clandestins. Lui va laisser cette mauvaise conscience l'envahir et détruire tout ce qui faisait sa vie.
Des scènes choc tout au long des très courts chapitres (la tempête, l'assaut), une écriture simple et belle (presque maladroite dans le premier chapitre, c'est beaucoup mieux après), une émotion qui n'est pas "sollicitée", galvaudée. Bref, un très bon roman.
Isabelle

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