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"Artemisia", une BD de Nathalie FERLUT et Tamia BAUDOIN

Artemisia, c’est Artemisia Gentileschi, peintre italienne remise à l’honneur par une grande exposition au Musée Jacquemart-André en 2025 et... par les féministes. Artémisia, née en 1593 à Rome, fille d’un peintre talentueux et très tôt orpheline de mère, révèle dès son enfance un don remarquable pour la peinture. A une époque où les femmes artistes sont plus que rares, à peine une exception, (elles ne sont même pas autorisées à acheter des pigments et des couleurs elles-mêmes) son père, qui ne vit que par et pour l’art, l’encourage à cultiver son talent. Il lui donne pour professeur de perspective un certain Agostino Tassi….. Le reste, bien connu, est entré dans la légende : les viols répétés par Tassi, ses mensonges, et la lecture des œuvres majeures d’Artemisia comme autant de scènes de vengeance (en particulier les variations autour de Judith décapitant Holopherne). L’album réalisé par Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin va beaucoup plus loin que cette image un peu réductrice qu’...

"Eldorado" de Laurent GAUDE


Laurent Gaudé aborde dans ce roman le thème de l’immigration clandestine. Il s’est intéressé non pas aux destins des clandestins une fois arrivés en Europe, mais à ce qui se passe avant. Pourquoi et comment ils décident de tout quitter, et comment la "citadelle Europe" se défend contre eux. Ces deux côtés de la barrière, de la frontière, sont incarnés par deux personnages, que l’on va découvrir en chapitres alternés.
Piracci est commandant d’une frégate qui patrouille au large de la Sicile pour intercepter les bateaux de clandestins. A 40 ans, et suite à la rencontre d’une ex-clandestine qu’il avait quelques années auparavant sauvée du naufrage, sa vie et sa mission lui semblent soudain insupportables. Il va fuir sa vie, tout abandonner pour partir en Libye, à contre courant du flux migratoire....
Soleiman est un jeune soudanais qui aspire à vivre en Europe. On va suivre son périple à travers tout le Maghreb pour rejoindre Ceuta, une enclave espagnole au Maroc, porte d’entrée vers une nouvelle vie. Il vaincra de multiples obstacles, perdra beaucoup de son innocence dans ce dur combat d’où toutefois toute solidarité n’est pas absente.
A un moment de leurs parcours respectifs, ces deux personnages vont se croiser, dans un habile chassé-croisé temporel.
Il y a des romans qui sont la vie, tout semble vrai, exister sous nos yeux. Ils sont un miroir de nos vies, dans ses péripéties ou ses interrogations quotidiennes. Et d'autres qui sont l'illustration d'un message, avec des personnages qui incarnent celui-ci. Et l'absence de vraisemblance des dialogues, des caractères n'a pas d'importance, quand c'est réussi. Eldorado fait partie de ces romans là, à la fois cérébral dans son sujet (il pousse à réfléchir à la condition d'exilés clandestins) et émouvant dans les destins présentés, archétypaux : Soleiman incarne tout clandestin, son destin individuel recouvre tous les autres.
Piracci incarne la conscience de tout occidental qui ressent de l'empathie pour ces clandestins. Lui va laisser cette mauvaise conscience l'envahir et détruire tout ce qui faisait sa vie.
Des scènes choc tout au long des très courts chapitres (la tempête, l'assaut), une écriture simple et belle (presque maladroite dans le premier chapitre, c'est beaucoup mieux après), une émotion qui n'est pas "sollicitée", galvaudée. Bref, un très bon roman.
Isabelle

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